LE SANCTUAIRE, un roman de Laurine Roux.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

LES ÉDITIONS DU SONNEUR

Collection : la grande collection

#68premièresfois


Le Sanctuaire : une zone montagneuse et isolée, dans laquelle une famille s’est réfugiée pour échapper à un virus transmis par les oiseaux et qui aurait balayé la quasi-totalité des humains. Le père y fait régner sa loi, chaque jour plus brutal et imprévisible.
Munie de son arc qui fait d’elle une chasseuse hors pair, Gemma, la plus jeune des deux filles, va peu à peu transgresser les limites du lieu. Mais ce sera pour tomber entre d’autres griffes : celles d’un vieil homme sauvage et menaçant, qui vit entouré de rapaces. Parmi eux, un aigle qui va fasciner l’enfant…
Dans Le Sanctuaire, ode à la nature souveraine, Laurine Roux confirme la singularité et l’universalité de sa voix.

 

Ma note : 5/5 mention « coup de coeur »
160 pages
Disponible en numérique et broché
Sortie en aout 2020

 


MON AVIS

Niché au cœur des montagnes, leur sanctuaire est préservé de la désolation qui a dévasté le monde. A leurs pieds, tout n’est que mort et barbarie. Dans leur paradis préservé tout n’est que bonheur et souvenir lancinant d’une vie à jamais déchue. Gemma est née ici, dans cette maison sommaire faite de bric et de broc. Elle n’a rien connu de l’ancien monde et se laisse donc porter par l’autorité patriarcale. Sa vie se résume à diverses taches qui permettent de survivre et à la chasse dans laquelle elle excelle. Mais surtout elle ne doit jamais oublier que le mal vient dans haut par ces oiseaux de malheurs. Une cible qu’elle doit à tout prix atteindre, sans faiblir, sans se poser de questions.

 

Gemma est pourtant curieuse et ne semble plus se contenter des histoires de son père. Malgré tout tiraillée entre l’amour indéfectible qu’elle voue à son père et à sa loyauté et à son envie pressante et obsessionnelle de découvrir le ciel dont elle partira à sa rencontre lorsque le père sera parti à la conquête du monde dévasté.

 

Elle découvrira alors l’immensité et la beauté nichée dans les plumes. Ces oiseaux domestiqués par cet homme acariâtre, fou, obséquieux.

 

Ainsi tout fut remis en cause.

 

Laurine Roux signe un second roman totalement subjuguant et merveilleux. J’ai été captivée dès les premières pages, devenant ainsi spectatrice de cette famille unie au cœur de la survie imposée par un père un brin mégalo et surprotecteur. J’ai été avide et impatiente de découvrir le final. Cela aurait pu être une histoire banale, apocalyptique et dans l’ère du temps. Mais il aura fallu d’une seule et unique phrase pour transformer cette histoire en ce quelque chose de grandiose et de sublime. Voilà pourquoi mon cœur bat encore. Laurine Roux parle de la folie humaine avec douceur. Une intimité qui au départ se révèle chaleureuse mais qui au fil des pages devient douloureuse et violente. La nature a aussi une place importante et défie largement le rôle dévastateur que le père lui a assigné.

 

Un roman puissant où le libre arbitre malmené va tenter de se libérer à la force des ailes d’un aigle humanisé. Un rôle porté avec brio par la jeune Gemma qui a tout d’une héroïne lumineuse.

 

Une chronique de #Esméralda

Johannes Brothers, Ready tome 2 de Lisa Barthelet

Romance contemporaine – Sortie en juin 2021
Éditions Edelweiss – Collection Plumes Écarlates

Ma note : 4,5/5 mention « Incontournable 2021 »


Avant de débuter cette chronique, je tiens à remercier les Editions Edelweiss pour leur confiance et pour m’avoir confié ce roman en service presse.

Résumé : Lorsque l’on tait la vérité, elle devient poison.
Tandis que le nouveau groupe de Jurgen prend forme, Liv réalise son rêve : ouvrir son propre salon de tatouage. Et si tout semble aller à merveille pour le couple, les imprévus s’invitent et font du mal.
Jurgen doit faire face à Enzo et ses calomnies. Liv, quant à elle, doit gérer son ex un peu trop envahissant. Et dès l’instant où les mensonges deviennent de fausses vérités, c’est tout l’équilibre du couple qui vole en éclats.
Comment faire confiance lorsque l’on doute de soi-même ?
Comment tout donner de soi à l’autre lorsque les barrières érigées sont trop dures à surmonter ?


L’avis de #Lilie :
Quelle joie pour moi de retrouver Liv et Jurgen !! Heureusement, la suite et fin de cette duologie est arrivée quelques semaines après le tome 1 donc j’avais encore tous les éléments en tête et j’étais impatiente de savoir ce qui attendait nos protagonistes.

Nous retrouvons donc Liv et Jurgen qui tentent de se construire en tant que couple mais aussi de se reconstruire professionnellement. En effet, Liv tente d’ouvrir sa boutique de tatouages tandis que Jurgen essaie de se remettre à la musique et d’aller de l’avant. Mais sont-ils au bout de leurs surprises ? Dans quelle mesure les non-dits peuvent impacter leurs vies ? Sont-ils réellement prêts à se faire confiance et à avancer ensemble ?

