L’OURS un roman de Andrew Krivak.

NATUR WRITING

Éditions Globe

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié

#PicaboRiverBookClub


Ils ne sont que deux survivants humains, un père et sa petite fille, dans une maison au bord d’un lac. Leurs voisins ? Des arbres centenaires, des plantes millénaires, des oiseaux dont les appels trouent les cieux, des traces d’ours sur les troncs et une montagne qui n’a pas changé depuis qu’Emerson et Thoreau y puisaient leur force et leur sagesse.
 
Au fur et à mesure que la fille grandit, son père lui apprend tout ce qu’il peut, pour la préparer à une vie en harmonie avec une nature majestueuse et tutélaire.
Et quand la fille se retrouvera seule, c’est l’ours du titre qui lui servira de guide ultime pour s’orienter à travers un environnement aussi rude que prodigue, dans une communion élégiaque.

 

Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
Nouveauté 2021
160 pages
Disponible au format numérique et broché

 


MON AVIS

Il existe ces romans où les mots semblent désuets. L’ours en fait indéniablement partie

 

Mes mots ne pourront jamais vous faire ressentir l’immensité. La nature omniprésente. Le ciel, la terre, les arbres et les fleurs, les animaux, leurs silences, leurs cris, leurs vies, leurs présences, source d’abondance et de pérennité. Une bouffée d’air pur, saisissante et pétrifiante. La solitude, la peur de la mort, mais la vie restant, brillante par tous ses défauts, sombre pendant ces moments où la terre s’endort.

 

Un paysage époustouflant. Des détails précis et ces mots qui valdinguent, bouleversent et pétrissent le cœur avec une nonchalance naturelle invitant au repos et surtout à tendre l’oreille. Alors vous entendrez ce père initiant sa petite fille à la terrible loi de la survie, ses conseils, ses souvenirs, ses légendes, ses histoires, ses mots marqués sur un papier d’un autre temps seul rescapé de l’apocalypse (?). Alors vous verrez l’amour qui transpire dans chaque mot, chaque geste, chaque silence. Celui-ci apporte bien plus.

 

C’est ainsi que naissent les légendes celles véhiculées par les airs, celles qui se murmurent au bruissement des feuilles, celles que rapportent les oiseaux du quatre coin du monde. Une légende naît de la douleur, de la perte et du deuil. Une légende en parfaite communion avec la nature, la véritable nature, celle qui s’élève, celle qui a conscience d’un grand tout.

 

Andrew Krivak signe un roman d’une beauté insaisissable, merveilleuse et d’une justesse rare. Dès le départ j’ai été captivée par la prose et le style de l’auteur. Une plume lyrique qui nous invite à un voyage extraordinaire. Au-delà d’être une claque, ce roman puisse sa force dans la nature mais aussi aux côtés d’une jeune héroïne qui a reçu un héritage bien lourd pour ses frêles épaules. Une héroïne en harmonie totale avec son environnement dont elle aura pris soin de regarder et d’écouter.

 

J’ai été saisie par la puissance émanant de ce roman. Une expérience unique et bouleversante.

 

Êtes-vous prêt.e.s à rencontrer l’ours ? Je ne pense pas.

 

LA BARONNE DES GLACES, un roman de Nicole Vosseler.

ROMAN HISTORIQUE

Éditions L’Archipel

Traduit de l’allemand par Anne-judith Descombey

Russie, 1822. Katy et Grischa rêvent de parcourir le monde et de faire fortune. Avec l’aide de Thilo et Christian, ils ont une géniale idée : exporter la glace du Nord jusque dans les Tropiques. Mais leur entreprise sera semée d’embûches. Et quand l’amour s’en mêle…
Russie, 1822. Depuis son enfance, Katya sait  » lire  » dans la glace. Elle en perçoit les vibrations et les qualités. Quant à son frère aîné Grischa, il semble pouvoir  » deviner  » le temps qu’il fera.
 
Tous deux rêvent d’une vie meilleure et veulent laisser derrière eux leur enfance misérable. Leur voyage les mène sur la Baltique jusqu’au port de Hambourg où ils s’associent avec Thilo et Christian, des hommes d’affaires qui ont créé une société de négoce. Leur plan audacieux : expédier la glace jusqu’à Calcutta.
Mais la voie du succès est semée d’embûches, et les sentiments naissants entre Katya et Christian, qui est marié, menacent de faire fondre les rêves de la jeune baronne des glaces…
Inspirée de l’histoire vraie d’une dynastie de commerçants intrépides, le premier tome d’une saga mêlant amour, drame et aventure.

 

 

Ma note : 2.5/5
336 pages
Nouveauté 2021
Disponible en numérique et broché

 

 


MON AVIS

A la vue de la couverture et à la lecture du résumé, j’ai été ravie de me lancer dans ce roman tout aussi historique que aventureux. J’aime beaucoup d’ailleurs cette période que représente le XIXe siècle, siècle de la révolution industrielle et où le monde s’ouvre au commerce. Un saut dans la Russie pays natal de ma grand-mère m’a plus que ravi mais malheureusement la magie n’a pas du tout opéré.

