LA LUNE DU CHASSEUR, un roman de Philip Caputo.


Couverte de forêts, peuplée d’ours, de cerfs, d’élans et d’innombrables espèces d’oiseaux, la péninsule supérieure du Michigan est une région splendide et sauvage. Will Treadwell, propriétaire d’un pub près du lac Supérieur, y joue à l’occasion les guides de chasse.
Pour lui et ses semblables, les temps sont durs. Les valeurs de ces hommes « d’un autre temps » sont mises à mal, leurs femmes et leurs enfants les comprennent de moins en moins.
À la crise économique qui frappe la région, s’ajoute une crise existentielle : nos héros subissent aujourd’hui les affres d’une époque où ils ne trouvent plus leur place. La dépression guette, et une nature magnifique n’est pas toujours suffisante pour la tenir à distance.
Philip Caputo nous conte ici les histoires de Will et de ceux qui l’entourent. Autant de portraits sensibles de ces hommes qu’il connaît, qu’il côtoie, et qui ne s’y retrouvent plus. Des hommes aux prises avec leurs émotions, qui, longtemps, ont préféré affronter seuls leurs démons plutôt que d’avouer leur fragilité. Mais les temps changent…

 
Ouvrir le roman de Philip Caputo s’est se prendre une rafale de vent chargés d’une multitude d’odeurs venues de la forêt, du lac, des hommes et de leurs peines. C’est subir la sauvagerie des terres. Se laisser porter part cet instinct de survie. Affronter l’indéniable perte de soi, s’en remettre à la vie comme à la mort.
Will Treadwell est le pivot central d’un histoire façonnée par de nombreuses histoires. Gérant d’un bar, il est devenu les oreilles et les yeux d’un monde où les hommes vont à vau-l’eau. Des guerriers, des indiens, des travailleurs, il les écoute et il voit. Guide de chasse, il est le meilleur et c’est dans la forêt avec ses chiens qu’il aime se ressourcer. Le silence absolu, les arbres à perte de vue, les animaux, les oiseaux, la nature, rien de mieux pour affronter son passé et tenter de le panser.

 

Paul, Bill, Tom, Lisa, Devin, Rick, Elise, Trey, Kidman, Walsh, Lewis, Hall, Jeff autant d’hommes et de femmes qui ont un jour croisé la route de Will ou du Lac Supérieur.

 

Construit tel un roman choral, Philip Caputo nous fait découvrir leurs vies tout au long de sept histoires. Histoires bouleversantes, cruelles, mais d’une humanité si profonde. Comme si l’homme se révélerait dans toute sa splendeur dans la souffrance, dans la douleur. Sept histoires profondément touchantes où la nature à une place prépondérante, soignant les douleurs, exorcisant les maux, pansant les blessures. Dans cette nature, il serait possible d’y voir des symboles : un cerf, des oiseaux, des loups, des ours. Des étoiles et cette magnifique lune complice souvent du chasseur.

 

Philip Caputo signe un roman extraordinaire. Dès les premières lignes j’ai su que l’alchimie opérerait. Une plume envoûtante, le bon mot au bon moment, comme si ses mots prenaient vie et forme, là sous mes yeux. Il est très rare quand un roman me touche à ce point. Et ce final sous le ciel étoilé en plein hiver, wow, la cerise sur le gâteau. Un cycle qui se finit et un nouveau qui s’ouvre. Un héritage du meilleur à venir.  Philip Caputo parle de la mort avec un aplomb certain et un amour de la vie tout en gardant à l’esprit les drames qui façonnent ses hommes et ses femmes. Ceux qui les ont acceptés et qui ont en font une véritable force. Ceux qui sont dans le déni et qui avancent tant bien que mal, un pas après l’autre, vers cette lumière bien trop lointaine. Philip Caputo insuffle à sa prose une force constante, combattant chaque état d’âme, et de la bienveillance.

 

Un roman fort, poignant, percutant que je vous invite vivement à découvrir !

 

Un bol d’air pur à vous faire frissonner !

 

Une chronique de #Esméralda

VERTIGES, un roman de Fredric Gary Comeau.


Ils sont huit. Huit personnages engagés dans un chassé-croisé qui aura pour théâtre Moncton, Montréal, New York ou Santa Fe. Parmi eux, Hope Fontaine, jeune femme sans attaches qui porte paresseusement sa quête : sa mère, férue d’astrologie, l’a en effet convaincue de partir à la recherche d’un poète acadien dont elle a trouvé le recueil dans le désert du Nouveau-Mexique. « C’est l’homme de ta vie », croit-elle. Un attentat dans une gare parisienne, un vieil homme qui retrouve le guerrier en lui, des artistes qui effacent et refont le monde, et puis l’amour, sous des formes parfois étonnantes… Il y a tout ça dans Vertiges, un roman dont le dénouement ne laissera personne indemne.

Un grand merci à Babelio et à leur masse critique privilégiée qui m’a permis de découvrir une toute nouvelle maison d’éditions et l’un des deux premiers romans édités par leur soins.

 

Si je devais résumer VERTIGES en un seul mot, j’utiliserai flamboyant. Un roman qui a su me séduire par un style atypique, une plume acérée, mélancolique, violente, intrusive, intimiste et musicale.
Huit personnes, huit artistes dans l’âme, poètes, peintres, rêveur, génie incompris, tous dans le mouvement perpétuel de trouver leurs propres chemins, leurs destinées, leurs voies, leurs vengeances. Huit personnes attirées par la beauté multiple des couleurs, des corps aimants, des mots, des rythmes effrénés, des vents changeants. Huit personnes sur le chemin cabossé de leurs chois, de leurs envies et de leurs espérances. Huit personnes poussées par la décadence du vertige celui qui aspire dans les méandres de l’âme, celui qui élève vers le renouveau, l’espérance. Amour, douleur, émancipation jalonnent les vallons, les falaises abruptes de ces vies parachutées dans une immensité hypnotique de la quête.