Dans ce second tome, nous sommes face à une Liv beaucoup moins sûre d’elle, en proie avec ses doutes et des problèmes de confiance en elle. Malgré sa « grande gueule », elle garde, bien enfouie, des blessures du passé qu’elle n’a peut-être pas tout à fait cicatrisées…. Jurgen, quand à lui, est toujours le bookboyfriend parfait : gentil, prévenant, bienveillant, attentionné, amoureux…. bref, que demander de plus ?? On pourrait prendre sa gentillesse pour une faiblesse mais on sent chez lui une volonté d’apaisement et d’essayer de faire les choses du mieux qu’il le peut. Malheureusement, il va se rendre compte que tout le monde ne réfléchit pas comme cela. Dans les personnages secondaires, j’ai beaucoup aimé Soan et Fitz, le nouveau venu, qui vont trouver peu à peu leur place et j’ai été très étonnée par Min-Ho qui est, d’un premier abord, très froid, mais qui cache de grandes ressources en lui.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le duo d’autrices se régale à faire tourner en bourrique ses lecteurs. Le tome 1 se terminait sur les chapeaux de roue, le début de celui-ci commençait plutôt calmement mais rapidement, les ennuis arrivent !! Leurs plumes sont toujours aussi fluides et addictives et une fois la lecture débutée, bon courage pour poser le roman. Émotionnellement, on alterne entre amour et tensions et l’intrigue m’a vraiment pris aux tripes. Il y a quelques scènes épicées mais ce qui prévaut ici, clairement, c’est l’aspect émotionnel de la relation qui se construit entre Liv et Jurgen mais aussi avec les autres personnages qui gravitent autour d’eux. On nous parle ici de confiance en soi, et envers les autres, et il est vrai que c’est une question centrale de nos vies car sans confiance, sommes-nous capables d’avancer ?

Pour conclure, je referme avec un brin de nostalgie et de tristesse ce tome 2 de « Johannes Brothers ». Cette duologie se passant dans le monde de la musique et du tatouage est une jolie histoire d’amour qui parle de reconstruction, de perspective d’avenir et des fantômes du passé. L’épilogue peut laisser penser qu’un spin-off est possible. Pour ma part, je le souhaite de tout mon cœur !!


Retrouvez ce roman sur le site des éditions Edelweiss
20210407_180237 <– Retrouvez aussi mon avis sur le tome 1 ici

Infinite Love, tome 1 : Nos Infinis Chaos d’Alfreda Enwy

Romance contemporaine – Sortie en 2018
Editions Milady

Ma note : 5/5 mentions « coup de cœur » et « incontournable 2021 »


Résumé : « Il sourit, son regard se posa sur mes lèvres. Il les dévorait des yeux.
Oh, non… seigneur, non ! Pas ça. Les baisers, jamais. Surtout pas après un tel rêve, surtout pas après avoir revu ça ce soir…
— Ne m’embrasse pas, murmurai-je. Ne cherche pas à m’embrasser, Nate. Jamais. »
Dylan a vécu un grave traumatisme dans son adolescence, depuis lors, elle fait ce qu’elle peut pour se reconstruire. En débarquant à San Francisco, elle compte bien reprendre sa vie en main : poursuivre son entraînement au sport de combat, obtenir une licence de management, et, surtout, garder ses distances avec la gent masculine – ses lèvres n’embrasseront plus jamais celles de personne. Plus jamais. À moins que la rencontre de Nate, séduisant boxeur au passé sombre, et de son fils de quatre ans, aussi charmant que son père, vienne perturber cette dernière règle.
Alors que leurs chemins ne cessent de se croiser, Dylan sent son cœur et son corps s’éveiller, et ses troubles passés la hanter de nouveau…


L’avis de #Lilie : Ah, Alfreda Enwy ! Encore une autrice dont j’adore la plume et dont, généralement, les romans me font passer par tous les états émotionnels possibles et imaginables… Encore une fois, elle a fait mouche et elle m’a totalement conquise avec ce premier tome de sa saga mythique.

Nous faisons ici connaissance avec Dylan, une jeune étudiante venant d’arriver à San Francisco pour poursuivre ses études et suivre sa meilleure amie. Un jour, elle croise Nate, son séduisant voisin, à la laverie et tout de suite, cette rencontre va créer des étincelles. Pourtant, Dylan refuse de se laisser aller et fait tout pour éloigner Nate. Pourquoi un tel comportement ? Que cherche-t-elle à lui cacher? Et lui, pourtant si séduisant, pourquoi est-il toujours célibataire ? Ce lien qui semble exister entre eux va-t-il leur permettre de vivre une belle histoire d’amour ?

Dylan est une jeune femme qui n’entend plus se laisser dicter sa ligne de conduite. Échaudée par des drames dans son adolescence, elle a dressé, autour d’elle et de son cœur, une grande muraille qu’elle pense inviolable. Malheureusement, sa rencontre avec Nate et Kyle va tout bouleverser et elle va découvrir que parfois, pour trouver le bonheur, il faut surmonter de nombreuses épreuves. Nate, quand à lui, est un papa sexy avec des bras plein de « gribouillis ». Il jongle entre son fils, ses études et son travail à la salle de boxe afin d’assurer au mieux sa mission de papa et éduquer son fils du mieux qu’il le peut. Dylan va bouleverser son monde, et celui de son fils, et il va, par moment, avoir du mal à s’y retrouver entre ce que lui dicte son cœur et ce que lui dicte sa tête.