 

Katy et Grischa s’échappent alors que l’hiver s’est abattu sur leur petit village. La glace chante et le vent hurle sa froideur mais le plus important pour Grischa et Katy est d’échapper à un avenir incertain où la survie n’aurait rien eu d’idyllique. Katy est encore une petite fille mais son entêtement et son courage la portent partout où ira Grischa. Leur fuite les porte bien au nord de la Russie où ils sont recueillis par une femme veuve ayant la main sur le cœur. Grischa découvre la mer et sa rigueur, il en tombe fou amoureux. Ses différents séjours à bord des bateliers façonnent un jeune homme rigoureux, massif et sur de lui. Mais leur quête de liberté et d’aventure ne s’arrête pas ici et va continuer au Danemark où ils rencontreront Christian et Thilo, deux frères, qui tentent de sauver le magasin familial. A eux quatre ils forment un groupe stupéfiant et où l’harmonie tend à être perturbé par les amourettes.

 

J’ai eu beaucoup de mal à m’attacher aux personnages où leurs incertitudes modèlent une histoire en quinconce notamment quand il est question de relation amoureuse. Katy de par sa beauté est source de pas mal de maux et de la convoitise des hommes qui cherchent à tirer profit de son corps et/ou de son intelligence. Grischa devient un excellent navigateur mais ses histoires d’une nuit auprès des deux sexes ont tendance à refroidir les ardeurs. Christian et Thilo, l’un introverti et l’autre extraverti, forment un duo complémentaire mais l’égoïsme et l’arrogance de l’un agacent l’autre. Les personnages m’ont apparu fade et sans grande surprise.

 

Les décors sont quasi inexistants dans leur description alors que je m’attendais à quelque chose de majestueux coupant le souffle et me faisant rêver. La glace est partout évidemment et sous toute ses formes.

 

L’épopée qui aurait pu être grandiose vers l’Inde m’a également déçu et ne figure qu’à la fin de ce premier tome.

 

J’ai trouvé l’écriture sans saveur et froide, même si elle a su me captiver car j’attendais de moment où mon avis basculerait vers l’enthousiasme. Je pense que j’attendais énormément de ce roman qui promettait beaucoup d’éléments savoureux. L’aventure et le dépaysement n’ont pas été au rendez-vous et je n’ai pas su m’embarquer dans cette histoire où le dévouement à la famille et aux amis sont au cœur de ce récit. Dommage !

 

Découvrez l’avis de Light and Smell qui a été séduite.

LE K NE SE PRONONCE PAS, un livre de Souvankham Thammavongsa.

RECUEIL DE NOUVELLES

Éditions Mémoire d’Encrier

Traduit de l’anglais par Véronique Lessard


Une fillette à l’école prononce obstinément le k muet du mot knife. Un ancien boxeur se convertit en pédicure. Une femme rêve de téléromans en plumant des poulets. Un père emballe des meubles destinés à des maisons qu’il n’habitera jamais.

Le K ne se prononce pas accueille les utopies, échecs, amours et petits actes de résistance des errants et réfugiés, qui tentent de trouver leurs repères, loin de chez eux ; ces ouvriers essentiels fouillent le bas-ventre du monde.
On y croise des enfants bienveillants, des hommes blessés et des femmes fébriles. Ils désirent vivre. Et dans ces récits, ils vivent brillamment. Férocement.

 

 

Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
Nouveauté 2021
136 pages
Disponible en numérique et broché

 

 


MON AVIS

A bride abattue, Souvankham Thammavongsa (S.T.) raconte ces histoires secrètes, douloureuses et merveilleusement humaines.

 

Diaporama défilant au gré de ces enfants, femmes et hommes, au gré de leurs vies, de leurs aspirations, de leurs souhaits et de leurs vies. Un théâtre aux mille et une couleur, original et terriblement, oui terriblement, captivant.

 

La communauté laotienne est au cœur de cette multitude. Famille, amitié, travail sont ces moteurs intrinsèques. Les regards, la différence, l’abnégation, la solitude, l’espoir portent ces anti-héros au cœur d’histoires uniques et bouleversantes.

 

Tout comme le dit Sharon Bala (auteure de Qu’importe le navire) ces histoires frappent par cette réalité écrasante.

 

Cadrage, zoom, sans artifice, d’un naturel presque surréaliste, S.T. pose sur la feuille blanche des personnages attachants, parfois détestables et leurs récits empreints d’une force maladive et terrible de rendre justice, vaine ou feinte, à une communauté sensible à leur racine, à leur culture, à leur pays et portant à bout de doigts leurs rêves ultimes.

 

Un recueil d’une sincérité déroutante que je vous invite vivement à découvrir !

 

Une chronique de #Esméralda

ABANDON, un récit de Joanna Pocock.

RÉCIT

Éditions Mémoire d’Encrier

Traduit de l’anglais par Véronique Lessard et Marc Charron


Parfois, tout ce que nous pouvons faire, c’est nous abandonner à nos circonstances, à nos désirs et à nos peurs, à notre besoin d’évasion, à nos échecs, à notre douleur, à notre état sauvage intérieur, à notre domestication et, de ce fait même, nous abandonner à l’essence qui est au centre de notre être.
 