 

Paru en 2013 au Canada, VERTIGES débarque en France. Fredric Gary Comeau, avant tout musicien, propose ici un premier roman où la musique a toute son importance. Un style unique empreint d’un rythme tour à tour suave et infernal. Des chapitres très cours où l’intention est brute de décoffrage sans artifice, simulacre. Chapitres après chapitres, fenêtres entrouvertes sur un des huit personnages, l’histoire se construit, s’empile page après page vers un dénouement que je qualifierai d’inattendu et de pittoresque. VERTIGES m’a donné le vertige de l’immensité et de la petitesse du monde qui se croise et se décroise au rythme des avancées, de ces pas qui avancent ou reculent, tapent furieusement, battent le pavé, le tempo langoureusement. Vitesse accrue de ces vies baladeuses et baladées par les inepties d’une vie foldingue.

 

A découvrir absolument sans avoir peur de dépasser vos limites !

 

Une chronique de #Esméralda

L’affaire Margot de Sanaë Lemoine

Littérature contemporaine – Roman sorti le 1er avril 2021
Editions Eyrolles – Collection Aparté

Ma note : 4/5 mention « autrice à suivre »


Avant de commencer, je tiens à remercier les Editions Eyrolles et Babelio pour l’envoi du roman et pour la rencontre avec l’autrice.

Résumé : Août à Paris, sa chaleur écrasante. Margot Louve vient d’avoir 17 ans. Elle est brillante et tous les possibles s’ouvriront à elle bientôt. Mais pour le moment, sa vie lui paraît étriquée. Pire, elle se sent invisible. Dans l’ombre d’une mère, actrice de théâtre en vue cultivant avec elle une distance délibérée et qu’elle rêverait de pouvoir appeler Maman. Fille d’un père dont on ne parle pas, parce qu’il a une autre vie, légitime celle-là. Alors Margot décide de faire craquer les coutures de son monde, de prendre la lumière à son tour. À ce journaliste puissant et respecté qui semble s’intéresser à elle vraiment, elle révèle le secret de sa famille.

L’Affaire Margot est un roman d’apprentissage sensible sur le passage à l’âge adulte. Il explore les détours que prend l’amour entre une mère et sa fille.


L’avis de #Lilie :
Depuis sa sortie, j’entends beaucoup parler de ce premier roman. Écrit par une autrice américaine, ayant un père français et une mère japonaise, cette histoire, inspirée d’éléments de sa vie personnelle, est une ode à l’amour maternel et amène son lecteur à s’interroger sur les relations intrafamiliale, le poids d’un secret et toutes les questions que l’on se pose quand on est adolescent.

Nous faisons ici connaissance avec Margot, une adolescente de 17 ans qui vit à Paris avec sa mère, Anouk. Son père est un ministre qui cache sa double vie à son épouse et ses deux fils. Margot vit de plus en plus mal d’être cachée et de vivre dans l’ombre de ses parents célèbres. Un jour, elle décide de parler à un journaliste qui, sans citer sa source, révèle son existence. Quelles seront les conséquences de cette révélation sur Margot ? Sur sa mère ? Sur son père ? Sur « l’autre famille » ? Margot mesure-t-elle l’onde de choc provoquée par cette nouvelle ? Et a-t-elle raison de faire confiance à ce journaliste et à son épouse ? Pourquoi sont-ils si attentionnés avec elle ?

Margot est une jeune fille qui est un peu perdue. Elle a une relation particulière avec sa mère qui peut se montrer tantôt très tendre, tantôt distante. Elle s’entend bien avec son père, qu’elle aime beaucoup, mais souffre de ne pas le voir aussi souvent qu’elle le voudrait. Lorsqu’elle croise, par hasard, l’épouse de son père, elle se met à rêver d’une vie différente. Séduite par David, un journaliste rencontré après une représentation de sa mère, elle lui confie son secret mais tout ne se passera pas comme elle l’avait pensé. Margot est, finalement, une adolescente comme les autres, en recherche de l’affection de ses parents et qui a du mal à se projeter dans le futur. Sa mère Anouk semble froide, distante, plus préoccupée par sa carrière que par sa fille. Au fil des pages, on découvre d’autres pans de sa personnalité, plus attachante et plus en adéquation avec l’image qu’on peut avoir d’une mère. Son père est un homme politique de premier plan qui, même s’il n’a pas grandi dans un milieu favorisé, a appris à faire attention aux apparences. Ainsi, même s’il est présent pour sa fille, il fait le choix de la garder cachée et il ne va pas se montrer sous son meilleur jour, vis-à-vis d’elle, au moment de la publication de l’article. Enfin, il y a David, le journaliste, et Brigitte, son épouse. Tous les deux vont se montrer très prévenants et avenants envers Margot, en lui servant d’amis mais aussi de confidents. Mais sous leurs airs parfaits, que réservent-ils à la jeune fille ?

Ce premier roman est une réussite. En effet, on entre tout de suite dans le vif du sujet et je me suis très vite attachée à Margot. La plume de l’autrice est très visuelle et émotionnellement forte. En effet, l’intrigue et l’intensité émotionnelle vont crescendo et le lecteur termine l’histoire à bout de souffle. Beaucoup de thématiques sont abordées ici : on parle de maternité, de rapport au corps, des secrets de famille, de la confiance…. Tous ces thèmes se mêlent au fil des pages et nous amènent à nous interroger. L’originalité de ce livre réside dans l’absence formelle de dialogues. En effet, ils sont retranscrits à la forme indirecte, ce qui n’empêche pas de se représenter les différents protagonistes en train de discuter. En bref, Sanaë Lemoine frappe fort avec cette histoire, nulle doute qu’elle fera partie des autrices sur lesquelles il faudra compter dans l’avenir.