Pas la peine d’y aller par quatre chemins, ce roman est un gros coup de cœur pour la simple et bonne raison que ça faisait longtemps que je ne m’étais pas laissée piéger par un livre. Tout d’abord, une fois entamé, il est très difficile de le poser tant la plume de l’autrice est addictive. Ensuite, émotionnellement, on atteint des sommets. En effet, les protagonistes n’ont pas été épargnés par la vie et en plus, l’autrice prend un malin plaisir à leur mettre des bâtons dans les roues. J’ai pleuré, comme rarement, en lisant certains passages, et j’ai vraiment dû reprendre mon souffle, et mes esprits, pour poursuivre la lecture. Mon petit cœur s’est serré puis s’est empli d’amour au fil des pages et j’ai ressenti un grand vide en le refermant. Il y a quelques scènes épicées qui font monter la température mais ce qui prévaut ici, clairement, c’est l’aspect émotionnel. Il ne fait aucun doute que je vais poursuivre cette saga surtout que le tome 2 est consacré à deux personnages qui me semblent très prometteurs.

Pour conclure, « Nos infinis chaos » est une magnifique romance contemporaine où se mêle des sentiments forts, des protagonistes marquants et une intrigue qui nous tient en haleine de bout en bout.

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JOURS DE SABLE, un roman graphique de Aimée de Jongh.

ROMAN GRAPHIQUE

ÉDITIONS DARGAUD


Washington, 1937. John Clark, journaliste photoreporter de 22 ans, est engagé par la Farm Security Administration, l’organisme gouvernemental chargé d’aider les fermiers victimes de la Grande Dépression. Sa mission : témoigner de la situation dramatique des agriculteurs du Dust Bowl. Située à cheval sur l’Oklahoma, le Kansas et le Texas, cette région est frappée par la sécheresse et les tempêtes de sable plongent les habitants dans la misère.
En Oklahoma, John tente de se faire accepter par la population. Au cours de son séjour, qui prend la forme d’un voyage initiatique, il devient ami avec une jeune femme, Betty. Grâce à elle, il prend conscience du drame humain provoqué par la crise économique. Mais il remet en question son rôle social et son travail de photographe…
Ma note : 5/5 mentions « coup de cœur et incontournable 2021 »
288 pages
Disponible en broché et en numérique
Nouveauté 2021


MON AVIS

Comme la plupart du temps j’ai choisi cette lecture pour sa couverture et non pas pour son résumé. J’aime être surprise au cours de mes lectures et quand elle se terminent par un immense coup de cœur, c’est le Graal ultime.

 

Les États-Unis subissent de plein fouet la grande dépression. Un contexte économique tendu où les plus pauvres, les ouvriers, les agriculteurs, les petites mains peinent à survivre.

 

John est photographe non pas par choix mais par conviction qu’au moins une fois dans sa vie son père, également photographe de renom, puisse être fier de son fils. Pourtant John a le talent, la patience, et l’œil. Une certaine beauté résulte de ses clichés. Dernièrement, il vient d’être employé par la FSA. Son but : rendre état de la population résidant au cœur du Dust Bowl, ancienne région agricole riche et prospère qui subit depuis quelques années une sécheresse sans pareille occasionnant régulièrement des terribles tempêtes de sables.

 

Cet objectif lui semble noble. Une aide précieuse pour ces habitants. Mais ces premiers pas dans ce village à semi abandonné est un choc. Le sable omniprésent, des habitants inquiets et inquiétés, la méfiance, la peur, la désillusion. Ces habitants vivent ici depuis des générations. L’élevage et l’agriculture y sont tel un eldorado qui vireront bientôt au cauchemar, à l’enfer. Les enfants vaquent à leur occupation, il n’y a plus école depuis de nombreux mois. Les hommes tentent tant bien que mal à faire vivre leurs familles, les femmes sont démunies.

 

Ses premières approches sont maladroites. Il essuie de nombreux refus. Navré de ce porte à faux, il se remet en question est tente à nouveau une nouvelle approche. Les portes s’ouvrent timidement, leurs histoires fleurissent, leurs maux s’épanchent. Quitter leurs terres est l’unique solution pour ainsi préserver les enfants qui s’essoufflent, les vies qui s’étiolent.

 

Les photos s’agglutinent. Des clichés vibrants, parfois mis en scène (rarement), des familles décharnées.

 

Puis il rencontre la jolie Betty, veuve et enceinte. Elle lui montre la beauté cachée derrière la solitude des sables mouvants. Elle lui apprend l’entraide. Elle lui prouve que la famille est sacrée au delà des souffrances. Elle lui prouve que la vie se doit d’être vécue pour soi.

 

Ce roman graphique est de cette beauté parfaite qui met en exergue la douloureuse réalité. La fiction est mise en œuvre pour décrire une réalité historique prégnante et difficile. Les illustrations sont bouleversantes. Le sable s’infiltre partout, s’invite dans les moindres interstices, mordant la poindre parcelle de vie. Le personnage de John est touchant. Touchant dans sa solitude, son dévouement, son désœuvrement, son empathie, son histoire. Un personnage sombre qui va se révéler au côté de l’éblouissante Betty débordante de gentillesse et d’amour.