Alliant chronique, récit de soi et de la nature, Abandon raconte l’Amérique indomptée et ses paysages sauvages. A l’aube de la cinquantaine, l’auteure Joanna Pocock quitte sa vie londonienne pour le Montana. Elle observe le territoire, découvre l’imaginaire frontalier de l’Ouest américain et ses extrêmes.
Elle traverse les forêts et les montagnes, dialogue avec les rivières, les loups et les bisons, relate ses expériences : maternité, deuil, crise climatique, réensauvagement, écosexe… Consciente de ce que l’humanité perd dans sa relation avec la terre, elle se met à l’écoute de ces communautés qui disent la fragilité de ce que c’est que vivre. En restituant l’Amérique dans sa démesure, Abandon aide à respirer.

 

Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
324 pages
Disponible en broché et numérique

 


MON AVIS

Il m’est toujours délicat d’entamer la lecture d’un récit. Moment d’appréhension qui soit s’estompe à la lecture des premières pages ou alors s’intensifie.

 

Joanna Pocock nous offre une merveilleuse échappée belle. Direction le Montana où Joanna, son mari et sa jeune fille débutent une nouvelle vie à la sonorité de liberté. Mais il est bien difficile de s’établir dans un pays aux mœurs, coutumes, et quotidiens parfois bien différents de ce qu’ils vivaient jusqu’à présent. Après quelques difficultés, est venu le temps de découvrir l’environnement proche. Le Montana est connu pour ces grands espaces sauvages, mais en y regardant de plus près vous découvrirez l’envers du décor. La chasse, la trappe, la nature, la flore ont une image loin d’être idyllique. Ancienne terres minières, les ruisseaux, cours d’eau, étangs, rivières, fleuves sont pollués. L’écologie et la préservation des milieux naturels sont un combat quotidien qui vacille d’élections et en élections. Joanna Pocock met en évidence ces incohérences et ces absurdités qui nous paraissent à l’heure actuel un enjeu crucial. La terre de la démesure n’applique que la loi du plus fort et du capitalisme. L’intérêt propre avant la préservation amenant à des catastrophes sans précédent.

 

La nature a une nouvelle place dans la vie de Joanna Pocock qui s’allie avec son état émotionnel et physique. De nouvelles interrogations prennent place dans sa vie la poussant à explorer davantage ce territoire vaste. De recherches en recherches, elle va partir à la rencontre de communautés qui vivent de la chasse de bisons et d’une grande Queer. Cette dernière ou ce dernier, Finisia Medrano, parcourt à dos de cheval ce qui est considéré comme étant l’Anneau, trajet qu’emprunté les peuples autochtones il y a des années de cela créant ainsi un cercle de vie où la nature était pourvoyeuse. Un témoignage bouleversant et qui m’a touché en plein cœur. Adepte du réensauvagement qui consiste en replanter des graines de plantes et d’arbustes en voie de disparition, Finisia est une figure de courage, d’abnégation et d’humilité. Quelques autres portraits surgissent ici et là.

 

Joanna Pocock nous parle avec toute son objectivité de chercheuse et de journaliste de nature, de chasse, de réensauvagement et d’écosexe. Ce dernier ressemble aux mouvements hippies. La nature au centre de la vie humaine et le sexe comme moyen de communication. Un concept qui m’est totalement étranger et auquel j’ai du mal à concevoir une quelconque utilité.

 

Joanna Pocock nous délivre un récit mené avec justesse, honnêteté et qui délivre un joli message. Mêlant ses émois et ses recherches où la nature est au cœur de ce duo, Joanna Pocock nous pousse à nous poser de questions. Notre place au sein de la nature est-elle légitime ? Nos actes ? Les conséquences ? La recherche de notre propre chemin en adéquation avec nos valeurs, nos principes moraux et surtout la nature ?

 

ABANDON se partage avec générosité et bienveillance. Un débat ouvert sur de nombreuses thématiques. Et le sentiment absolu que Joanna Pocock délivre le message pertinent qu’il nous est interdit d’abandonner notre nature profonde celle qui sommeille depuis des milliers d’années, celle qui connaît la valeur de la nature.

 

Une jolie lecture très intéressante que je ne peux que vous inciter à découvrir !

 

Une chronique de #Esméralda

KUESSIPAN, un roman de Naomi Fontaine

LITTÉRATURE DES PREMIÈRES NATIONS

Éditions Mémoire d’Encrier Collection Legba


« J’aimerais que vous la connaissiez la fille au ventre rond. Celle qui élèvera seule ses enfants. Qui criera après son copain qui l’aura trompée. Qui pleurera seule dans son salon, qui changera des couches toute sa vie. Qui cherchera à travailler à l’âge de trente ans,
qui finira son secondaire à trente-cinq, qui commencera à vivre trop tard, qui mourra trop tôt, complètement épuisée et insatisfaite. Bien sûr que j’ai menti, que j’ai mis un voile blanc sur ce qui est sale. »
Un récit sans concession. La justesse du ton et de la voix. La parole belle, féconde et vraie. L’extrême humilité d’une réserve amérindienne. Des vies échouées au large d’une baie. La grandeur d’un peuple oublié. La condition humaine. Et une prose lumineuse.

 

 

Ma note : 5/5 « coup de coeur et incontournable »
2018
118 pages
Disponible en numérique, poche et broché

 

 


MON AVIS

Je poursuis ma découverte des romans de Naomi Fontaine. Après Shuni, il était évident de lire Kuessipan.