Pour conclure, « l’affaire Margot » est un roman marquant et très réussi qui amène le lecteur à s’interroger sur l’amour maternel, le poids des secrets et les relations de confiance. Je le recommande à tous les amateurs de nouvelles plumes et à tous ceux qui aiment les secrets de famille et les non-dits.

Retrouvez ce roman sur le site des éditions Eyrolles

Les femmes n’ont pas d’histoire d’Amy Jo Burns

Littérature Nord-Américaine – Roman sorti le 18 février 2021
Editions Sonatine

Ma note : 4/5 mention « à découvrir »


Résumé : Un récit d’émancipation vibrant de beauté et de rage.
Dans cette région désolée des Appalaches que l’on appelle la Rust Belt, la vie ressemble à une damnation. C’est un pays d’hommes déchus où l’alcool de contrebande et la religion font la loi, où les femmes n’ont pas d’histoire. Élevée dans l’ombre de son père, un prêcheur charismatique, Wren, comme sa mère avant elle, semble suivre un destin tout tracé. Jusqu’au jour où un accident lui donne l’occasion de reprendre sa vie en main.

Ce premier roman inoubliable, qui dépeint la lutte de deux générations de femmes pour devenir elles-mêmes dans un pays en pleine désolation, annonce la naissance d’une auteure au talent époustouflant.


L’avis de #Lilie : Voilà un roman à côté duquel je serai passée si les éditions Sonatine n’avaient pas proposé un partenariat avec le Picabo River Book Club ! En effet, même si je m’ouvre à la littérature Nord-Américaine depuis quelques mois maintenant, je n’ai pas encore le réflexe de guetter toutes les sorties… Néanmoins, je me suis notée le nom de l’autrice car sa plume m’a bouleversée et je compte bien continuer à la lire.

Nous faisons ici connaissance avec Wren, une jeune fille qui vit dans les Appalaches avec sa mère, Ruby, et son père, Briar. Très isolés, ils ont peu d’interaction sociale et vivent reclus, à l’abri du regard des gens. Seule Ivy, la meilleure amie de Ruby, leur rend régulièrement visite avec ses trois fils. Pourtant, le jour où Ivy a un accident, tout va basculer et Wren va voir sa vie changer du tout au tout.

Au départ, j’ai eu un peu de mal à cerner Wren. Amoureuse de ses montagnes, effrontée, elle a soif de liberté et de rencontre. Elle va d’ailleurs en vivre une troublante avec Caleb, un jeune homme vivant en foyer qui va la bouleverser mais aussi, d’une certaine manière, lui ouvrir les yeux. Ruby et Ivy, elles aussi, avaient des rêves plein la tête quand elles étaient plus jeunes. Malheureusement, la vie en a décidé autrement et les voilà maintenant dans ces montagnes, dont elles voulaient tant s’éloigner, à s’embourber dans une vie qui ne leur ressemble pas du tout. Briar, le père de Wren, est un homme mystique, taiseux et qui, à part avec ses serpents, a bien du mal à communiquer. Ayant survécu à la foudre, il est devenu manipulateur de serpents et un homme de Dieu. Très mystérieux, on le découvre, en partie, au fil des pages mais pour moi, c’est un personnage sombre, qui ne m’inspire aucune confiance. Enfin, il y a Flynn, un moonshiner de la montagne qui, lui aussi, va se révéler comme un personnage important de l’histoire. Homme de cœur et de parole, il va connaître son lot d’épreuves qui vont l’endurcir mais qui ne le feront pas dévier de sa ligne de conduite.

Ce roman est une jolie découverte. Sa construction en quatre temps est assez originale. Au départ, on découvre Wren, sa famille et l’accident qui va tout changer. Dans un second temps, on en apprend plus sur Flynn puis, dans une troisième partie, sur Ruby et Ivy. Enfin, on revient au présent et on découvre le dénouement de cette histoire. Un peu perdue au départ, je me suis vite laissée happer par l’atmosphère sombre des Appalaches et par les mystères qui entouraient les différents personnages. La plume de l’autrice est très visuelle et nous embarque totalement dans son intrigue. On tremble, on espère et on pleure avec eux et même si j’ai ressenti quelques longueurs, c’est une lecture assez addictive et une belle histoire de femmes. En effet, elles sont au centre de l’intrigue et l’autrice dénonce la mise en avant perpétuelle des hommes au détriment des femmes qui sont toujours des épouses, des sœurs ou des filles de. En bref, un beau roman écrit par une femme pour rendre hommage aux femmes.

Pour conclure, « les femmes n’ont pas d’histoire » est une très belle découverte. C’est un roman qui ne laissera personne indifférent mais qui ne plaira sûrement pas à tout le monde. Personnellement, je me suis laissée entraîner en plein cœur de la montagne et ait découvert des héroïnes fortes, avec de la suite dans les idées et une réelle volonté d’avancer.

Retrouvez ce roman sur le site des éditions Sonatine

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AFFAMÉE, un roman de Raven Leilani.

Non, c’est juste qu’il y a parfois des heures grises et anonymes, comme maintenant. Des heures où je suis désespérée, affamée, des heures où je sais comment une étoile devient du vide.


