MÈRE A MÈRE, un roman de Sindiwe Magona.


Grand roman de l’apartheid où violence et beauté demeurent l’héritage de l’histoire. Sindiwe Magona signe un récit bouleversant sous forme de lettre. L’Afrique du Sud y est racontée tout en nuances, complexité et passion.
Traduit par Sarah Davies Cordova.

Terre de souffrance, l’Afrique du Sud a connu bien des heures sombres durant l’apartheid. Si souvent Nelson Mandela demeure le point de repaire historique, l’apartheid est bien plus que ça.
Mandisa, mère courage, déverse ici avec un amour tranchant et une colère sourde, des mots cruels, des mots de vie. Sa vie, celle intrinsèque de son fils. Une frise effrayante et sans concession d’un pays blanc et noir. Deux peuples où la haine se traduit par les cris de guerre et ce meurtre sanglant. Partie d’un fait réel, août 1993 l’assassinat de l’étudiante américaine Amy Biehl, devient le moteur de cette histoire émouvante et impressionnante.

 

Mandisa, mère loyale envers ses valeurs, s’épanche tout au long de sa lettre adressée à la maman de la victime. Son monologue poignant est renversant et saisissant. Son fils tueur n’est pas le centre de son histoire, mais en est la finalité. Mandisa parle de son enfance, parle de sa joie, de la dureté de la vie mais sur un ton enjoué. Le moindre fait est source de bonheur, laissant loin derrière les malheurs. Les hommes qui travaillent, les femmes qui crient, se réunissant la nuit tombée pour se raconter des histoires anciennes, des histoires de maintenant. Un monde dans un monde qui ne veut pas d’eux. Un monde où tout se bricole, où tout se monnaye, un monde où la simplicité est une chance. Le malheur arrive du ciel qui les presse de prendre leur clic et leur clac dans le but de s’entasser dans ces township la décrépitude est reine. L’école devenant la seule alliée pour sortir de la misère. Les enfants sont livrés à eux même quand ils ne sont pas inscrits à l’école. Bagarre en tout genre, les filles sont violés, laissées pour compte aux yeux des traditions. Ce fils n’était pas voulu, pas convoité, pas espère de la sorte. Arrivé par un hasard du sort, il change entièrement sa vie. Mariée au père non pas par amour, mais par nécessité de se conformer aux traditions. Sa belle famille l’accueille sans effusion jusqu’à la disparition de ce papa quasi absent. Son fils grandit. Témoin de la dureté et de la cruauté du township, il s’accroche tant bien que mal à un monde où la violence et la reconnaisse dansent un ballet sanglant. La vie de son fils ne pouvait pas être autrement. Son geste n’est en rien justifié mais est la conséquence d’une vie désordonnée, désenchantée. D’une vie où la communauté pousse la violence à avoir sa part. Les balles sifflent au rythme des chants de guerre et de légendes. Une vie où ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces vieillards forment un tout. Un ensemble scandant ce déshonneur, ce sentiment coupable de faire de ces enfants de la chair à canon, ces mots puissants, écorchés par l’injustice.

 

Sindiwe Magona signe un roman douloureux où l’espoir est tel un mirage inatteignable. Au delà de la force et du courage, cette lettre est le portrait d’une peuple stigmatisé et qui paye aujourd’hui encore les conséquences de la folie de l’Homme. Ces mots transpirent l’abattement et l’indulgence. Ils sont tels des lames acérées faisant leur chemin dans les âmes meurtries et résignées. Leurs forces sont d’une beauté éphémère tatouée sur la peau de ce peuple, imprimée dans la noirceur de leurs yeux.

 

Un roman incontournable et chamboulant.

 

Je ne prétends pas savoir pourquoi votre fille est morte, est morte iansi. Est morte lors d’une conjecture parfaite d’heure, de lieu et de mains ; convergence cruelle d’heure, de lieu et d’agent.
Car c’est ce qu’il était devenu au moment ou il a tué votre fille. Mon fils n’était qu’un agent, qui exécutait les sombres désirs longtemps couvés de la race. Une haine rageuse de l’oppresseur possédait son être. Elle a vu avec ses yeux ; a marché avec ses pieds et a brandi le couteau qui s’est enfoncé impitoyablement dans sa chair. Une rancune de 300 ans lui bouchait les oreilles ; sourdes à ses supplications pitoyables.
Mon fils, la flèche aveugle mais affutée de la colère de sa race.
Votre fille, le sacrifice de la sienne. Choisie à l’aveugle. Précipitée à son triste sort par les frondes les plus cruelles de la fortune.
N’eût été la chance d’un jour, d’un autre lever de soleil, elle serait en vie aujourd’hui. Mon fils, peut-être pas un assassin. Peut-être, pas encore.

 

Une chronique de #Esméralda

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