 

Son premier roman laisse transparaître la tragédie dans toute sa splendeur. Portrait incisif, monochrome, diaporama frénétique, de ces vies décharnées, désillusionnées, déracinées. Puissante, sculpturale, la plume de Naomi Fontaine exquise dans sa simple réalité, un monde effondré. Une honnêteté sans faille, palpable.

 

Mais si vous regardez bien, si vous grattez sous cette couche noire et sombre, vous y trouverez de la lumière. Celle qui éblouie, puissante auréole, où l’espoir s’immisce aussi minuscule qu’il soit.

 

A la Sainte-Marie
Derrière la blancheur de sa peau, elle est rouge de la tête aux pieds. Rouge, la couleur des tisons qui fuient, celle de la brunante aux chaleurs d’été et celle du sang qui coule de la fourrure des animaux chassés. Elle s’élance, poussée par un fardeau trop lourd pour ses épaules. Dans une langue qui n’est pas la sienne, décrire un monde qu’elle a fréquenté, déchiffrer les sons graves de ceux qui sont aspirés, elle s’amenuise à chaque accord de guitare sèche. Son souffle s’accélère, elle dit mamu et les spectateurs comprennent qu’elle parle d’eux, des autres, de ce tout qu’ils forment par petites têtes brunes et blanches. Seule sur scène, elle chante la langue d’un peuple oublié, comme un appel à l’aide, comme par modestie. La voix et l’âme belle, pour ne pas oublier.

 

 
Un roman incisif, monumental, essentiel. La littérature des premières nations est indéfinissable. La sobriété, l’abandon, l’impuissance, en scène dans cette atmosphère dépourvue d’âme, ce paysage inerte attendant, je l’espère, le retour des chants, de la chasse, de la cueillette et des pas martelant la terre.

 

Un roman bouleversant et inattendu. Une fresque désolée et désolante, désœuvrée, impatiente d’être racontée, lue, transmise.

 

Une ode rythmée par les chants innus narrant le bouleversement et aspirant à la plénitude de ce monde qui se perd.

 

Il paraît que les hommes partaient à la chasse autrefois, des semaines durant, qu’ils revenaient vers leur femme avec de la viande pour des mois. Il paraît qu’une bonne pêche invitait à un festin tous les soirs de juin à septembre. L’homme, même absent durant de longues périodes, était maître de sa maison ou de sa tente. Il paraît que ces hommes savouraient chaque retour avec la conviction du travail accompli, avec l’ardeur et la rigueur qu’apporte ce sentiment masculin de fierté d’être non seulement pourvoyeur, mais aimant envers sa famille.
Personne ne lui a dit comment aujourd’hui il pouvait être comme ceux-là.

 

Une chronique de #Esméralda

BALAI DE SORCIÈRE, un roman de Lawrence Scott.

LITTÉRATURE CARIBÉENNE ANGLOPHONE

Éditions Mémoire d’Encrier

Traduit de l’anglais par Christine Pagnoulle


Balai de sorcière retrace l’histoire de la malédiction coloniale d’une île des Caraïbes. Le roman raconte les traversées, dévoile mémoires et archives, chemine entre grandeurs, misères et mythes. Puisant dans la tradition du carnaval, Lawrence Scott brouille les pistes, renverse perspectives et hiérarchies.

Le dernier représentant de la dynastie des Monagas de los Macajuelos, Lavren, merveilleux conteur « lévite entre les siècles, les races, les genres, dans les interstices du temps, à l’écoute du désir des femmes et du silence des hommes ».

 

Ma note : 4/5 « à découvrir »
Nouveauté 2021
352 pages
Disponible en numérique et broché

 


MON AVIS

Il y a quelques jours de cela, j’ai plongé tête la première dans le sixième roman de Lawrence Scott, figure incontournable de la littérature caribéenne anglophone. Un grand plongeon pour ma part puisque c’est le premier livre que je lis explorant ce thème. Je ne me suis jamais penchée sur cet univers même au niveau francophone (littérature caribéenne, africaine … ) des « anciennes colonies » en règle générale.

 

Ouvrir BALAI DE SORCIÈRE, c’est ouvrir une porte sur un monde mystérieux où croyance ancestrale, moderne, coutumes se côtoient dans un ballet frénétique où les corps deviennent l’instrument délivrant la douleur, la joie, la peur, la vie, la mort.

 

BALAI DE SORCIÈRE retrace la vie d’une famille considérablement blanche dont l’ancêtre s’est établi au pays de Bolivar. Le patriarche donne la main de ses jeunes filles à ceux offrant des perles à la blancheur immuable. Les filles femmes exilées sur l’île de Kairi (Trinidad) deviennent des mères. Des enfants à la pelle : ceux qui vivent, ceux qui meurent. Des femmes héroïnes d’une tragédie qui se perpétue tout au long des générations. Le destin morbide clivant ces femmes dans un rôle qu’elles ne voulaient pas. Les cris, les pleurs, la folie, la détresse, le sang, les obsessions nourrissent et pourrissent ces vies.

 

Tout au bout de cet arbre généalogique, il y a Lavren. Hermaphrodite. Lui/Elle traverse les années et narre l’histoire de sa famille. Un brin de mystère, réel, fiction, le récit s’orchestre autour des femmes qui ont marqué les Monagas de los Macajuelos. Un soap opéra caribéen où les couleurs foisonnent, côtoyant la tristesse, la douleur. L’échappatoire n’existe pas.