 

JOURS DE SABLE est émouvant. Ce foisonnement de vies fauchées par la triste réalité, produit de la main de l’homme. Je suis sortie de cette lecture subjuguée. Un roman graphique foudroyant et terriblement humain !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

QU’IMPORTE LE NAVIRE, un roman de Sharon Bala.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

ÉDITIONS MÉMOIRE D’ENCRIER

Traduit par Véronique Lessard et Marc Charron


Mahindan et son fils de six ans, Sellian, débarquent sur l’île de Vancouver, fuyant la guerre au Sri Lanka avec quelque cinq cents réfugiés, portés par le rêve d’une vie nouvelle. Le bruit court que parmi les boat-people se trouvent des terroristes. Emprisonnés, les réfugiés voient leur passé resurgir et la chance d’obtenir le droit d’asile se dissiper. Inspiré de faits vécus, Qu’importe le navire est un roman d’une force inouïe où chaque décision est question de vie ou de mort.
Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
436 pages
Nouveauté 2021
Disponible en broché

MON AVIS

QU’IMPORTE LE NAVIRE est un roman bouleversant. Entre fiction et non-fiction, il vous embarque dans ce boat people où l’avenir ancré à ces passés multiples et douloureux crache l’inacceptable, l’horreur et l’inhumain. Ce navire qui vomit l’impensable et pourtant regorge de cet espoir salutaire, d’une vie paisible loin des bombes et des massacres. Ce navire est le témoin silencieux et passible de ces hommes, des ces femmes, de ces enfants marqués par la guerre civile. Il apporte le nauséabond et la peur sur cette terre ni accueillante ni chaleureuse. L’île de Vancouver apparaissait comme la terre promise pourtant à leur arrivée qui n’avait rien de surprenante, les autorités prennent ces vies et les parquent. Le terrorisme devient l’apanage d’une sécurité intransigeante qui en oublie l’humanité. Ces bombes sur pieds deviennent les effigies de cette nouvelle mode où l’explosion devient le porte parole de ces voix belliqueuses.

 

Mahindan a tout perdu, sa femme, son garage, sa famille, ses amies, sa culture, son pays. Il ne lui reste que Sellian, son unique fils, sa vie, son espoir, cette chaîne qui le retient inlassablement sur cette terre d’épouvante. Tamouls, ils ont fui leur pays, leur terre natale en proie aux feux et à la folie des hommes perdus  dans cette guerre impitoyable de territoire, de religion, de culture. Ils sont tous tamouls sur ce fichu bateau, certains de grès et de force ont participé à cette guerre mais, chut, c’est un secret ! Les âmes peinent et leurs fardeaux les accablent depuis trop longtemps. Mahindan s’écroule lorsqu’on emporte son fils  loin de lui avec les femmes et les enfants. Ses papiers en main, pourtant il va devoir prouver sa bonne foie. Aidé par un avocat dont c’est sa spécialisation et accompagné par une stagiaire tamoule, Priya, Mahindan va franchir les obstacles judiciaires à leurs côtés. Séquestré, enfermé dans cette légalité taciturne et inviolable, Mahindan va apprendre l’anglais, découvrir ce monde chéri de dehors au travers des émissions télévisées, et le contempler par le biais de ce bus, seul lien tangible d’une réalité abstraite et déshonorante.

 

Qui sommes nous pour juger ces hommes ces femmes, ces enfants ? Nous sommes tous des enfants d’immigrés.

 

Et c’est en cela que Sharon Bala interroge son lecteur par le biais des personnages de Priya et de Grace. Priya est née au Canada mais ses parents sont d’origine tamoule. Origine souvent tue, le passé n’est que le passé et vivre à ses côtés est considéré comme malsain. Priya découvre ainsi tout un pan de ces vies qui auraient pu être la sienne, celles de ses parents, de sa famille. Un héritage lourd auprès duquel elle va s’épanouir et considéré sa vie sous un autre angle. Grace est d’origine japonaise et a comme grand rôle d’accorder ou non l’asile à celles et ceux qui viennent d’accoster. Elle a oublié ses origines et refusent catégoriquement d’en parler.

 

QU’IMPORTE LE NAVIRE a cette obligation de vous émouvoir, de vous exposer les faits, de vous questionner et de vous faire ouvrir les yeux. Depuis de nombreuses années, ces bateaux miséreux sillonnent les mers à leurs risques et périls. Dans notre confort moderne, il est plus facile d’oublier la pauvreté visible qu’à la télé. Nous vivons dans ce monde éphémère où cela ne doit pas nous atteindre. Que faisons nous assis sur notre canapé, derrière notre ordinateur ou notre téléphone, rien, seule une poignée d’associations, de bénévoles osent tendre leurs mains. Est ce suffisant ?

 

D’une beauté étrange et même surréaliste Sharon Bala nous livre ici un roman d’une force singulière qui vous broie les tripes. Un roman d’une puissance inqualifiable où la différence devient ce moteur de haine et d’injustice.

 

A découvrir de toute urgence !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

The player, tome 1 de K.Bromberg

New romance – Roman sorti en 2018
Editions Hugo Roman

Ma note : 5/5 mentions « coup de cœur » et « incontournable 2021 »


Résumé : Quand Easton Wylder, un roi du baseball, le lanceur vedette de la MLB est victime d’une blessure susceptible de mettre un terme à sa carrière, il a besoin des services du meilleur entraîneur. Mais ce dernier envoie sa fille à sa place. Elle a beau être bagarreuse, athlétique, déterminée, et superbe, Easton se demande si elle a vraiment les qualités requises.
Assurer la rééducation d’Easton Wylder est pour Scout, la voie royale pour se montrer à la hauteur du challenge et honorer la promesse faite à son père. Défendre l’intérêt du club ne consiste-t-il pas à garantir que son receveur vedette soit en état de jouer ?
Alors, quand les étincelles s’allumeront, Easton et Scout supporteront-ils la chaleur ou l’un des deux sera-t-il nécessairement conduit à se brûler ?


