JE SUIS UNE MAUDITE SAUVAGESSE – Eukuan nin matshi-manitu innushkueu, un témoignage de An Antane Kapesh.


An Antane Kapesh signe un réquisitoire accablant contre les Blancs : « Quand le Blanc a voulu exploiter et détruire notre territoire, il n’a demandé de permission à personne, il n’a pas demandé aux Indiens s’ils étaient d’accord. »
« Ce livre est l’illustration flagrante de la dépossession dont sont victimes les Indiens et du crétinisme notoire du Blanc moyen qui arrive dans le Nord imbu de lui-même et de sa civilisation. Il ressort de tout ça que ce que l’homme a fait et continue de faire aux Indiens est une belle saloperie. » – Châtelaine, janvier 1977
« Ce livre, c’est le cadeau précieux qu’on offre à l’Histoire. » – Naomi Fontaine
An Antane Kapesh, née en 1926, première auteure innue, mère de huit enfants, a vécu en nomade jusqu’en 1953 lorsque le gouvernement déracine sa famille de ses terres. Eukuan nin matshi-manitu innushkueu / Je suis une maudite Sauvagesse est son grand livre où elle dénonce la colonisation des Premières Nations.
Traduction José Mailhot
Edition et préface : Naomi Fontaine
Edition billingue innue-français

Quand nous vivions notre vie à nous, jamais nous ne voyions toutes les misères que nous voyons aujourd’hui. Après nous avoir pris notre vie, le Blanc ne nous a donné qu’une existence lamentable.
La seule et unique fois où j’ai entendu parler de An Antane Kapesh, c’est dans le dernier récit de Naomi Fontaine SHUNI. A la fin de cette lecture, ce fut comme une évidence, je devais à tout prix lire JE SUIS UNE MAUDITE SAUVAGESSE. Hasard de la vie, depuis fin août, les éditions Mémoire d’Encrier propose à ses lectrices et lecteurs une nouvelle édition et une nouvelle traduction de ce récit.

 

Un récit terriblement percutant et accaparant d’une justesse rude et d’une honnêteté essentielle.

 

Les mots tels des lames acérées et des larmes de colère, An Antane Kapesh exprime le désarroi de tout un peuple déraciné violemment de leur Terre. Elle élève leur voix unique et solidaire dans le but sacré et irrévérencieux de raconter aux nouvelles générations leur héritage volé dans le but, essentiel, que ces dernières n’errent plus.
 
Un témoignage magistral dans lequel résonne la force d’un peuple détrôné, désœuvré, désillusionné. Un témoignage poignant et déchirant contre la cruauté Blanche et cette idée absurde que leur société est meilleure que celle des Innus. Un témoignage alarmant et désopilant. Un cri du cœur au profit d’un peuple qui a perdu son identité.

 

Comment ne pas avoir de profonds sentiments envers ce récit ? Comment ne pas se sentir petit face à ses mots ? Comment ne pas se sentir lamentable face à ses constats, à ses vérités ? Comment ne pas se sentir humain ? Comment ne rien dire face à un tel discours ? Des questions qui amènent tant de question. An Antane Kapesh porte-parole et bienfaitrice de son peuple. Que ses mots résonnent pour l’éternité afin de ne jamais oublier.

 

L’innue est avant tout une langue orale. La traduction est juste merveilleuse. On y retrouve la force, la conviction, le courage qui animent An Antane Kapesh, conférant à son récit un discours fédérateur, franc et sans ambiguïté. 

 

Un livre qui doit rejoindre votre bibliothèque sans hésitation !

 

Notre mode de vie à nous, les Indiens, était le meilleur. Mais après avoir accepté de nous laisser tromper de toutes sortes de façons, après qu’on nous a fait abandonner notre vie indienne et après nous être laissés piétiner par le Blanc, à présent nous ne valons rien ni dans une culture ni dans l’autre. A mon avis il aurait mieux valu conserver la vie que Dieu nous avait donné à vivre en tant qu’Indiens et conserver a langue indienne que Dieu nous avait donné à parler. Si le Blanc, à son arrivée dans notre territoire, avait gardé pour lui son mode de vie et sa langue française ou encore si, en venant ici dans notre territoire pour s’enrichir avec notre sol, il n’avait pas brutalisé les Indiens et s’il n’avait pas toujours essayé de faire de l’argent avec eux, aujourd’hui il n’y aurait probablement pas de querelle entre lui et nus, les Indiens.
 
Une chronique de #Esméralda

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