 

Lavren, conteur prolifique et mirifique, narre avec cette ardeur mystique de celles et ceux qui savent. Conteur de légendes, conteur de ces histoires qui se perpétuent au delà des ans, au delà de la vie. Lui/Elle se cherche aux travers de ces mots, de ces histoires perdues. Il y croisent du monde, des enfants, des hommes, des femmes, des noir.e.s, des indien.ne.s. Les autochtones ont tous été massacrés. La plantation, le café, les chants.

 

Ce roman est une lecture qui se vit pleinement. Je regrette ne pas avoir de culture générale en ce qui concerné les Caraïbes, mais en prenant le temps de chercher, j’ai pu combler quelques lacunes.

 

Lawrence Scott est un magnifique orateur au style tout aussi épuré que prolifique. Un style atypique et dépaysant qui vous invite au cœur d’une famille hors norme.

 

L’air des Caraïbes s’infiltre au travers des pages et vous enivre. Le doux son des mots vous emporte au sein d’une mélodie rythmée par les affres de nombreuses vies.

 

Je suis pleinement consciente de n’avoir pas eu toutes les cartes en main pour comprendre dans son entièreté un livre qui je suis sûre est une merveille.

 

Je ressors éblouie par cette histoire qui m’a sorti de ma zone de confort et m’a donné un aperçu d’un monde que je connais pas et que je vais continuer à explorer.

 

Une chronique de #Esméralda

QU’IMPORTE LE NAVIRE, un roman de Sharon Bala.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

ÉDITIONS MÉMOIRE D’ENCRIER

Traduit par Véronique Lessard et Marc Charron


Mahindan et son fils de six ans, Sellian, débarquent sur l’île de Vancouver, fuyant la guerre au Sri Lanka avec quelque cinq cents réfugiés, portés par le rêve d’une vie nouvelle. Le bruit court que parmi les boat-people se trouvent des terroristes. Emprisonnés, les réfugiés voient leur passé resurgir et la chance d’obtenir le droit d’asile se dissiper. Inspiré de faits vécus, Qu’importe le navire est un roman d’une force inouïe où chaque décision est question de vie ou de mort.
Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
436 pages
Nouveauté 2021
Disponible en broché

MON AVIS

QU’IMPORTE LE NAVIRE est un roman bouleversant. Entre fiction et non-fiction, il vous embarque dans ce boat people où l’avenir ancré à ces passés multiples et douloureux crache l’inacceptable, l’horreur et l’inhumain. Ce navire qui vomit l’impensable et pourtant regorge de cet espoir salutaire, d’une vie paisible loin des bombes et des massacres. Ce navire est le témoin silencieux et passible de ces hommes, des ces femmes, de ces enfants marqués par la guerre civile. Il apporte le nauséabond et la peur sur cette terre ni accueillante ni chaleureuse. L’île de Vancouver apparaissait comme la terre promise pourtant à leur arrivée qui n’avait rien de surprenante, les autorités prennent ces vies et les parquent. Le terrorisme devient l’apanage d’une sécurité intransigeante qui en oublie l’humanité. Ces bombes sur pieds deviennent les effigies de cette nouvelle mode où l’explosion devient le porte parole de ces voix belliqueuses.

 

Mahindan a tout perdu, sa femme, son garage, sa famille, ses amies, sa culture, son pays. Il ne lui reste que Sellian, son unique fils, sa vie, son espoir, cette chaîne qui le retient inlassablement sur cette terre d’épouvante. Tamouls, ils ont fui leur pays, leur terre natale en proie aux feux et à la folie des hommes perdus  dans cette guerre impitoyable de territoire, de religion, de culture. Ils sont tous tamouls sur ce fichu bateau, certains de grès et de force ont participé à cette guerre mais, chut, c’est un secret ! Les âmes peinent et leurs fardeaux les accablent depuis trop longtemps. Mahindan s’écroule lorsqu’on emporte son fils  loin de lui avec les femmes et les enfants. Ses papiers en main, pourtant il va devoir prouver sa bonne foie. Aidé par un avocat dont c’est sa spécialisation et accompagné par une stagiaire tamoule, Priya, Mahindan va franchir les obstacles judiciaires à leurs côtés. Séquestré, enfermé dans cette légalité taciturne et inviolable, Mahindan va apprendre l’anglais, découvrir ce monde chéri de dehors au travers des émissions télévisées, et le contempler par le biais de ce bus, seul lien tangible d’une réalité abstraite et déshonorante.

 

Qui sommes nous pour juger ces hommes ces femmes, ces enfants ? Nous sommes tous des enfants d’immigrés.

 

Et c’est en cela que Sharon Bala interroge son lecteur par le biais des personnages de Priya et de Grace. Priya est née au Canada mais ses parents sont d’origine tamoule. Origine souvent tue, le passé n’est que le passé et vivre à ses côtés est considéré comme malsain. Priya découvre ainsi tout un pan de ces vies qui auraient pu être la sienne, celles de ses parents, de sa famille. Un héritage lourd auprès duquel elle va s’épanouir et considéré sa vie sous un autre angle. Grace est d’origine japonaise et a comme grand rôle d’accorder ou non l’asile à celles et ceux qui viennent d’accoster. Elle a oublié ses origines et refusent catégoriquement d’en parler.