L’avis de #Lilie : K.Bromberg est une autrice prolifique et je dois avouer que mis à part sa saga Driven, que je n’ai même pas terminé, je n’ai pas lu ses autres parutions. J’ai trouvé ce roman par hasard et tentée par le résumé, je me suis lancée rapidement afin de ne pas l’oublier au fond de ma PAL. Je ne regrette absolument pas car j’ai vraiment adoré ma lecture.

Nous faisons ici connaissance avec Easton Wylder, un prodige du baseball blessé à l’épaule suite à une charge dangereuse de la part d’un de ses adversaires. Pris en charge par Scout, l’alchimie entre eux est immédiate mais peuvent-ils se permettre de tout gâcher pour un coup d’un soir ? Pourquoi Scout est-elle aussi secrète et fuyante ? Easton est-il seulement une belle gueule doué pour son sport ? Leur histoire a-t-elle un avenir ?

Easton est clairement le type de héros que j’adore : il est beau, drôle, serviable, doué sans son sport et il a un sourire à faire fondre toutes les petites culottes. Néanmoins, malgré ce physique d’Apollon, il a la tête sur les épaules, prend du temps pour servir des causes qui lui tiennent à cœur et il cache aussi quelques fêlures qu’il vous appartiendra de découvrir. Concernant Scout, c’est une battante. Elle tente de tracer sa route dans les pas de son père, un kiné de renom que tous les clubs sportifs s’arrache. Très secrète, elle va, pendant un temps, tenter de refouler son désir pour Easton et elle aura bien du mal à s’ouvrir à lui. Entre eux, c’est deux pas en avant, un pas en arrière mais surtout, c’est une romance qui prend le temps de se construire, où chacun tente de s’adapter à l’autre et c’est un couple que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir et à voir évoluer.

K.Bromberg est, il faut le dire, une des reines de la romance ! Encore une fois, à peine le livre entamé, j’ai eu beaucoup de mal à m’arrêter. Sa plume est très addictive et immersive, ce qui fait qu’on est tout de suite au côté des deux protagonistes principaux. Emotionnellement, quelques passages ont réussi à me tirer les larmes car l’autrice sait jouer sur la corde sensible. Les scènes de sexe sont présentes et explicites mais elles ne prennent pas le pas sur l’intrigue. Encore une fois, les thèmes de la famille et des non-dits sont exploités mais ils ne sont pas traités comme dans « Driven« . L’univers du baseball est bien décrit et j’ai pris plaisir à en savoir plus sur ce sport un peu méconnu dans l’hexagone. Enfin, ce tome 1 se termine sur un cliffhanger de dingue qui ne peut qu’inciter le lecteur à foncer chez son libraire pour connaitre la suite et fin des aventures d’Easton et Scout.

Pour conclure, « The player, tome 1 » est une jolie romance épicée où vous ne vous ennuierez pas une seconde. Au programme, de l’amour, des secrets de famille, des héros attachants et des drames qui ne vont donneront qu’une envie : tourner les pages de plus en plus vite pour savoir où tout ça les mènera.

Retrouvez tout l’univers de l’autrice ici
Retrouvez ce roman sur le site d’Hugo & Cie

FILLES UNIQUES, tome 1 : Paloma, un roman graphique de Beka et Camille Méhu.

ROMAN GRAPHIQUE

ÉDITIONS DARGAUD

Beaka (scénario)

Camille Méhu (dessins, couleurs)


Apolline, Céleste, Chélonia et Sierra sont scolarisées dans le même établissement. Ces jeunes filles ont un point commun : elles sont isolées, mises à l’écart par les autres, parfois harcelées. Un jour, Chélonia décide de les réunir pour leur faire une proposition. Elle aimerait fonder avec elles le « club des mal-barrées ». Sa raison d’être : leur permettre de briser leur solitude et de devenir plus fortes, en somme, pour enfin « exister pleinement ».
Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
56 pages
Disponible en cartonné et en numérique
Nouveauté 2021
Leur premier objectif consiste à convaincre Paloma de les rejoindre. Adolescente rebelle et solitaire, celle-ci a épuisé plusieurs familles d’accueil. Elle vit désormais chez Liselotte, une femme habituée à héberger des jeunes en difficulté. Les quatre nouvelles amies pourront-elles l’aider à surmonter son passé ?
Dans ce premier tome d’une série en cinq volets, servi par le trait subtil et les couleurs sensibles de Camille Méhu, les BeKa abordent avec justesse les thèmes de l’adolescence difficile et des dysfonctionnements familiaux.

MON AVIS

Ce premier tome a été un sacré coup de cœur ! En commençant je n’aurai jamais cru ressentir autant d’émotions et d’empathie pour ces quatre filles uniques et mises au banc de la société. Ce premier tome est consacré à Paloma. Depuis son plus jeune âge, elle écume les familles d’accueil, trimballant derrière elle un foutu passé où sa voix n’a pas été entendue. 