Un premier roman aussi sulfureux que dérangeant
Edie, jeune Afro-Américaine, a décroché un poste dans l’édition, mais il semble toujours y avoir quelqu’un de plus respectable ou de plus  » blanc  » prêt à prendre sa place. Côté sexe, sa vie est assez débridée, mais sentimentalement les résultats ne sont guère satisfaisants. Or voilà qu’elle rencontre – par Internet – Eric, un homme blanc plus âgé qu’elle, avec qui elle entame une aventure aussi torride qu’ambiguë.
Elle fait bientôt la connaissance de son épouse, qui lui propose de venir habiter chez eux pour s’occuper de leur fille adoptive, une adolescente afro-américaine un peu perdue dans ce milieu huppé.
La cohabitation – floue, sous tension – va exacerber les conflits latents, et générer des situations pour le moins inhabituelles, sur fond de séduction et d’incompréhension.
Avec ce premier roman aussi sulfureux que dérangeant, Raven Leilani dresse un tableau acerbe des liens sociaux et raciaux dans l’Amérique contemporaine, où tabous et fantasmes mènent la danse.

 
AFFAMÉE étonne, subjugue, indigne, offusque. Pas de demi-mesure avec le premier roman de Raven Leilani, on aime ou pas. Tous les avis se mettent pourtant d’accord sur le talent de l’auteure.
Pour ma part j’ai adoré et je vous explique pourquoi.
Edie porte en elle un douloureux héritage. Telle une malédiction qui se transmet, elle n’y échappera pas malgré toute sa volonté. Un vide, un abysse où l’amour s’y écoule, s’y noie. Un manque viscéral qui ne sera pas comblé par un père ou la religion. Alors Edie grandit comme elle le peut, développant un certain intérêt pour le sexe, mirage acceptable où l’amour semble y prendre racine. Elle aime les corps, la sueur, la violence, ces blessures qui la font vivre dans un monde où l’absence est bien trop présente. L’attention, l’inattention brutale de ces échecs qui s’accumulent. Edie court après tout cela. Un semblant attentif à ses désirs, à ses caprices, à ses rêves. Une noire défaillante dans un monde où le « noir » doit survivre. Edie, guerrière à l’allure maussade, désabusée, avide de croire à la vie, à l’amour toxique, à l’amour tout court, court après cette chimère qui prend, alors, la forme d’Eric. Quarantaine, pas franchement beau, pas franchement laid, il a le bagou, le goût de l’interdit, le goût de l’audace, le goût où le tout devient possible. Irréalité qui dure des semaines se transformant tel le carrosse de Cendrillon, la réalité a souvent un goût amer de désillusion.

 

Edie s’immisce dans la vie d’Eric et de sa femme qui l’encourage à s’installer dans leur maison. Un tableau inédit et grotesque où l’appropriation de l’identité fait figure d’un mauvais jeu de rôle. Edie récure chaque centimètre de la maison, laissant ici et là sa trace, son emprunte, et chapardant ces objets inutiles. Deviendrait-elle blanche ? La femme quant à elle, observe maladroitement d’une envie malsaine et nauséabonde. Humiliation ultime de l’intimité, Edie devient un objet de fantasme qu’elle décortique minutieusement, autopsie du vivant. Blanc et Noir, confrontation silencieuse de deux mondes où tout les oppose, peinture caricaturale de la blessure sociétale. 

 

Désirs, envies mortifères, passion, concupiscence, avarice, avidité, égoïsme rythment une histoire hors norme portée par une plume talentueuse, vorace qui accapare le lecteur dès le départ. Elle scande, elle hurle la douleur et la passion émiettant les blessures, les espoirs et la réalité, déliant le vraisemblable au cœur des tourments. De longues énumérations et descriptions me faisant penser aux chants des esclaves. Si l’histoire et le scénario se veulent simple tout ce qui agrémente le récit a su me séduire. La force des mots, le symbolisme récurrent, une héroïne paumée au milieu d’un monde cruel et de ces manquements, l’agencement des scènes, l’ambiance particulière m’ont séduite. Une plume atypique qui sait jouer à la perfection entre la douceur et la violence portant à bout de doigts la réalité.

 

Je ne peux que vous inciter à vous faire votre propre avis, pour ma part cette première rencontre avec l’auteure fut merveilleuse.

 

Une chronique de #Esméralda

L’AGONIE DES GRANDES PLAINES, un roman de Robert F. Jones


Wisconsin 1873. À la mort de ses parents victimes de la grande crise financière, Jenny Doussmann part dans les Grandes Plaines rejoindre son frère, Otto, vétéran de la guerre de Sécession devenu chasseur de bisons. Ceux-ci commencent à se faire rares, sans compter les rivalités entre chasseurs et la plupart des tribus indiennes entrées en guerre. Le premier hiver de ces deux émigrants allemands, seuls dans l’immensité, tourne au cauchemar.
Ils seront sauvés par une vieille connaissance, Two Shields, un Cheyenne du Sud qui s’engage à veiller sur eux. Devenus membres de sa tribu, Jenny et Otto devront combattre à la fois d’autres chasseurs et des tribus ennemies des Cheyennes. Dans ce roman sauvage et lyrique, les Grandes Plaines sont le réceptacle d’un monde à l’agonie et font corps avec l’Indien et le bison décimés. Ce tableau de l’Ouest américain, avec ses descriptions crépusculaires, mais réalistes, n’épargne personne, animaux et humains : Indiens comme Blancs.

Début de la Grande Dépression, 1873, en pleine conquête de l’Ouest, Robert F. Jones nous plonge dans un roman à la fois douloureux et lumineux.

