BARTLEBY, LE SCRIBE un roman graphique de José-Luis Munuera.


New York City, quartier de Wall Street.
Un jeune homme est engagé dans une étude de notaire. Il s’appelle Bartleby. Son rôle consiste à copier des actes juridiques.
Les premiers temps, Bartleby se montre irréprochable. Consciencieux, efficace, infatigable, il abat un travail colossal, le jour comme la nuit, sans jamais se plaindre. Son énergie est contagieuse. Elle pousse ses collègues, pourtant volontiers frondeurs, à donner le meilleur d’eux-mêmes.
Un jour, la belle machine se dérègle. Lorsque le patron de l’étude lui confie un travail, Bartleby refuse de s’exécuter. Poliment, mais fermement. I would prefer not, lui répond-il. Soit, en français : je préfèrerais ne pas.
Désormais, Bartleby cessera d’obéir aux ordres, en se murant dans ces quelques mots qu’il prononce comme un mantra. Je préfèrerais ne pas. Non seulement il cesse de travailler, mais il refuse de quitter les lieux…
José Luis Munuera s’empare de la nouvelle d’Herman Melville dans une adaptation magistrale et porte un regard original sur ce texte, réflexion stimulante sur l’obéissance et la résistance passive.

L’adaptation par José-Luis Munuera de l’incroyable nouvelle de Herman Melville est une parfaite réussite. Aujourd’hui et exceptionnellement, je viens vous parler de deux lectures que je n’aie pues dissocier. Les grands classiques et moi sommes fâchés, mais je mets du mien pour en découvrir de temps en temps et l’occasion s’est présentée avec ce nouveau roman graphique. Grâce à lui, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai lu la nouvelle de Melville.
José-Luis Munuera reprend avec talent l’univers de Melville y transfigurant ici et là son point de vue de scénariste et de l’illustrateur. L’immersion dans le New York du XIe siècle où toutes classes sociales et culturelle se côtoient, où l’exode (et immigration) rural bat son plein, la ville représente l’eldorado, est accompagnée de petits clins d’œil à Thorreau, parfaite introduction.

 

Bartleby, copiste vient d’être engagé dans l’étude du narrateur. Respectueux, soigneux, efficace, il mène à bien les travaux qui lui sont donnés. Et puis un jour il déclare, « je préférerais ne pas ». Abasourdi, son employeur reste stoïque face à ces quelques mots, mais ne lui en veut guère. Quelques jours après, la même phrase retentit. De fil en aiguille, cette confrontation quasi silencieuse pousse le narrateur à fuir ces lieux tout en laissant sur place ce jeune homme. Mais sa prise de position le porte vers un destin tout aussi douloureux.

 

J’ai complétement été déstabilisée par ce roman graphique. On suit les élucubrations du narrateur qui se confie à ce personnage vêtu de noir qui me semble représente sa conscience. Toute une argumentation est ainsi déballée sur le comportement atypique et anodin de Bertlaby. Insidieusement les mêmes interrogations font écho aux lecteurs et l’auteur les invite à la réflexion. A mon tour à rester stoïque, cherchant une explication rationnelle et compréhensible. Il est évident que le contexte historique, sociétal et économique de la nouvelle a une importance capitale. Le libre-arbitre, l’opposition au système insufflent au personnage passif et pacifique une dimension irréelle tout aussi choquante que bouleversante. « Je préférerais ne pas » impose une réflexion et ne représente pas nécessairement le refus catégorique. Peut-il alors avoir un débat quand cette allocution est sans cesse répéter ? Le refus doit-il être compris comme étant le signe d’une désobéissance prérequis et délétère d’une société en perte de repère ?

 

Vous l’aurez compris la lecture du roman graphique de Menuera et de la nouvelle de Melville m’ont donné de nouveaux cheveux blancs. Une histoire qui m’a captivée certes mais dont j’ai cette amère impression de ne pas avoir toutes les clefs en main. José-Luis Menuera met en valeur une nouvelle qui me semble toujours d’actualité. Des illustrations magnifiques où l’urgence de la situation répond en écho à un personnage silencieux mais charismatique. Un scénario adapté mais qui suit les grandes lignes de l’œuvre de Melville. Je ne peux que vous conseiller ces deux lectures, œuvres magistrales,  elles se complètent à merveille et sont indissociables.

 

Une très grande découverte pour moi, je suis sortie de mes sentiers battus et en sort conquise !

 

Une chronique de #Esméralda

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