 

Sous l’impulsion de Chélonia, une geek pleine de surprises, celle ci décide de créer ce groupe de filles. Elle les a longuement observées et en est arrivée à la conclusion qu’elle étaient toutes rejetées par ce système de normalisation. Mais Paloma n’est pas d’accord. Elle préfère être solitaire et affronter la vie telle qu’elle se présente. Faire confiance aux autres n’est pas sa tasse de thé, elle a bien été trop déçue par le passé. Rebelle dans l’âme, elle mène la vie dure à Liselotte, une vieille dame qui a le cœur sur la main et l’âme généreuse. Pas à pas, cette dernière va apprivoiser la jeune fille et Chélonia, Apolline et Céleste vont tout tenter pour que cette dernière intègre leur super groupe.

 

J’ai été sensible à l’histoire de Paloma, cette petite fille qui a été blessée très jeune par la vie. Elle a beaucoup de mal à s’attacher et à donner sa confiance aux adultes qui l’entourent. Un cœur blessé et une âme en flamme, Paloma préfère l’effervescence d’un groupe à la solitude. Une jeune de fille de caractère et aux idées bien arrêtées qui pourtant va se laisser tenter par se regain d’intérêt. Le scénario des Beka est sensationnel et profond. Ils traitent avec cette honnêteté ôtée de filtres les difficultés à l’intégration et à la différence, mais ils souhaitent également mettre en évidence qu’après un mauvais départ dans la vie, les chances sont, là, présentes et qu’il faut savoir en saisir la main tendue. Une scénario sensible et terriblement touchant mis en lumière par les illustrations sublimes de Camille Méhu qui retranscrit à merveille les émotions des personnages.

 

Une joli coup de cœur pour ce roman graphique, hâte de découvrir les aventures des autres filles uniques !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin

Roman français contemporain – Livre sorti en poche en 2019
Editions le Livre de Poche

Ma note : 5/5 mentions « coup de cœur » et « incontournable 2021 »


Résumé : Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se confier et se réchauffer dans sa loge. Avec la petite équipe de fossoyeurs et le jeune curé, elle forme une famille décalée. Mais quels événements ont mené Violette dans cet univers où le tragique et le cocasse s’entremêlent ?
Après le succès des Oubliés du dimanche, un nouvel hymne au merveilleux des choses simples.


L’avis de #Lilie : Si je dois être tout à fait honnête, pendant longtemps, je me suis demandée pourquoi tout le monde vantait les mérites de ce roman. La quatrième de couverture ne me tentait pas plus que ça et j’ai toujours tendance à me méfier des livres qu’on veut « à tout prix nous faire lire ». A l’occasion d’un swap, j’ai reçu ce livre avec ce petit mot de ma binôme : « je suis sûre que tu vas aimer, lance-toi! ». Il n’aura pas dormi longtemps dans ma PAL car le Booklanta m’aura donné l’occasion de le sortir et quelle claque ! Je ne m’attendais à rien et j’ai été totalement conquise !

Nous faisons ici connaissance avec Violette Toussaint, une femme qui n’a pas été épargnée par la vie. Gardienne de cimetière après avoir été garde-barrière, elle vit seule, entourée de ses chats et de ses amis, aux portes de son cimetière. Un jour, un homme vient frapper à sa porte afin de répondre aux dernières volontés de sa mère. Pourquoi veut-elle reposer ici alors qu’elle vivait à Marseille ? Qu’est-ce qui a amené Violette à devenir gardienne de cimetière? Pourquoi est-elle seule ? Notre vie est-elle toute tracée ou le hasard nous joue-t-il, par moment, des tours ?

Violette est une femme profondément humaine. Oreille attentive, avec le cœur sur la main, elle a appris, au fil du temps, à se protéger sans pour autant se fermer aux autres. Depuis le départ de son mari, elle vit seule mais elle a sa routine, ses habitudes, qui lui permettent de tenir bon. Les drames, elle en a connu et plus d’une fois, elle s’est sentie abandonnée ou méprisée. Désormais, elle essaie de vivre sa vie pour elle, comme elle l’entend. C’est un personnage très humain qui m’a beaucoup touché. Autour d’elle, il y a Philippe Toussaint, son mari absent, très difficile à cerner. Il y a aussi Julien, qui entre dans sa vie grâce aux hasards de la vie, la mère de ce dernier, Irène, qui n’a pas eu une vie toute tracée, et il y a Gabriel, ce mystérieux Gabriel auprès de qui Irène veut reposer pour l’éternité.

C’est un roman qui parle de personnes, de leurs vies, de leurs choix et des conséquences qu’ils peuvent avoir sur notre destin. A chaque chapitre, on suit un personnage à un moment de sa vie. Même si cela peut paraître perturbant au départ, on prend vite le pli et ce qui nous semble anecdotique au départ prend tout son sens quelques pages plus loin. Je vais peut être y aller fort mais ce livre est magique à plus d’un titre. Tout d’abord, quand on le commence, on a bien du mal à le poser. Ensuite, la manière dont les destins s’entremêlent et dont chaque pièce du puzzle prend progressivement sa place est superbement fait. Enfin, c’est une histoire qui reste en tête pendant un moment. Honnêtement, je comprend maintenant tout l’engouement qui peut exister. Malgré les 664 pages, on ne s’ennuie pas une seconde et on va de surprises en surprises. Emotionnellement, préparez-vous à rire, à verser quelques larmes, à avoir le ventre qui se tord avant de ressentir ces petits papillons qui font tant de bien. En bref, une belle histoire magistralement menée jusqu’à la dernière ligne.