 

Jenny, 16 ans, vient de vois mourir ses parents. Son père pendu dans la grange et sa mère qui vient de s’empoissonner. Terrible conséquence de cette crise que traverse l’Amérique, décimant de nombreux hommes vaillants et par répercussion les familles.
Son père, issu de la communauté allemande, à traverser l’Atlantique pour un avenir meilleur où la liberté d’expression ne serait pas entravée. Jenny se retrouve seule à organiser les obsèques de ses parents dans l’attente que son grand frère Otto revienne de l’ouest. Jenny a une forte personnalité et des qualités rares. Sa persévérance, son obstination, ses qualités de chasseuse, sa patience et son hardiesse lui valent l’admiration de son grand frère, aventurier dans l’âme, qui après avoir réglé les affaires de son père l’embarque pour le grand Ouest.

Nature hostile, animaux sauvages, aucun confort, juste des bisons à perte de vue et cette odeur détestable des carcasses pourrissantes et des peaux. Entre désolation et émerveillement, Jenny est ébahie par ce nouveau monde qui s’offre à elle. Nullement désappointée, elle prend rapidement en charge les affaires du camp composé donc de son frère Otto, du Two Shields, d’un ancien soldat et d’un vieux roublard pas très net. Et puis plus tard, elle apprend à tuer les bisons et recueillir sa viande. Alors qu’Otto part livrer les peaux, le voyage dérape. Le chargement est attaqué et Otto est considéré comme mort. Jenny décide aussitôt de partir à sa recherche, ne croyant nullement à cette information. Démarre ainsi un long voyage vers l’improbable.

J’ai pris beaucoup de temps pour lire ce roman notamment la première partie qui s’étale sur les descriptions des différents personnages et de la nature environnante. L’auteur prend le temps de bien ancrer son histoire que cela soit dans le contexte historique, politique et géographique. La nature a une place prépondérante et dont il convient de ne pas légitimer. Peu à peu il nous porte vers cette question cruciale : la décimation des bisons mèneront-ils vers la perte des autochtones ? La seconde partie est tournée vers l’appropriation de l’identité communautaire. Jenny et Otto sont recueillis par le clan des Cheyennes et vont découvrir leurs us et coutumes, leurs croyances. Peu à peu se dépeint un tableau sociétal hypnotisant. Leurs rapports avec la nature sont subjuguant. Il est agréable de se laisser porter par la plume et le scénario de Robert F. Jones. Un roman à mi-chemin entre le natur-writing et le western décrivant avec minutie et prestige une époque où la cruauté prévaut sur la préservation, où la conquête représente tout ce qu’il y a de plus ignobles. Un roman porté par des personnages charismatiques et un univers impitoyable.

J’ai beaucoup apprécié ce roman. Le démarrage a été difficile et puis vient ce moment crucial où tout coule de source. Un final tonitruant qui m’a laissée un peu sur ma faim mais qui conclut à merveille un roman pittoresque et fabuleux !

A découvrir.

Une chronique de #Esméralda

LE VALLON DES LUCIOLES, un roman de Isla Morley.

Chargées de secrets et de désirs, leurs ombres sont plus gracieuses que des créatures célestes.


1937, Kentucky. Clay Havens et Ulys Massey, deux jeunes photographe et journaliste, sont envoyés dans le cadre du New Deal réaliser un reportage sur un coin reculé des Appalaches.
Dès leur arrivée, les habitants du village les mettent en garde sur une étrange famille qui vit au cœur de la forêt. Il n’en faut pas plus pour qu’ils partent à leur rencontre, dans l’espoir de trouver un sujet passionnant.
Ce qu’ils découvrent va transformer à jamais la vie de Clay et stupéfier le pays entier. À travers l’objectif de son appareil, se dévoile une jeune femme splendide, Jubilee Buford, dont la peau teintée d’un bleu prononcé le fascine et le bouleverse.
Leur histoire sera émaillée de passion, de violence, de discorde dans une société américaine en proie au racisme et aux préjugés.
Inspiré par un fait réel, ce roman est une bouleversante histoire d’amour et un hymne à la différence.

L’AVIS DE LILIE
Lorsque j’ai lu le quatrième de couverture, j’avoue avoir été très intriguée. Maintenant que j’ai terminé cette lecture, j’avoue que je ne pensais pas ressentir autant d’émotions et avoir autant d’empathie pour les différents protagonistes.
Nous faisons ici connaissance avec Havens et Massey, un photographe et un journaliste envoyés par une agence gouvernementale dans les Appalaches. Arrivés là-bas, ils apprennent l’existence d’une famille mise à l’écart car deux de leurs enfants sont bleus. Intrigués, les deux amis se rendent là-bas pour décrocher un scoop… Mais est-ce cela qu’ils vont découvrir ? Cette rencontre va-t-elle bouleverser seulement leurs carrières ou leurs vies entières ?

Quand ils arrivent dans les Appalaches, Havens et Massey sont au point mort au niveau professionnel. Tandis que Massey rêve de faire la une des grands quotidiens, Havens semble désintéressé par tout et il semble n’avoir plus aucune perspective….Sa rencontre avec Jubilee, la fille « bleue » va lui ouvrir les yeux et lui redonner un but dans la vie. Contrairement à Massey, il se contente de peu mais veut surtout vivre en accord avec lui-même. J’ai trouvé l’évolution de Havens assez intéressante car derrière son apparente indifférence se cache un homme observateur et préoccupé par les autres. Jubilee, elle, ne sait pas si elle peut faire confiance à cet inconnu avec qui elle se sent si bien. Échaudée par le regard des autres et par toutes les paroles entendues à l’encontre des personnes comme elle, elle a appris à se faire discrète et à se fondre dans le décor pour ne pas faire de vagues. Son frère Levi, très protecteur, atteint du même mal qu’elle, va lui aussi essayer de trouver sa place dans ce monde qui ne veut pas d’eux.
J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman. J’ai trouvé la plume de l’autrice très belle, poétique, et assez envoûtante. On est en totale immersion au creux du Vallon des Lucioles et j’ai beaucoup souffert au côté de ses habitants, pointés du doigts car coupables d’être différents. Ce récit dénonce les ravages du racisme et montre les dérives liées à la peur des autres et de l’inconnu. De tout temps, aux USA comme ailleurs, les personnes qui n’entrent pas dans les cases sont mises au banc de la société. Là, c’est encore une fois la couleur de peau qui dérange et qui effraie. L’autrice dénonce cela avec force et essaie de faire passer un message de tolérance à travers cette histoire assez incroyable et méconnue. Elle a ajouté à l’intrigue une romance qui m’a touchée même si, par moment, j’aurais aimé secoué les personnages pour qu’ils agissent, au lieu de trop réfléchir.
Pour conclure, « la vallon des lucioles » est une très belle découverte et je remercie chaudement Babelio et les éditions du Seuil.

