CRÉATURES, un premier roman de Crissy Van Meter.

Elle se demandait combien d’entre eux avaient déjà vécu dans les mottes de cette terre, et combien parmi eux dont elle ignorerait à jamais l’existence.

CRÉATURES, Crissy Van Meter

« En posant l’oreille sur l’océan, tu pourrais bien l’entendre vibrer en toi. »
À la veille de ses noces, Evie fait face à trois problèmes : son fiancé marin-pêcheur est porté disparu en mer, la carcasse puante d’une baleine s’est échouée dans le petit port de Winter Island ; enfin sa mère épisodique a débarqué sans crier gare. Mais Evie en a vu d’autres. Elle a grandi trop vite auprès d’un père magnifique, aimant et négligent. Ensemble, ils ont vécu comme des hobos, des pirates, des explorateurs… et du commerce de la Winter Wonderland, la légendaire marijuana locale.

Alors parfois il y avait des tempêtes, parfois des coups de soleil.
Et il y avait toujours juste assez pour ne jamais quitter cette île magnétique, furieuse et solitaire, « comme germée du fond des eaux » au large des côtes californiennes. Au rythme changeant des marées, le récit se conjugue à tous les temps, à mesure qu’Evie évalue les dommages collatéraux de sa drôle d’enfance et les incertitudes inhérentes à sa vie insulaire.

 
Avoir le premier roman de Crissy Van Meter dans les mains, c’est se prendre la vague de plein fouet, chercher sa respiration quelque part entre la rudesse des lieux et les vents tempétueux, admirer la multitude des saisons qui défile. La douleur et l’impuissance des sentiments qui se confrontent. CRÉATURES captive, chamboule sans aucun doute.

 

Le mariage d’Evie est le point d’ancrage à toute l’histoire. De là, le passé et le futur se confrontent, se jouent l’un de l’autre. Hôtel des souvenirs, cartomancie de l’avenir au cœur d’un décor à la fois paradisiaque et impitoyable.

 

Evie parle de son enfance. Un père alcoolique qui l’adore plus que sa propre vie. Un père dysfonctionnel mais qui tient la barre haute, aucun naufrage n’est accepté. Un père aimant, un père qui se perd dans les profondeurs de ses blessures, abîmes de l’âme. Un père qui fait de son mieux. Un père légendaire, orateur majestueux des histoires qui font l’île, sa vie, tel le vecteur d’un héritage lointain, ailleurs. Une mère démissionnaire toute aussi dysfonctionnelle. Les voyages, la célébrité, loin très loin de l’île et loin de sa fille dont le souvenir surgit ici et là au grès de ses pérégrinations et de ses envies. Une mère lâcheuse.

 

Evie se construit tant bien que mal. Des souvenirs en pagaille. Des bons. Des mauvais. Envies fugaces telles des apparitions miraculeuses auxquelles il est agréable de se s’accrocher, juste un peu, juste pour y croire. Evie rêve de tout et de rien, qu’en est-il vraiment quand l’absence de tout et de ce rien n’est qu’illusion. L’océan est son confident, les nuages son protecteur, le soleil son moteur et l’île, toute entière, sa maison.

 

Crissy Van Meter met en exergue la grandeur des émotions. Intenses, paralysantes, euphoriques. Celles qui habitent tout au long d’une vie. Une balade que j’ai appréciée et où j’ai pris le temps de le faire. Une bouffée d’oxygène où ce paradis est peuplé de ces créatures mi vivantes, mi mortes. Celles qui se vénèrent, celle qui s’oublient. Celles qui font grandir tant bien que mal. Une douceur exquise confrontée à la violence, la plume de Crissy Van Meter m’a transportée. J’ai su aimer la langueur, parfois nocive parfois enchanteresse, du récit aux mille couleurs.

 

A découvrir sans faute !

 

Une chronique de #Esméralda

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