IL EST JUSTE QUE LES FORTS SOIENT FRAPPES, un roman de Thibault Bérard.

Offrez-moi ça, d’accord ? Ces heures qui vous gavent de vie, qui vous arrachent des flashs grelottants sans prévenir.

Ces heures où j’ai enfin eu 20 ans.

La suite est nettement moins rigolote, alors …


 
Lorsque Sarah rencontre Théo, c’est un choc amoureux. Elle, l’écorchée vive, la punkette qui ne s’autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.
Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d’une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l’univers, à l’euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l’incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver. 
Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.
Un récit d’une légèreté et d’une grâce bouleversantes, entre rire et larmes, dont on ressort empreint de gratitude devant la puissance redoutable du bonheur.

Sarah et Théo, alias Moineau et Lutin, sont à eux deux l’explosion et l’expansion de leur univers. Une rencontre fortuite qui claque dans les airs tel le clap du réalisateur. Silence, moteur, ça tourne !

 

La légèreté, l’euphorie, l’aventure, les soirées, les virées, une vie à deux qui s’épanouit au rythme de leurs envies et désirs. Difficile d’apprivoiser moineau alors que lutin est émerveillé face à sa belle.
La vie cadencée, multi couleurs, folle, alléchante, fantasque, belle, si belle. Un bonheur pur. Et puis les plans sur la comète se profilent, un bébé ? Oui pourquoi pas ! Allons-y, soyons fous ! Simon puis une petite Camille qui surgit dans l’urgence de la situation. Trop tôt, trop rapidement, trop, trop dans la douloureuse séparation des corps qui ne voulaient pas encore se quitter. La raison ? Le cancer, le crabe, l’horreur … Il envahit son corps, trop soudain, trop vite, trop trop. Vivre ? Bien sûr qu’elle veut vivre même si l’ultime chance est mince, trop mince. La course s’engage. Frénétique, sauvage, asphyxiante, chaotique, cadavérique, puissante, explosive. Salvatrice ? Pour quelques années, le souffle reprend vie dans son corps décharné. Il rit, il pleure, il joue, il bout, il explore, il fascine, il se réjouit inlassablement au rythme d’une comptine qui ne s’arrêterait plus. Puis la rechute s’invite. Mordante, violente, cruelle. Sarah se voit mourir dans ce néant où elle ne sera plus là auprès de son lutin merveilleux et de ses enfants. Un lutin qui s’acharne à ne pas voir l’évidence. Ce déni salvateur qui lui permet d’avancer dans la fougueuse vie qui continue à tourner sans elle et sans lui perdu au cœur de cette dimension parallèle. L’évidence est là dès les premières pages. Pas de mauvaises surprises juste eux et leurs mots pour un destin, leur destin.

 

Respire ! Lire en apnée ce n’est pas l’idéal, je l’avoue. Mais il y a de ces livres dont le possible devient impossible. Thibault Bérard est un auteur extraordinaire. Un de ceux qui vous fait vivre et qui vous transporte au cœur du cruel au rythme des mots qui se veulent tour à tour enchantés, merveilleux et entraînants. Parler de la maladie est un pari délicat car il faut trouver le juste dosage pour éviter de tomber dans le pathos. Et Thibault Bérard est un excellent magicien. Peut-être pour le choix de son narrateur ? Un omniscient qui se souvient, découvre les moments volés, cachés et prescient. Peut-être grâce à ses personnages bien trop touchants, attachants, fantasques et humains ? Peut-être grâce aux émotions développés, aux cris de détresses, aux hurlements de l’injustice mais aussi à ses paris fous où l’espoir reste la seule échappatoire ? Peut-être grâce à cette plume qui virevolte entre les moments de grâce, de volupté et de rire et que même dans la noirceur la lumière vit toujours tant que la vie est là, battante ? Peut-être grâce à ce final qui n’en est pas un ? Un définitif, catégoriques, sans retour en arrière, sans espoir ? Peut-être parce que la mort n’est qu’une étape de la vie ?

 

Thibaut Bérard signe un roman magistral et majestueux où les mots puissent leurs forces dans la vie et dans la mort, éléments indissociables.

 

A découvrir absolument !

 

Une chronique de #Esméralda

 


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