 

L’AVIS D’ESMERALDA
Comment ne pas craquer en voyant cette couverture. De la douceur à profusion, ces petites lucioles traçant ce chemin, cette plume symbole de liberté également et d’emprisonnement. Premier roman traduit en France d’Isla Morley, LE VALLON DES LUCIOLES plaira à un grand nombre d’entre vous.

 

Direction les Appalaches, une petite ville qui se prénomme Chance, longeant la voie ferrée. 1937, nouveau Krach boursier de Wall Street, plongeant des milliers de gens dans la misère, et ces petites villes qui vivotent dans une ambiance ségrégationniste. Un contexte géo-politique non négligeable et qui met en lumière les mœurs des personnages.

 

Havens et Massey, deux acolytes roulant leurs bosses ensemble depuis quelques années déjà. Havens, photographe, a été primé par le célèbre prix Pulitzer et Massey, journaliste, écrit des piges ici et là sans véritablement percé. Envoyés par le gouvernement afin de dépeindre les habitudes des habitants vivant dans les territoires les plus reculés, ils prennent leur mission très à cœur. Un premier contact à chaud dans un bar miteux dévoile un surprenant événement « la chasse au raton bleu ». Intrigués les voici en quête d’informations concises. De fil en aiguille les voici sur un chemin poussiéreux à la recherche d’une communauté isolée qui pourra répondre à leurs questions. Un pas après l’autre, après s’être éloignés du chemin et certainement perdus, les voici face à une sublime créature. Une jeune femme bleue. Estomaqués, ébahis, ils la poursuivent, comme ces chiens affamés grognant derrière leur os. Malencontreusement, Havens se fait mordre par un serpent. La jeune femme cachée afin de les observer, vient à son secours. C’est ainsi qu’ils rentrent au sein de cette communauté surprenante.

 

En convalescence, Havens fait la connaissance de Jubilee, la jeune femme bleue. Totalement hypnotisé par la belle, au fil des jours, une jolie relation naît entre eux. Elle lui fait découvrir la nature et les oiseaux, escapades propice au renouveau et à la libération des chaînes entravant Havens. Lui, lui parle du monde extérieur. Deux belles âmes qui s’épanouissent à leur contact et qui désirent secrètement évoluer vers un autre chose. Alors que Massey se fait les crocs sur cet article qu’il désire faire paraître à leur sujet (du grand n’importe quoi), Havens découvre cet havre de paix. Et puis les vieilles querelles, des amours interdits, des non-dits, la colère et la haine, jaillissent sur le vallon laissant dans son sillage des traînées de sang, des cris et des larmes. La mort, l’abandon, la peur plongent la communauté au cœur d’un sombre avenir.

 

Jubilee est d’une douceur bienveillante, de celle que l’on aimerait côtoyer tous les jours. Sa couleur de peau est une énigme, voire une malédiction. Elle connaît les conséquences de son exposition, la méchanceté des gens, les insultes, les humiliations. Elle aimerait tant découvrir autre chose, sortir du vallon malgré les risques, se prouver que sa couleur ne la définit pas. Par un malheureux concours de circonstances elle va tout découvrir sur sa couleur. Une seconde vie s’offre à elle, mais sera t-elle toujours la Jubilee « bleue » qui aime virevolter dans la nature, soigner les oiseaux, et vivre dans l’insouciance ?

 

Isla Morley nous propose un roman où le thème soulevé par son histoire est encore et toujours aux États-Unis d’actualité. La ségrégation raciale fait toujours des ravages. Tiré d’une histoire réelle, Isla Morley empreigne ses mots d’une force à la fois magnifique et douloureuse. Une première partie latente afin de poser les bases de l’histoire et de mettre en lumière tous les personnages. Et une seconde partie totalement différente, où les émotions vous capturent sans plus vous lâcher avant le point final. Une légère touche de romance s’installe, adoucissant et contrebalançant la cruauté humaine. L’auteur insuffle cette lueur d’espérance au cœur des ténèbres et de la destruction. Un roman envoûtant tant par ses personnages que la thématique. Une histoire comme c’est si bien écrire les américain.e.s sur un sujet qui leur tient tant à cœur. La note atypique à ce roman est ce bleu mais dont je suis sûre vous allez tomber amoureux.ses. C’est le genre de roman qui a véritablement vocation à être adapté pour le petit écran.

CRÉATURES, un premier roman de Crissy Van Meter.

Elle se demandait combien d’entre eux avaient déjà vécu dans les mottes de cette terre, et combien parmi eux dont elle ignorerait à jamais l’existence.