Pour conclure, « Changer l’eau des fleurs » est une magnifique découverte et un roman qui a déjà su séduire une grande partie de ses lecteurs. Amoureux de belles histoires où on parle de la vie, de coups du sort et de  » vraies » personnes, laissez-vous tenter, si ce n’est pas déjà fait, par la plume de Valérie Perrin. Pour ma part, c’est un gros coup de cœur et je découvrirai avec joie les autres écrits de l’autrice.

Retrouvez ce roman sur le site du livre de poche

DES SOURIS ET DES HOMMES, un roman de John Steinbeck.

LITTÉRATURE CLASSIQUE NORD-AMÉRICAINE

ÉDITIONS FOLIO


«Les deux hommes levèrent les yeux car le rectangle de soleil de la porte s’était masqué. Debout, une jeune femme regardait dans la chambre. Elle avait de grosses lèvres enduites de rouge, et des yeux très écartés fortement maquillés. Ses ongles étaient rouges. Ses cheveux pendaient en grappes bouclées, comme des petites saucisses. Elle portait une robe de maison en coton, et des mules rouges, ornées de petits bouquets de plumes d’autruche rouges.»
 
Ma note 5/5 mention « incontournable »
176 pages
Disponible en poche occasion


L’AVIS DE #LILIE

Voilà un classique de la littérature Nord-Américaine qui traînait depuis longtemps dans ma bibliothèque. Quand j’étais au lycée, on avait regardé le film en cours d’anglais et je me rappelle avoir été attendrie par l’histoire. C’est donc avec joie, à l’occasion d’une lecture commune avec Esméralda, que j’ai sorti ce roman de ma PAL.

Nous faisons ici connaissance avec Lennie et George, deux voyageurs qui passent de ranch en ranch pour proposer leurs services. Leur but ? Économiser suffisamment pour avoir leur ranch à eux mais il leur est bien difficile de conserver un travail. En effet, Lennie est un homme grand par sa taille mais petit dans son esprit. Inconscient de sa force, un peu limité intellectuellement, ses actes ne sont pas en adéquation avec ce qu’il pense ou aimerait faire. Leur arrivée dans un nouveau ranch est un espoir d’un nouveau départ mais arriveront-ils à réaliser leur rêve ?

George est un travailleur acharné, volontaire, qui prend soin de Lennie depuis plusieurs années. Il se comporte comme un grand frère avec lui, voulant l’aider à ne pas faire de vagues. Malheureusement, son compère se laisse parfois déborder par ses émotions et il a bien du mal à moduler sa force. Dans quelle mesure George pourra-t-il continuer à supporter cette vie sur les routes ?

Comme dans le film, j’ai été touchée par la relation entre Lennie et Georges. Entre amitié et fraternité, George tente de jouer l’ange gardien pour son compère mais en un instant, tout peut basculer. Lennie est attachant par sa fragilité émotionnelle, sa faculté à s’attendrir de tout mais son gabarit et sa force le rendent aussi imprévisible.

Ce court roman peut se lire d’une traite tant la plume de l’auteur est fluide et visuelle. Il y a, au final, peu d’action mais la lecture est rythmée par les rencontres et les évènements qui surviennent au ranch. L’intensité monte crescendo jusqu’à un final à couper le souffle. On espère, on tremble, on a le ventre qui se serre tant on craint pour Lennie et on espère qu’il arrivera à avoir son petit chien et ses lapins en compagnie de Georges. La vie va-t-elle lui faire ce cadeau ? C’est à vous de le découvrir !

L’AVIS DE #ESMÉRALDA

Lire du Steinbeck c’est ouvrir la fenêtre sur un monde sensible et rustre. DES SOURIS ET DES HOMMES est une histoire d’une banalité affligeante. Oui mais de celle qui vous pousse dans les retranchements sans que vous vous en aperceviez. C’est l’histoire intemporelle d’une amitié sans limite. Une de celles pour laquelle vous serriez prêt à tout, même à balancer vos rêves aux oubliettes et poursuivre un de ceux que vous confectionneriez ensemble.

 

Conte moderne où se côtoient la force de la vie et l’âme d’un enfant emprisonné dans le corps d’un homme hors norme. Lennie est un mastodonte, une force de la nature, dont il n’en mesure pas les conséquences éventuelles. Lennie est un fin observateur et un doux rêveur. Il sait qu’il est un poids pour Georges et lui est reconnaissant de prendre soin de lui. Mais Lennie a des impulsions qu’il n’arrive pas à maîtriser. Ses émotions le fracassent et le poussent souvent à commettre l’irréparable. Un lourd fardeau pour ce binôme qui se plaît à vagabonder sur les routes, de ranch en ranch. A chaque fois, un nouveau départ, un nouvel espoir de mettre assez d’argent de côté dont le but précieux est d’acheter leur propre ranch où lapins et chien feraient le bonheur de Lennie.

 

Steinbeck nous livre au cours de ce court roman le portrait intimiste de ces personnages mythiques de l’ouest où la nature a une place primordiale mais où les hommes se complaisent dans cet état de rigueur absolu. Les simples moments de bonheur se résument à la sortie en ville, à ce jeu devant le dortoir, à la cigarette, à la boisson. La parole est rude, les rêves un doux euphémisme. L’homme jaloux, le vieux grabataire, le noir exclu, le blanc et son flingue, l’intelligent, la femme désillusionnée. Les mots sont superflus alors que les actions et les gestes sont valeurs d’or. La tristesse est un état nauséabond et les souvenirs un passé lointain. Pourtant l’arrivée de Lennie et de Georges va bouleverser ce quotidien monotone. Et les mots vont fleurir et s’épancher et pourquoi pas panser ces vielles blessures.