 

QU’IMPORTE LE NAVIRE a cette obligation de vous émouvoir, de vous exposer les faits, de vous questionner et de vous faire ouvrir les yeux. Depuis de nombreuses années, ces bateaux miséreux sillonnent les mers à leurs risques et périls. Dans notre confort moderne, il est plus facile d’oublier la pauvreté visible qu’à la télé. Nous vivons dans ce monde éphémère où cela ne doit pas nous atteindre. Que faisons nous assis sur notre canapé, derrière notre ordinateur ou notre téléphone, rien, seule une poignée d’associations, de bénévoles osent tendre leurs mains. Est ce suffisant ?

 

D’une beauté étrange et même surréaliste Sharon Bala nous livre ici un roman d’une force singulière qui vous broie les tripes. Un roman d’une puissance inqualifiable où la différence devient ce moteur de haine et d’injustice.

 

A découvrir de toute urgence !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

INDICE DES FEUX, un recueil de nouvelles de Antoine Desjardins.

FICTIONS

Éditions La Peuplade

#68premièresfois


Soumise à la frénésie incendiaire du XXIe siècle, l’humanité voit sa relation au monde déséquilibrée et assiste avec impuissance à l’irréversible transformation de son environnement. Explorant cette détresse existentielle à travers sept fictions compatissantes, Antoine Desjardins interroge nos paysages intérieurs profonds et agités. Comment la disparition des baleines noires affecte-t-elle la vie amoureuse d’un couple ?
Ma note : 4.5/5 mention « à découvrir absolument »
360 pages
Nouveauté 2021
Disponible en broché
Que racontent les gouttes de pluie frappant à la fenêtre d’un adolescent prisonnier de son lit d’hôpital ? Et, plus indispensable encore, comment perpétuer l’espoir et le sens de l’émerveillement chez les enfants de la crise écologique ? Autant de questions, parmi d’autres, que ce texte illustre avec nuance et tendresse, sans complaisance ni moralisme. Indice des feux peint les incertitudes d’un avenir où tout est encore à jouer.

MON AVIS

Oracle, magicien, hypnotiseur, troubadour, serait-il tout cela ? Antoine Desjardins, québécois, avec l’accent et tout et tout !, nous livre un tableau apocalyptique d’un monde qui se délite, se métamorphose. Entre mythe, légende, réalité, ces sept nouvelles ouvrent une porte sur l’infini abyssale entre notre monde et ce futur alambiqué où la noirceur se faufile à la vitesse grand V. Indice des feux est la réponse exponentielle à nos plus grandes peurs, inquiétudes. Antoine Desjardins aime décortiquer ces sentiments puissants et paralysants, sans filtre et avec cette force cataclysmique qui soulève le cœur.

 

L’eau, la terre, le feu, le vent, les êtres vivants se conjuguent au pluriel et œuvrent pour ces précieuses histoires. A la fois puissant, nauséabond, intrigant, cruel, affligeant, ironique, précieux, Antoine Desjardins nous coupe le souffle jusqu’à cette asphyxie spectaculaire. Un recueil qui m’a captivée dès les premières lignes. Même les expressions québécoises et cette manière de parler m’ont séduite, telle une douce mélopée envoûtante. Une verbe particulière voguant entre le mystique et la réalité offrant ce moment intime où la réflexion prend le dessus. Car le réel prend le dessus sur la fiction. Il interroge le lecteur : l’environnement, la maladie, la mort, le futur, le présent, tout s’imbrique et tisse sa toile mortelle.

 

Un recueil superbe, extraordinaire et d’une justesse époustouflante. Une recueil qui vous poussera dans vos retranchements, vous donnera parfois des maux de cœur, vous titillera au rythme de ces mots, tout simplement, superbes !

 

A BOIRE DEBOUT
Sa vie lui file entre les doigts. La maladie, fougueuse, ne lui laissera aucune chance. Corps emprisonné dans ce lit qui devient au fil des jours, ce bateau extraordinaire qui le portera ailleurs où ses mots seront à la hauteur de ses maux.

 

COUPLET
Ils attendent dans les prochains mois un heureux événement. Les journées défilent et l’angoisse s’installe sournoisement. Quel monde offriront-ils ?

 

ÉTRANGER
Un homme saoul et complètement largué tend à se remettre sur les rails et reconquérir tout ce qu’il a perdu. Sa femme, sa maison, sa vie merveilleuse.

 

FEUX DOUX (ma préférée)
Le petit dernier de la fratrie est un génie. Toute sa vie il a fait ce qu’on attendait de lui : études dans les grandes écoles, prédestiné à devenir une personne influençant notre monde. Un sauveur ! Il n’a jamais rien dit suivant le chemin qu’on lui traçait. Puis peu à peu il va se délivrer de ces chaînes invisibles et va découvrir le monde, qui il est. Et si au bout du chemin, il découvrait enfin le vrai bonheur que pensera sa famille ?

 

FINS DU MONDE
Petit garçon, il n’avait pas le droit d’aller là-bas. Zone interdite sous peine de subir le courroux de sa mère. Puis un jour, celui où il n’aura plus peur et pousser par une bande de gamins ingrats, il franchira la limite et découvrira un monde où tout devient possible mais où la moindre faute prise sera la fin de tout.