CRÉATURES, Crissy Van Meter

« En posant l’oreille sur l’océan, tu pourrais bien l’entendre vibrer en toi. »
À la veille de ses noces, Evie fait face à trois problèmes : son fiancé marin-pêcheur est porté disparu en mer, la carcasse puante d’une baleine s’est échouée dans le petit port de Winter Island ; enfin sa mère épisodique a débarqué sans crier gare. Mais Evie en a vu d’autres. Elle a grandi trop vite auprès d’un père magnifique, aimant et négligent. Ensemble, ils ont vécu comme des hobos, des pirates, des explorateurs… et du commerce de la Winter Wonderland, la légendaire marijuana locale.

Alors parfois il y avait des tempêtes, parfois des coups de soleil.
Et il y avait toujours juste assez pour ne jamais quitter cette île magnétique, furieuse et solitaire, « comme germée du fond des eaux » au large des côtes californiennes. Au rythme changeant des marées, le récit se conjugue à tous les temps, à mesure qu’Evie évalue les dommages collatéraux de sa drôle d’enfance et les incertitudes inhérentes à sa vie insulaire.

 
Avoir le premier roman de Crissy Van Meter dans les mains, c’est se prendre la vague de plein fouet, chercher sa respiration quelque part entre la rudesse des lieux et les vents tempétueux, admirer la multitude des saisons qui défile. La douleur et l’impuissance des sentiments qui se confrontent. CRÉATURES captive, chamboule sans aucun doute.

 

Le mariage d’Evie est le point d’ancrage à toute l’histoire. De là, le passé et le futur se confrontent, se jouent l’un de l’autre. Hôtel des souvenirs, cartomancie de l’avenir au cœur d’un décor à la fois paradisiaque et impitoyable.

 

Evie parle de son enfance. Un père alcoolique qui l’adore plus que sa propre vie. Un père dysfonctionnel mais qui tient la barre haute, aucun naufrage n’est accepté. Un père aimant, un père qui se perd dans les profondeurs de ses blessures, abîmes de l’âme. Un père qui fait de son mieux. Un père légendaire, orateur majestueux des histoires qui font l’île, sa vie, tel le vecteur d’un héritage lointain, ailleurs. Une mère démissionnaire toute aussi dysfonctionnelle. Les voyages, la célébrité, loin très loin de l’île et loin de sa fille dont le souvenir surgit ici et là au grès de ses pérégrinations et de ses envies. Une mère lâcheuse.

 

Evie se construit tant bien que mal. Des souvenirs en pagaille. Des bons. Des mauvais. Envies fugaces telles des apparitions miraculeuses auxquelles il est agréable de se s’accrocher, juste un peu, juste pour y croire. Evie rêve de tout et de rien, qu’en est-il vraiment quand l’absence de tout et de ce rien n’est qu’illusion. L’océan est son confident, les nuages son protecteur, le soleil son moteur et l’île, toute entière, sa maison.

 

Crissy Van Meter met en exergue la grandeur des émotions. Intenses, paralysantes, euphoriques. Celles qui habitent tout au long d’une vie. Une balade que j’ai appréciée et où j’ai pris le temps de le faire. Une bouffée d’oxygène où ce paradis est peuplé de ces créatures mi vivantes, mi mortes. Celles qui se vénèrent, celle qui s’oublient. Celles qui font grandir tant bien que mal. Une douceur exquise confrontée à la violence, la plume de Crissy Van Meter m’a transportée. J’ai su aimer la langueur, parfois nocive parfois enchanteresse, du récit aux mille couleurs.

 

A découvrir sans faute !

 

Une chronique de #Esméralda

Ce lien entre nous de David Joy

Littérature Nord-Américaine – Roman sorti le 3 septembre 2020
Editions Sonatine
Lecture personnelle

Ma note : 5/5 mention « un roman incroyable »

Quatrième de couverture : Caroline du Nord. Darl Moody vit dans un mobile home sur l’ancienne propriété de sa famille. Un soir, alors qu’il braconne, il tue un homme par accident. Le frère du défunt, connu pour sa violence et sa cruauté, a vite fait de remonter la piste jusqu’à lui. Un face à face impitoyable s’engage alors.
Avec Ce lien entre nous, David Joy esquisse un nouveau portrait noir des Appalaches. Quelle rédemption pour ces régions violentes et magnifiques, réduites au désespoir ? Seul un grand écrivain est capable de nous donner une réponse.


L’avis de #Lilie : Voilà un moment que j’entendais parler de David Joy comme l’une des nouvelles voix du roman nord-américain. Finalement, j’ai décidé de me laisser tenter par celui-ci sur les conseils des lecteurs du Picabo River Book Club et de ma libraire. Je ne regrette absolument pas de les avoir écoutés même si je ne m’attendais absolument pas à éprouver tout ça lors de ma lecture !

Nous faisons ici connaissance avec Darl Moody, un homme vivant dans les Appalaches et qui braconnent sur les terres d’un de ses voisins, étant donné que ce dernier est absent. Croyant tirer un cerf, il tue un homme. A partir de là, plus rien ne sera comme avant pour lui, pour son meilleur ami et pour le frère du défunt. Quelles seront les conséquences de cet accident ? La justice fédérale arrivera-t-elle à se faire respecter ? Comment vivent les hommes dans ces montagnes ?

Darl Moody n’est pas un méchant bougre mais il est clair que ce n’est pas un protagoniste qu’on a l’habitude de voir. Il a une vie assez tranquille, rythmée par ses chasses interdites et quelques soirées avec son ami Calvin Hooper. Ce dernier mène également une vie assez routinière enjolivée par la présence de sa compagne Angie. Dwayne Brewer, en revanche, a tout d’une grosse brute mais il aime plus que tout son frère Carol, surnommé Sissi. Moqué pour ses particularités, Dwayne a toujours mis un point d’honneur à le protéger et sa mort va lui faire perdre les pédales. A partir de là, il va engager une chasse à l’homme et va tout faire pour savoir ce qui lui est arrivé.