 

La plume de Steinbeck a ce quelque chose d’extraordinaire qui vous capture en un rien de temps. Sans filtre, sans enjolivement, il narre la réalité, crue et dure. Le monde alors de ces travailleurs prend forme sous vos yeux et vous devenez cette petite souris spectatrice malgré elle de ce monde introverti et captif de mœurs. 

 

Puissant et sensible, DES SOURIS ET DES HOMMES a cette particularité de vous surprendre par cette simplicité si proche de la réalité. De nombreuses subtilités sont glissées ici et là et c’est un roman que je relirais plus tard afin d’en mesurer toute sa splendeur. Je découvre Steinbeck pour la première fois et c’est une merveilleuse rencontre que je vais poursuivre.

 

 

– Qu’est-ce qu’ils peuvent bien avoir qui leur fait mal, ces deux-là, t’as idée, toi ?

DEVENIR QUELQU’UN, un roman de Willy Vlautin.

LITTÉRATURE NORD-AMÉRICAINE

ÉDITIONS ALBIN MICHEL

COLLECTION TERRES D’AMÉRIQUE


A vingt et un ans, Horace Hopper ne connaît du monde et de la vie que le ranch du Nevada où il travaille pour les Reese, un couple âgé devenu une famille de substitution pour lui. Abandonné très tôt par ses parents, il se sent écartelé entre ses origines indiennes et blanches.
Secrètement passionné de boxe, Horace se rêve en champion, sous le nom d’Hector Hidalgo, puisque tout le monde le prend pour un Mexicain… Du jour au lendemain, il largue les amarres et prend la direction du sud, vers sa terre promise. Saura-t-il faire face à la solitude du ring et au cynisme de ceux qu’il croisera en chemin ? Peut-on à ce point croire en sa bonne étoile, au risque de tout perdre ?
À travers le portrait bouleversant d’un jeune idéaliste décidé, envers et contre tous, à trouver sa place dans le vaste monde, Willy Vlautin signe un roman pudique qui touche le lecteur en plein coeur.
Ma note : 4,5/5 mention « incontournable 2021 »
304 pages
Disponible en numérique et broché
Nouveauté 2021
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Fournier

MON AVIS

Une nouvelle découverte sous le signe du charme, j’enchaîne mes lectures et en ce moment c’est du pur bonheur !

 

Willy Vlautin n’a pas son pareil pour vous surprendre au cœur de ces intimités modestes débordantes d’amour, d’émancipation, d’espoir poussées par une volonté de fer dans le but de toucher du doigt le rêve absolu.

 

Horace Hopper est ni un indien ni un blanc. Un homme sans identité perclus de sentiments noirs et destructeurs. Horace vit depuis quelques années aux abords du ranch des Reese, éleveur de moutons, dans ce camping-car, son chez soi. Des posters de célèbres boxeurs tapissent les parois tristes, témoins de cette envie vorace de devenir ce quelqu’un d’important de majestueux, s’élevant dans ces sphères célèbres à la force de ses poings et de ses pieds. Horace a senti l’appel de la vie et décide de partir, de la cueillir, loin du ranch, des chevaux, sa passion, et des Reese qu’il considère comme ses parents.
La ville, le bruit, le monde et ses règles. Accueilli par sa tante qui lui loue la cabane au fond du jardin, il trouve rapidement du travail chez un monteur de pneu et un entraîneur peu scrupuleux. Les premiers matchs tombent et les premières défaites avec. Mais son optimiste le porte au-delà. La solitude de la ville le pèse, elle le rendrait peureux lui qui a connu la vaste étendue des plaines et des montagnes. Les semaines défilent et insidieusement le chaos s’installe. Lui, parti à la quête de l’homme qu’il deviendrait, se trouve face à l’immensité béante de la désolation et de la désillusion.

 

Eldon Reese est ce vieillard au cœur tendre qui a pris sous son aile le jeune Horace. Son départ pour la ville est un brise cœur. Avec patience, il lui a prodigué tous les bons conseils. Il sera toujours là pour lui quoiqu’il fasse, quoiqu’il lui arrive, leur ranch sera toujours son chez lui. Eldon suit de loin l’évolution de son petit protégé. Il ne veut que son bonheur.

 

Les personnages sont d’une extrême beauté. Une de celle qui vous éblouit par cette simplicité humaine, fidèle à ses valeurs. La plume de Willy Vlautin a ce quelque chose indéfinissable qui vous capture dès le départ. Une sensibilité à fleur de peau mais une force tirée de la Terre. Une quête initiatique à l’allure d’un western moderne, DEVENIR QUELQU’UN est époustouflant ! Le rêve américain à portée de mains, Horace est pris en étau entre cette réalité morbide et ce rêve de grandeur.

 

Un immense coup de cœur pour cette merveilleuse découverte. J’ai été sensible aux personnages, à l’histoire et à ce final qui m’a retournée littéralement les tripes. Une explosion honnête de portraits authentiques, de vies arrachées au lance-pierre, poussés sur ce chemin sinueux et alambiqué. Un uppercut qui coupe le souffle !

 

A découvrir absolument !

J’ai souvent voulu rentrer au ranch, mais malgré tous mes efforts je n’y suis jamais arrivé.

UNE CHRONIQUE DE #ESMERALDA