 

GÉNÉRALE
A Saint-Édouard-de-Napierville, Chez Angèle les oiseaux sont les rois de son domaine. Alors qu’ils ont disparu sans aucune explication tangible, c’est la panique à bord.

 

ULMUS AMERICANA
C’est l’histoire d’un orme qui se sent étrangement seul jusqu’au jour où un homme apparaît.

 

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

DES SOURIS ET DES HOMMES, un roman de John Steinbeck.

LITTÉRATURE CLASSIQUE NORD-AMÉRICAINE

ÉDITIONS FOLIO


«Les deux hommes levèrent les yeux car le rectangle de soleil de la porte s’était masqué. Debout, une jeune femme regardait dans la chambre. Elle avait de grosses lèvres enduites de rouge, et des yeux très écartés fortement maquillés. Ses ongles étaient rouges. Ses cheveux pendaient en grappes bouclées, comme des petites saucisses. Elle portait une robe de maison en coton, et des mules rouges, ornées de petits bouquets de plumes d’autruche rouges.»
 
Ma note 5/5 mention « incontournable »
176 pages
Disponible en poche occasion


L’AVIS DE #LILIE

Voilà un classique de la littérature Nord-Américaine qui traînait depuis longtemps dans ma bibliothèque. Quand j’étais au lycée, on avait regardé le film en cours d’anglais et je me rappelle avoir été attendrie par l’histoire. C’est donc avec joie, à l’occasion d’une lecture commune avec Esméralda, que j’ai sorti ce roman de ma PAL.

Nous faisons ici connaissance avec Lennie et George, deux voyageurs qui passent de ranch en ranch pour proposer leurs services. Leur but ? Économiser suffisamment pour avoir leur ranch à eux mais il leur est bien difficile de conserver un travail. En effet, Lennie est un homme grand par sa taille mais petit dans son esprit. Inconscient de sa force, un peu limité intellectuellement, ses actes ne sont pas en adéquation avec ce qu’il pense ou aimerait faire. Leur arrivée dans un nouveau ranch est un espoir d’un nouveau départ mais arriveront-ils à réaliser leur rêve ?

George est un travailleur acharné, volontaire, qui prend soin de Lennie depuis plusieurs années. Il se comporte comme un grand frère avec lui, voulant l’aider à ne pas faire de vagues. Malheureusement, son compère se laisse parfois déborder par ses émotions et il a bien du mal à moduler sa force. Dans quelle mesure George pourra-t-il continuer à supporter cette vie sur les routes ?

Comme dans le film, j’ai été touchée par la relation entre Lennie et Georges. Entre amitié et fraternité, George tente de jouer l’ange gardien pour son compère mais en un instant, tout peut basculer. Lennie est attachant par sa fragilité émotionnelle, sa faculté à s’attendrir de tout mais son gabarit et sa force le rendent aussi imprévisible.

Ce court roman peut se lire d’une traite tant la plume de l’auteur est fluide et visuelle. Il y a, au final, peu d’action mais la lecture est rythmée par les rencontres et les évènements qui surviennent au ranch. L’intensité monte crescendo jusqu’à un final à couper le souffle. On espère, on tremble, on a le ventre qui se serre tant on craint pour Lennie et on espère qu’il arrivera à avoir son petit chien et ses lapins en compagnie de Georges. La vie va-t-elle lui faire ce cadeau ? C’est à vous de le découvrir !

L’AVIS DE #ESMÉRALDA

Lire du Steinbeck c’est ouvrir la fenêtre sur un monde sensible et rustre. DES SOURIS ET DES HOMMES est une histoire d’une banalité affligeante. Oui mais de celle qui vous pousse dans les retranchements sans que vous vous en aperceviez. C’est l’histoire intemporelle d’une amitié sans limite. Une de celles pour laquelle vous serriez prêt à tout, même à balancer vos rêves aux oubliettes et poursuivre un de ceux que vous confectionneriez ensemble.

 

Conte moderne où se côtoient la force de la vie et l’âme d’un enfant emprisonné dans le corps d’un homme hors norme. Lennie est un mastodonte, une force de la nature, dont il n’en mesure pas les conséquences éventuelles. Lennie est un fin observateur et un doux rêveur. Il sait qu’il est un poids pour Georges et lui est reconnaissant de prendre soin de lui. Mais Lennie a des impulsions qu’il n’arrive pas à maîtriser. Ses émotions le fracassent et le poussent souvent à commettre l’irréparable. Un lourd fardeau pour ce binôme qui se plaît à vagabonder sur les routes, de ranch en ranch. A chaque fois, un nouveau départ, un nouvel espoir de mettre assez d’argent de côté dont le but précieux est d’acheter leur propre ranch où lapins et chien feraient le bonheur de Lennie.

