JONNY APPLESEED, un roman de Joshua Whitehead.


Vivant hors réserve et cherchant tant bien que mal à s’acclimater à la vie urbaine, Jonny devient travailleur du cybersexe pour gagner sa vie. Il a devant lui très exactement une semaine avant de devoir rentrer à la réserve pour assister aux funérailles de son beau-père.
Les sept jours qui suivent se déclinent comme un rêve enfiévré : histoires d’amour, traumatismes, sexe, liens familiaux, désirs et ambitions, souvenirs déchirants de sa kokum (grand-mère) si chère, etc. La vie de Jonny consiste en une série de ruptures, mais aussi de liens inextricables. Tout en se préparant au retour à la maison, Jonny tente de rassembler les divers morceaux de sa vie.

Je continue mon exploration de la littérature des Premières Nations et ce roman a une aura singulière. Une aura émouvante qui m’a entrainée aux côtés d’un héros, cela serait mal de dire non-conformiste, un héros lumineux et transcendant.
Jonny a grandi dans la réserve. Auprès de sa kokum (grand-mère), une femme extraordinaire et attachante. Jonny est ce petit garçon particulier qui découvre très tôt qu’il aime les hommes, il aimera plus tard, en grandissant, devenir une femme. La réserve est un endroit malsain où cette particularité irrite au plus haut point. Les sarcasmes, les moqueries sont ouvertement balancés. Jonny s’épanouit malgré tout et devient cet homme/femme assumé qui va s’extraire, un peu, de son monde. Il quitte la réserve et s’installe en ville. Pour survivre, manger, boire de l’alcool, pour s’amuser, pour fumer, il devient un travailleur du cybersexe. Le décès de son beau-père déclenche ce quelque chose d’improbable. Telle une « madeleine de Proust », les souvenirs de son enfance, de son adolescence, de sa kokum, de sa mère, de ses amis, surgissent tel un flot parfois mélancolique, joyeux, tendre.

 

Jonny se définit comme un NDN (indien) bi-spirituel. Un terme moderne au sein d’une nation qui par son anéantissement prend la mesure de la singularité.

 

C’est un roman dont il m’est difficile de mettre les mots. Un roman qui est à la fois déchirant et merveilleux. Un roman dont sa force tire du passé et du présent, à la conjecture de deux mondes qui s’entrechoquent encore aujourd’hui mais où les perdant son désignés. Il y a cette notion de hargne, de s’affranchir et de s’autoproclamer. Il y a cette notion de temps qui fuit et qui retient, un préjudice qu’ils acceptent. Une lecture qui va au-delà des aprioris, qui va bien, bien, au-delà de l’identité, qui va au-delà de toute beauté, de toute laideur, un roman tout simplement magnifique.

 

Un roman qui puisse sa force inaltérable dans cet instant T et dans ces instants du passé. Un roman tournait, malgré toute cette douleur, vers le futur insufflant cet espoir véritable.

 

Joshua Whitehead retient le lecteur en captivité, s’épanchant avec malice et surprise sur sa vie polychrome.

 

Un roman bluffant et sans filtre !

 

Il y a de ces sons qui me font toujours mal et l’un d’entre eux est le son de ma mère qui pleure. On dirait qu’elle est toujours en train au téléphone avec quelqu’un qui est soit mourant soit souffrant, ou qui connaît quelqu’un qui l’est. Il n’y a pas assez de blagues dans le monde pour que j’arrête de ressentir. Je crois que c’est pour cette raison qu’elle prend un coup et pour la même raison que je fais pareil des fois. Mais malgré ses épisodes de débauche, j’adore me retrouver avec ma mère. Comme avec ma kokum, j’avais l’habitude de l’observer se maquiller pour ses soirées, et le processus me plaisait d’autant plus que Maman optait souvent pour un look plus drag que naturel. Elle avait le don pour l’expérimentation quand venait le temps de se refaire la face au complet avec des produits de pharmacie et un moignon de crayon à lèvres gros comme un ongle. ma mère tirait une grande fierté de sa routine maquillage. Un soir, elle m’avait méticuleusement expliqué sa méthode.

 

Une chronique de #Esméralda

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