Je ne peux pas en dire beaucoup plus ni sur l’intrigue ni sur les protagonistes car je risquerais de vous dévoiler certaines choses qu’il vaut mieux découvrir par soi-même. Ce roman m’a mis une grosse claque. Tout d’abord, dès les premières lignes, on entre dans le vif du sujet avec l’action principale qui se déclenche de suite, suivie d’une rapide présentation des différents personnages. La plume de l’auteur ne fait pas dans la dentelle ni dans la fioriture ; en effet, il va droit à l’essentiel, nous décrivant avec toute sa sincérité ce qui se passe et ce que peuvent ressentir les différents intervenants. Il faut avoir le cœur bien accroché car il n’hésite pas à fournir des détails qui, pour nous citadins, peuvent paraître violents voir choquants. Cette histoire est également l’occasion de mettre en lumière cette Amérique que l’on dit profonde, éloignée des grandes métropoles et dont les coutumes et habitudes de vies sont beaucoup plus rustiques. En effet, on constate que là-bas, les armes à feu et la violence sont un mode de communication comme un autre et on perçoit un réel décalage entre le business-man New-Yorkais, les acteurs Hollywoodiens et les Américains des Appalaches. J’ai refermé ce livre en soufflant un bon coup, ne m’étant même pas rendue compte que les dernières pages me l’avait littéralement coupé. J’ai longuement repensé à cette lecture et je dois dire qu’elle va sûrement me hanter encore pendant un petit moment…

Pour conclure, « Ce lien entre nous » est une très belle découverte. Ce n’est pas un roman à mettre entre toutes les mains tant la plume de l’auteur est crue, franche et directe. Néanmoins, il est l’occasion de découvrir un autre visage des Etats-Unis, un visage méconnu ou oublié par le reste du monde.

Retrouvez ce roman sur le site des éditions Sonatine

L’ÉVANGILE DES ANGUILLES, un premier roman de Patrik Svensson.


C’est l’une des créatures les plus énigmatiques du règne animal. Omniprésente depuis la nuit des temps (dans toutes les mers du globe, dans la mythologie, la Bible, l’Égypte ancienne, la littérature et d’innombrables cultures de par le monde, du Japon à la Scandinavie en passant par le pays basque), l’anguille ne cesse pourtant de se dérober à notre compréhension.
Comment se reproduit-elle ? Pourquoi retourne-t-elle à la fin de son existence à son lieu d’origine, la mer des Sargasses, au large des Bermudes – où nul être humain cependant n’a jamais réussi à la voir ? Aristote croyait qu’elle naissait spontanément de la vase ; Sigmund Freud commença sa carrière en disséquant des centaines d’anguilles afin de dénicher leurs organes reproducteurs – en vain. Et aujourd’hui encore,  » la question de l’anguille  » demeure en grande partie irrésolue.

Patrik Svensson a passé son enfance à pêcher l’anguille, avec son père. La nuit, en silence, pendant des heures, ils attendaient de sentir vibrer le mystère au bout de leur ligne plongée dans les profondeurs des rivières et des lacs. Au point que cet animal, source de fascination autant que d’effroi, est devenu pour lui un totem – le symbole de tout ce qui demeure hors de notre portée, et à quoi pourtant nous accordons notre foi.

En mêlant la grande aventure scientifique, écologique, et le récit intime, L’Évangile des anguilles dévoile un pan de cet autre mystère, que chacun porte en soi : celui de nos propres origines et du sens même de la vie.

Voici une lecture qui aurait pu me plaire davantage. Patrik Svensson nous plonge dans la recherche de soi au travers des origines. Et pour cette quête, il va s’approprier d’une manière inattendue et surprenante la vie des anguilles. Poisson légendaire et mystérieux qui depuis la nuit des temps donne des sueurs froides à tout scientifique qui s’y pique. Un parallèle incongru mais qui doit avoir une certaine évidence que je n’ai malheureusement pas su voir ni comprendre.
L’anguille a une part très importante tout au long du récit intime que délivre Patrik Svensson. Elle devient ce symbole intergénérationnel, de souvenirs, de coutumes, d’un pays (la Suède). L’anguille devient l’emblème de la transformation, du mystère, de la fuite du temps, de la temporalité, de l’immortalité et de l’échec. Cet échec puissant qui se trouve dans la disparition définitive, la mort. Tout au long de son exposé argumenté et très bien documenté, Patrik Svensson interroge le lecteur sur l’idée de l’écologie, de la transformation de nos modes de vies et leurs conséquences inéluctables. Un discours alarmant qui tend à annoncer la fin de ce quelque chose qui fait peur.

 

La partie documentée est particulièrement fournie avec des références scientifiques de la Grèce Antique à nos jours. J’ai suivi tout ce parcours d’études qui prouve la ténacité des chercheurs mais qui en contrepartie dénonce leur impuissance face au grand monde. Riche en détails, le récit intime n’a pas la même profondeur. L’auteur ayant choisi de rester succinct dans son développement allant à quelque redondance.

 

Je suis arrivée à la conclusion que je suis passée littéralement à côté de ce roman. Je n’ai pas su me saisir de l’objectif de ce roman pour autant j’ai apprécié le côté documentaire. Un roman quelque peu rigide dans les différentes transitions et parfois redondant. Je ne connaissais point la grande odyssée de l’anguille me voilà maintenant imbattable à son sujet.

 

Un roman qui se laisse découvrir malgré tout !

 

Une chronique de #Esméralda