 

Steinbeck nous livre au cours de ce court roman le portrait intimiste de ces personnages mythiques de l’ouest où la nature a une place primordiale mais où les hommes se complaisent dans cet état de rigueur absolu. Les simples moments de bonheur se résument à la sortie en ville, à ce jeu devant le dortoir, à la cigarette, à la boisson. La parole est rude, les rêves un doux euphémisme. L’homme jaloux, le vieux grabataire, le noir exclu, le blanc et son flingue, l’intelligent, la femme désillusionnée. Les mots sont superflus alors que les actions et les gestes sont valeurs d’or. La tristesse est un état nauséabond et les souvenirs un passé lointain. Pourtant l’arrivée de Lennie et de Georges va bouleverser ce quotidien monotone. Et les mots vont fleurir et s’épancher et pourquoi pas panser ces vielles blessures.

 

La plume de Steinbeck a ce quelque chose d’extraordinaire qui vous capture en un rien de temps. Sans filtre, sans enjolivement, il narre la réalité, crue et dure. Le monde alors de ces travailleurs prend forme sous vos yeux et vous devenez cette petite souris spectatrice malgré elle de ce monde introverti et captif de mœurs. 

 

Puissant et sensible, DES SOURIS ET DES HOMMES a cette particularité de vous surprendre par cette simplicité si proche de la réalité. De nombreuses subtilités sont glissées ici et là et c’est un roman que je relirais plus tard afin d’en mesurer toute sa splendeur. Je découvre Steinbeck pour la première fois et c’est une merveilleuse rencontre que je vais poursuivre.

 

 

– Qu’est-ce qu’ils peuvent bien avoir qui leur fait mal, ces deux-là, t’as idée, toi ?

TOUS LES NOMS QU’ILS DONNAIENT À DIEU, un recueil de nouvelles de Anjali Sachdeva

LITTÉRATURE NORD-AMÉRICAINE

Recueil de nouvelles

Éditions Albin Michel

Collection Terres d’Amérique


Mêlant passé, présent et avenir, Anjali Sachdeva signe un premier recueil magnétique et délicieusement inventif qui plonge le lecteur entre effroi et émerveillement.
Ma note : 4,5/5 mention « à découvrir »
288 pages
Disponible en numérique et broché
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Fournier

S’y côtoient une femme, au temps de la conquête de l’Ouest, qui attend son mari dans une maison perdue au milieu des Grandes Plaines et finit par trouver refuge dans une grotte secrète ; deux jeunes Nigérianes kidnappées par Boko Haram se découvrant le mystérieux pouvoir d’hypnotiser les hommes ; ou encore un pêcheur embarqué sur un morutier qui tombe éperdument amoureux d’une sirène dont chaque apparition engendre une pêche miraculeuse…
La prose étrange et magnifique d’Anjali Sachdeva embrasse le connu et l’inconnu avec une grâce et une puissance rares. Chacune de ses nouvelles interroge les forces implacables, cruelles ou bienveillantes, qui nous gouvernent, et donnent au lecteur la sensation de marcher sur un fil. Une révélation.

MON AVIS

Avant, j’étais réticente à ouvrir un recueil de nouvelles. C’était avant de découvrir et d’ouvrir ceux des auteur.e.s américains. Ils ont une aisance particulière à vous narrer ces histoires courtes mais d’une puissance inqualifiable qui vous laissent pantois et surtout jamais sur votre faim. Aujourd’hui je vais vous parler d’un recueil extra-ordinaire. Neuf histoires, neuf portes qui s’ouvrent sur neuf univers différents. Neuf contes des temps modernes où il n’y a ni « il était une fois », ni « ils vécurent heureux ». Neuf fragments de possibilités dans un monde bien réel. Fantastique, mythe, magie, façonnent la vie, la construisent, la formatent. Neuf portes ouvertes sur un monde où la désillusion, la mort, la perte, la survie, l’espérance, l’abandon se côtoient, se meuvent, se meurent.

 

LE MONDE LA NUIT
POUMONS DE VERRE
LOGGING LAKE
TUEUR DE ROIS
TOUS LES NOMS QU’ILS DONNAIENT A DIEU
ROBERT GREENMAN ET LA SIRENE
TOUT CE QUE VOUS DÉSIREZ
MANUS
LES PLÉIADES

 

Si vous me poseriez la question quel sentiment j’ai ressenti à fermant ce recueil, je vous répondrais sans hésiter la tristesse. Celle qui broie, celle qui décèle la moindre fêlure, celle qui s’infiltre insidieusement, celle qui vous accapare, celle qui vous fait sombrer. La plume d’Anjali Sachdeva vous hypnotise, vous prend dans ses filets et ne vous en délivrera pas. Elle vous transmet cette énergie, cette puissance destructrice, et vous insuffle cette multitude de questions autour des thématiques qui ne vous laisseront pas de marbre. Les limites de la science dans la procréation, l’écologie, l’environnement, les peurs ancestrales, l’art, la possession, la maladie, la différence, l’esclavagisme, la religion totalitaire.

 

Il y a quelque chose d’empirique, d’effroyable et de merveilleux dans les mots d’Anjali Sachdeva. Il y a ce quelque chose d’unique et d’universel, ce quelque chose qui vous pousse dans vos retranchements. TOUS LES NOMS QU’ILS DONNAIENT A DIEU, est sans aucun doute un recueil de nouvelles qui vous fascinera.

 

Les neuf nouvelles m’ont toutes plu et je ne pense pas que je me lasserai si tôt de les redécouvrir encore et encore. Anjali Sachdeva est une auteure talentueuse à suivre absolument !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA