LE DOORMAN, un roman de Madeleine Assas.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

ACTES SUD

Domaine français

#68premièresfois


Quand on lui propose un poste de doorman, de portier dirions-nous à Paris même si ces fonctions ne se ressemblent pas d’une rive à l’autre de l’Atlantique, Ray est déjà intégré, attaché à New York. Ce poste lui est proposé par une femme, propriétaire au 10 Park Avenue, cette tour de Babel qui fut à l’origine un grand hôtel. Et c’est là que cet homme passera cinquante ans de sa vie, au cœur d’une ville où il ne cessera de se promener et d’observer ce qui ne se passe nulle part ailleurs tant il s’agit du reflet d’un imaginaire collectif incomparable.
Ma note : 4/5 mention  » à découvrir »
384 pages
Disponible en numérique et broché
Nouveauté 2021

MON AVIS

LE DOORMAN est un premier roman étouffant, bouleversant, hypnotique, merveilleux.

 

Raymond, alias Ray, a quitté sa terre natale par la force de la guerre. Exil douloureux au doux goût amer de regrets et de tristesse. A Oran, en Algérie, il n’est pas bon d’être un pied noir. Il embarque après de très longs mois d’indécision, sur ce bateau le portant à Marseille. Un train après, il se trouve à Paris d’où il prendra l’avion, direction New York où l’attend un petit logement, il trouve rapidement un boulot sur les quais. Il y rencontre Salah qui deviendra son ami pour la vie. A eux deux ils vont user le pavé et découvrir les rues sinistres, merveilleuses, endroits paradisiaques, morbides de la Grosse Pomme. Et puis un jour il devient doorman.

 

La particularité de ce roman est là où vous ne penseriez jamais la trouver. C’est un roman qui se mérite, il vous usera dans un premier temps et puis il vous attendrira. Pas après pas, Ray va déambuler au rythme de la ville. Pas après pas, il va se construire cet avenir qu’il chérit tant. Pas après pas, il va devenir cet homme qu’il souhaite. Un homme qui a pris du recul sur cette vie semée de malheur, une vie où le poids du passé l’écrase inlassablement. Le tohu-bohu de la ville masque cette solitude affligeante, masque les pleurs de la solitude, anéanti la tristesse ancrée dans son âme, dans son corps. Pas après pas, chemin de résilience, Ray s’abandonne enfin, se réconcilie. Il découvre l’amitié, l’amour, la lecture, les petites merveilles qui se cachent ici et là dans le tumulte bouillonnant d’une ville qui ne dort jamais. Observateur, méticuleux, Ray est une de ces personnes qui a la main sur le cœur. Sa générosité, il ne la partage qu’avec les êtres qui lui sont chers, et ils se comptent sur les doigt d’une main. Pages après pages, la prose de Madeleine Assas s’adoucit et prend le temps de partager ce charivari émotionnel. Si dans un premier temps, j’ai été troublée par la rigidité du personnage et de ces rues où seul le rectiligne paraît, dans un second, j’ai été envoûtée par la volupté du laisser-aller, de la transparence des émotions. Ray est devenu ce personnage attachant et vivre cette aventure à ses côtés a été tel un doux rêve éveillé. J’aurais voulu lui épargner cette fameuse journée où toute la ville est recouverte de poussière, j’aurais souhaité lui tenir la main et l’apaiser, lui certifier que tout irait pour le mieux dans cet avenir proche. Ray est ce témoin des transformations de la ville, des citadins, de ce cycle perpétuel parfois dérangeant souvent merveilleux. La pauvreté bannit par la richesse, entassée dans ces quartiers où la chance n’est qu’un éternel mirage. Ray, vagabond, se soustrait à l’étau de la vie la menant là où il le souhaite.

 

Un récit où la ville devient une cité aux mille merveilles porté par un personnage charismatique aux fêlures marquées par son héritage. Madeleine Assas signe un premier roman d’une beauté magistrale. Oser pousser les portes du 10 demande un certain courage et une certaine endurance, et si vous lui laissez cette chance que je lui ai accordée alors vous découvrirez un univers intime, tumultueux, vigoureux mais d’une noblesse et d’un pugnacité redoutable.

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

LES CŒURS INQUIETS, un roman de Lucie Paye.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Gallimard – Collection Blanche

#68premièresfois


Un jeune peintre voit apparaître sur ses toiles un visage étrangement familier. Ailleurs, une femme écrit une ultime lettre à son amour perdu. Ils ont en commun l’absence qui hante le quotidien, la compagnie tenace des fantômes du passé. Au fil d’un jeu de miroirs subtil, leurs quêtes vont se rejoindre.
Ce roman parle d’amour inconditionnel et d’exigence de vérité. De sa plume singulière, à la fois vive, limpide et poétique, Lucie Paye nous entraîne dès les premières pages vers une énigme poignante.
 
 
Ma note 4,5/5 mention « à découvrir »
152 pages
Disponible en numérique et broché
Édition 2020

MON AVIS

Voici une nouvelle lecture de la sélection des 68 premières fois qui m’a totalement transcendée.

 

Lui. Elle. Cavalcade solitaire où les émotions prédominent et accaparent.

 

Lui, peintre. Une première exposition qui éclabousse sa vie de prestige. De son île, il débarque à Paris, terre fertile de la création. Une nouvelle exposition est programmée, il a quelques mois pour clore cette nouvelle collection. Tableau blanc, esquisse inachevée, incomplète. Pourtant, il est là, ce visage, triomphant du blanc, de la solitude. Une insolente esquisse narguant son créateur. Qui es-tu ? Introspection virale, vitale, Lui, désespéramment, s’accroche à cette unique ancre. Des souvenirs, des flashs, sa vie se déroule sur ce tapis amer et azuréen. Et puis la frénésie survient. Explosion d’un passé, d’une fenêtre en face de chez lui, de cette femme où mystère et grâce s’unissent pour l’espoir, la folie, l’envie.

 

Elle, elle écrit depuis son lit de mort à cet enfant qu’elle n’a pas vu grandir. Un déchirement brutal, sauvage, sa vie en noir et blanc. Elle se souvient de ces moments délicats, de partage, de câlin, de mots interminables. Des souvenirs à la pelle qu’elle garde précieusement au fond de son cœur dans cet endroit où brille encore et pour toujours l’innocence envolée. Elle retranscrit sa douleur et son espoir. Elle rêve de l’homme qu’il est devenu, de la vie qui l’a eu. Mots après mots, phrases après phrases, se dessine ce portrait irrésistible d’une mère qui malgré cette perte fracassante a toujours su s’émerveiller.

 

Il n’est rien pour Elle. Elle n’est rien pour Lui. Ce trait d’union improbable, mystique. Une ligne qui s’étire dans l’espace-temps et qui s’étiole attendant le moment unique pour surprendre.

 

Lucie Paye décortique le sentiment de l’abandon avec cette grâce qui hypnotise. Pages après pages, l’envie se fait pressante, urgente. Une plume poétique, captivante qui a su me séduire dès le départ. L’exigence des sentiments absorbe l’esprit. L’amour percute et transcende. La tristesse n’est que joie. La joie n’est que péril. Un roman bouleversant et prenant au cœur de ce monde artistiquement flou qui n’attend que le mot ultime pour se dévoiler, s’épanouir et pardonner.

 

Un premier roman magnifique et une auteure à suivre absolument !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMERALDA

CE QU’IL FAUT DE NUIT, un roman de Laurent Petitmangin.

Je pense que ça été une belle vie. Les autres diront une vie de merde, une vie de drame et de douleur, moi je dis, une belle vie.


C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.
Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir.

C’est l’histoire d’un deuil, du courage et d’abnégation. C’est l’histoire de l’ivresse, de la peur et de l’absolution. C’est l’histoire d’hommes qui se débattent dans leur propre brouillard, en apnée, sur le chemin parsemé de doutes et d’espoirs. C’est l’histoire d’une famille, d’une multitude de familles dans toutes ces facettes multicolores et d’unicités.
Le père, Fus, Gillou, une famille amputée d’une maman, d’une épouse emportée par le cancer sans se battre, sans se rebeller. Un abandon douloureux mais silencieux. Peu de mots sont mis sur cette situation mais les attentions sont nombreuses. La vie reprend ses droits. Le foot, les vacances, les dimanches loin de l’hôpital. Le soleil perce ce brouillard insistant. Les enfants deviennent des adolescents. Une période où la recherche de leur identité et valeur s’intensifie. Une période laissant place au monde des adultes. Trois chemins qui se séparent où Gillou reste ce point d’ancrage, cette passerelle neutre. La vie avance doucement et puis elle explose en un coup de poing. L’amertume, la rage, la folie s’emparent de l’un d’entre eux. Case prison. Case remord. Case incompréhension. Case tristesse. Case effondrement.

 

CE QU’IL FAUT DE NUIT est un concentré d’émotions pures. Elles accaparent, interrogent et bouleversent. Un premier roman qui fascine par l’humilité qui en découle. Des mots forts, acérés et percutants tels une douce mélodie d’une vie où la douleur s’est invitée insidieusement. Les non-dits, la peur de l’abandon, la peur de la discorde, la peur de la fuite clouent les mots, les enfoncent dans les entrailles prenant racine au cœur de ce vide trop plein. L’espoir gagne parfois mais la désillusion remporte souvent les batailles. La lâcheté face à la douleur, s’interdire de ressentir ces émotions superflues qui ne demandent qu’à exploser, qu’à être entendues. Un tableau grandiose d’hommes dans leur plus belle et grande fragilité. Une symphonie discordante où les accords n’ont aucune utilité. Un portrait sans fioriture, sans filtre d’une beauté fracassante !

 

Un premier roman à découvrir de toute urgence !

 

Une chronique de #Esméralda

LES APRÈS-MIDI D’HIVER, un roman de Anna Zerbib.


« C’était l’hiver après celui de la mort de ma mère, c’est-à-dire mon deuxième hiver à Montréal. J’ai rencontré Noah et j’ai eu ce secret. Tout s’est produit pour moi hors du temps réglementaire de la perte de sens. Longtemps après les premières phases critiques du deuil, que j’ai bien étudiées sur Internet. Les événements se sont déroulés dans cet ordre, de cela je suis sûre. Pour le secret, je ne suis pas certaine, il était peut-être là avant, un secret sans personne dedans. »
Dans ce roman vibrant d’émotion, Anna Zerbib fait l’autopsie d’une obsession amoureuse où le désir, les fantasmes et les petits arrangements avec le réel sont autant de ruses pour peupler l’absence, en attendant les beaux jours.

Ce qui ressortira de cette lecture, c’est sans aucun doute, la puissance et la beauté de la plume de Anna Zerbib. Je pense que mon avis pourrait se suffire à cette seule phrase. Une rencontre bouleversante et inoubliable. J’adore ces envolées lyriques, ces mots qui coulent, qui s’entrechoquent et qui s’unissent au cœur de ce ballet sans fin.
Anna Zerbib raconte ici la douleur. Celle qui naît de la beauté d’une rencontre, celle qui s’installe dans chaque pli du cœur, celle qui s’épanouit dans tout le corps, celle qui meurt laissant ce sentiment d’un abandon unique.
Elle s’est installée à Montréal et a reprit ses études. Le premier hiver a laissé cette trace indélébile, la mort de sa maman. Une maman fantasque, bipolaire, dépressive qui était le cœur de toute sa vie. Un premier hiver rude, le plus marquant. L’hiver a pris son cœur, son corps, sa tête et le dégel n’est toujours pas terminé. Elle avance pas après pas, les souvenirs bons comme mauvais surgissent ici et là tels des madeleines de Proust. Venue étudier la littérature américaine à Montréal, elle passe son temps à écrire, à user sa plume. Alors en couple, l’irrésistible attirance pour cet homme du balcon supérieur, lui tombe dessus. Une sacrée tuile qui va bouleverser son monde, sa vie, son corps, son âme. Artiste maudit, lui, vit au rythme de ses contrats, de ses pérégrinations, de ses envies, de ses désirs. De vingt ans son aîné, il ne veut plus aimer, juste assouvir ses envies. Pas de relation, pas de promesses, juste des après-midi sans lendemain, sans rien, sans avenir. Sans mot inutile, sans fioriture.

 

Un deuxième hiver qui s’ouvre sur l’éternité des sentiments toxiques, uniques. Elle sombre, s’accroche à ses SMS promesses d’un nouvel après-midi merveilleux. Boulimique, elle attend. Elle dévore son corps décharné. Elle vomit l’insuffisance, le manque. Le corps se figeant peu à peu dans le froid, la glace dans une attente interminable d’un plus utopique. L’hiver se saisit de cette douleur lancinante, l’apprivoise, la façonne et quand le dégel s’annonce, elle surgit anéantissant le peu, le désir, la croyance à cet autre.

 

Anna Zerbib signe un premier roman d’une qualité rare. Si le scénario est quelque peu simple, j’ai fortement apprécié sa plume, son écriture. Elle puise la douleur, se l’approprie et la relate d’une manière touchante et émouvante. Une lecture dont j’ai savourée chaque phrase me laisser baigner dans ce froid insidieux et douloureux, attendant que l’engourdissement s’envole et catapulte les esprits. Un  roman puissant où la reconquête des corps et de l’âme offre le sublime dans la noirceur.

 

Une roman que je vous invite à découvrir !

 

Une chronique de #Esméralda

DANSE AVEC LA FOUDRE, un roman de Jérémy Bracone.


Figuette est ouvrier et père célibataire de la petite Zoé depuis que sa femme, Moïra, imprévisible et passionnée, a fugué. L’été arrive et l’usine qui l’emploie menace de fermer, il n’aura pas les moyens d’emmener sa fille en vacances comme il l’avait promis.
Pour séduire Moïra, il avait été capable des plus belles folies. Pour la reconquérir et ne pas décevoir sa fille, il va aller encore plus  loin.
Entre drame et comédie, solidarité ouvrière et passion amoureuse, Danse avec la foudre est un premier roman poétique et révolté.

Voici un roman qui dégage ce quelque chose d’immersif et de passionnant. Une aura où sensibilité et réalité s’acoquinent dans ce dédale d’espoir et de faux semblant.
Moïra est partie comme ça, en un claquement de doigt plus rien. Pourtant cela couvé depuis des mois et des mois. L’irrésistible attraction de la vie, appât indéniable de la liberté, de la folie. Zoé a perdu sa maman, seul le téléphone, miroir fantasque d’un amour toujours présent.
Figuette a toujours connu la cité et l’usine. La petite Italie est sont territoire, le café sa maison. L’enfance, l’adolescence et sa vie d’adulte se déroulent sur ce tapis usé par ces vies travailleuses. Les copains et la copine qui deviendra sa femme et puis la routine, l’impuissance d’une vie meilleure, celle courbaturée par le travail à la chaîne, l’insécurité, les lendemains sans lendemain. Figuette n’est ni un mari ni un père extraordinaire. Il fait comme il peut, même si la fuite vers le café est l’ultime facilité. Et voilà qu’il se trouve seul avec cette fille qui va apprendre à connaître et à aimer davantage. La faire rêver malgré sa promesse de vacances est devenu son ultime but.

 

Jérémy Bracone est un grand orateur et faiseur d’histoire. Un roman qui dépeint avec cette facilité les drames et le moments inoubliables. Roman sociétal, roman usiné à la force de ces personnages pris dans les filets d’une vie usante où l’avenir n’a le goût que de l’amertume. Un roman où l’espoir se construit à la force des mains et des bras. Un roman aussi noir qu’une cave peut receler tout un trésor d’imagination. Un roman qui transporte, qui fait bondir le cœur. Un homme, une femme, une enfant embrigadés dans le tourbillon inévitable de ces destins prédestinés.

 

Jérémy Bracone façonne une réalité emprunte par sa poésie à la fois grave, méticuleuse et surtout bienveillante. Qu’il est bon de se laisser porter par se mots et d’en mesurer toute leur importance. Qu’il est bien de s’attacher à cette innocence pure et insouciante d’un monde sans crainte. Qu’il est fier celui qui ressortira de cette épreuve transformer.

 

Un roman qui m’a littéralement transportée. Pas de coup de foudre, mais un moment magique et inoubliable au côté de Figuette et de Zoé. J’ai beaucoup apprécié, l’immersion dans cette vie faite de tout et de rien. Une ambiance à la fois morose et qui d’un seul coup peut se révéler majestueuse, magique. Des personnages si proches de la réalité. Loin de la caricature, Jérémy Bracone à su me séduire avec une histoire touchante et bouleversante.

 

Une chronique de #Esméralda

GRAND PLATINUM, un roman de Anthony van den Bossche.


Louise a fondé une petite agence de communication. Elle est jeune et démarre une brillante carrière, malgré les aléas du métier, liés en particulier à son fantasque et principal client, un célèbre designer , Stan. Elle doit aussi jongler avec les fantasmes déconcertants de son amant, Vincent. Mais elle a autre chose en tête : des carpes. De splendides carpes japonaises, des Koï. Celles que son père, récemment décédé, avait réunies au cours de sa vie, en une improbable collection dispersée dans plusieurs plans d’eau de Paris. Avec son frère, elle doit ainsi assumer un étrange et précieux héritage.

 
De tous les livres de la sélection, c’est celui-ci que je redoutais le plus. Parfois cela se tient à la couverture et à la quatrième de couverture auxquelles je suis très sensible. Je me suis laissée quelques jours, le temps de digérer cette lecture et de voir si quelque chose en immergé. A mon grand désarroi, mon pressentiment s’est avéré être le bon.
Dans mes lectures, j’aime ressentir le tourbillon des émotions celles qui vous font rire, crier, pleurer où qui vous tordent les tripes tout simplement. Si la plume d’Anthony van den Bossche est minutieuse et sans aucun doute talentueuse il m’a manqué cet aspect libérateur, fantasque des sentiments. A mon goût les personnages ne sont pas assez détaillés notamment dans leur psychologie. On s’arrête à ces premières émotions qui effleurent les personnages : le ras bol, l’urgence, l’empressement, l’asociabilité. De grandes lignes qui auraient mérité de plus amples développements. Tout le côté psychologique est mis à l’écart, à mon grand regret. Des personnages secondaires qui font office de plante verte dans ce décor où justement la raison et l’action ont lieu d’être. Le personnage de Stan, victime de l’égoïsme, de la mondialisation et du capitalisme, se laisse déborder au point de péter une durite. Mais en quoi cela sert l’histoire ? Au contraire les vieux amis du père de Louise, Le Maire, Mehdi et Jean, sont peu présents. Une histoire à deux vitesses à laquelle j’ai vraiment eu du mal à m’accrocher. Je n’ai pas su voir la symbolique ni la la moralité. Mais peut-être n’étaient-elles pas présentes ? Et cela m’embête, une histoire pour une histoire ne m’intéresse pas. C’est toujours très difficile d’exposer son avis mitigé. Mais le fait est là, je ressors de cette lecture avec cette impression d’être passée complètement à coté.

 

Je terminerai sur le seul point positif de ma lecture et qui a sauvé les pots cassés. J’ai beaucoup apprécié ces chapitres qui nous plongent dans le passé, relatant les souvenirs d’enfances de Louise et de Vincent, ainsi ceux qui sont à l’origine des carpes Koï qui se promènent dans les plusieurs plan d’eau de Paris.

 

Une histoire où l’amour et l’amitié sont au cœur d’une aventure extravagante.

 

L’avez-vous lu ?

 

Une chronique de #Esméralda

IL EST JUSTE QUE LES FORTS SOIENT FRAPPES, un roman de Thibault Bérard.

Offrez-moi ça, d’accord ? Ces heures qui vous gavent de vie, qui vous arrachent des flashs grelottants sans prévenir.

Ces heures où j’ai enfin eu 20 ans.

La suite est nettement moins rigolote, alors …


 
Lorsque Sarah rencontre Théo, c’est un choc amoureux. Elle, l’écorchée vive, la punkette qui ne s’autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.
Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d’une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l’univers, à l’euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l’incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver. 
Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.
Un récit d’une légèreté et d’une grâce bouleversantes, entre rire et larmes, dont on ressort empreint de gratitude devant la puissance redoutable du bonheur.

Sarah et Théo, alias Moineau et Lutin, sont à eux deux l’explosion et l’expansion de leur univers. Une rencontre fortuite qui claque dans les airs tel le clap du réalisateur. Silence, moteur, ça tourne !

 

La légèreté, l’euphorie, l’aventure, les soirées, les virées, une vie à deux qui s’épanouit au rythme de leurs envies et désirs. Difficile d’apprivoiser moineau alors que lutin est émerveillé face à sa belle.
La vie cadencée, multi couleurs, folle, alléchante, fantasque, belle, si belle. Un bonheur pur. Et puis les plans sur la comète se profilent, un bébé ? Oui pourquoi pas ! Allons-y, soyons fous ! Simon puis une petite Camille qui surgit dans l’urgence de la situation. Trop tôt, trop rapidement, trop, trop dans la douloureuse séparation des corps qui ne voulaient pas encore se quitter. La raison ? Le cancer, le crabe, l’horreur … Il envahit son corps, trop soudain, trop vite, trop trop. Vivre ? Bien sûr qu’elle veut vivre même si l’ultime chance est mince, trop mince. La course s’engage. Frénétique, sauvage, asphyxiante, chaotique, cadavérique, puissante, explosive. Salvatrice ? Pour quelques années, le souffle reprend vie dans son corps décharné. Il rit, il pleure, il joue, il bout, il explore, il fascine, il se réjouit inlassablement au rythme d’une comptine qui ne s’arrêterait plus. Puis la rechute s’invite. Mordante, violente, cruelle. Sarah se voit mourir dans ce néant où elle ne sera plus là auprès de son lutin merveilleux et de ses enfants. Un lutin qui s’acharne à ne pas voir l’évidence. Ce déni salvateur qui lui permet d’avancer dans la fougueuse vie qui continue à tourner sans elle et sans lui perdu au cœur de cette dimension parallèle. L’évidence est là dès les premières pages. Pas de mauvaises surprises juste eux et leurs mots pour un destin, leur destin.

 

Respire ! Lire en apnée ce n’est pas l’idéal, je l’avoue. Mais il y a de ces livres dont le possible devient impossible. Thibault Bérard est un auteur extraordinaire. Un de ceux qui vous fait vivre et qui vous transporte au cœur du cruel au rythme des mots qui se veulent tour à tour enchantés, merveilleux et entraînants. Parler de la maladie est un pari délicat car il faut trouver le juste dosage pour éviter de tomber dans le pathos. Et Thibault Bérard est un excellent magicien. Peut-être pour le choix de son narrateur ? Un omniscient qui se souvient, découvre les moments volés, cachés et prescient. Peut-être grâce à ses personnages bien trop touchants, attachants, fantasques et humains ? Peut-être grâce aux émotions développés, aux cris de détresses, aux hurlements de l’injustice mais aussi à ses paris fous où l’espoir reste la seule échappatoire ? Peut-être grâce à cette plume qui virevolte entre les moments de grâce, de volupté et de rire et que même dans la noirceur la lumière vit toujours tant que la vie est là, battante ? Peut-être grâce à ce final qui n’en est pas un ? Un définitif, catégoriques, sans retour en arrière, sans espoir ? Peut-être parce que la mort n’est qu’une étape de la vie ?

 

Thibaut Bérard signe un roman magistral et majestueux où les mots puissent leurs forces dans la vie et dans la mort, éléments indissociables.

 

A découvrir absolument !

 

Une chronique de #Esméralda

 


NOS CORPS ÉTRANGERS, un premier roman de Carine Joaquim.


Quand Élisabeth et Stéphane déménagent loin de l’agitation parisienne avec leur fille Maëva, ils sont convaincus de prendre un nouveau départ. Une grande maison qui leur permettra de repartir sur de bonnes bases : sauver leur couple, réaliser enfin de vieux rêves, retrouver le bonheur et l’insouciance. Mais est-ce si simple de recréer des liens qui n’existent plus, d’oublier les trahisons ? Et si c’était en dehors de cette famille, auprès d’autres, que chacun devait retrouver une raison de vivre ?
Dans son premier roman, Carine Joaquim décrypte les mécaniques des esprits et des corps, les passions naissantes comme les relations détruites, les incompréhensions et les espoirs secrets qui embrasent ces vies.

NOS CORPS ÉTRANGERS fait partie de ces romans qui vous marquent dès les premiers mots, dès les premières lignes, dès les premiers paragraphes… pour vous capturer au cœur de cette cage qui n’est ni dorée ni majestueuse, mais qui grignote une part de vous à chaque page tournée. Carine Joaquim signe un roman d’une précision exquise décortiquant les méandres du subconscient, cette réalité silencieuse se camouflant de toutes et de tous.
Au départ, leur famille était à l’image parfaite. Des rires, des câlins, des moments de partage, des souvenirs à la pelle, ces moments indélébiles et magnifiques marqués à l’encre pour l’éternité. Au cours de cette histoire merveilleuse, l’un fauta l’autre sombra et ce petit bout de chou survécut. Les cris, les larmes, le corps qui lâche prise se délestant de son surplus cauchemardesque dans les toilettes. Et puis vînt ce temps où il fût le moment de recoller les morceaux, imparfaits collages qui ne tiennent guère que par l’espoir de jours meilleurs. Fuir les souvenirs, les douleurs, recommencer à zéro loin, loin, de tout. Une maison au cœur de la banlieue parisienne, le jardin bucolique, la dépendance, source de l’éventualité, un paysage bucolique où à sa simple vue, à humer cet air précieux, à écouter cette symphonie naturelle, devient le berceau de la renaissance.

 

Élisabeth, Stéphane et Maëva, y posent les valises. Élisabeth y croit un tant soit peu. Maëva déteste ses parents et Stéphane se coltine le RER.

 

Élisabeth panse son cœur, son corps, son âme peu à peu.
Maëva découvre l’hostilité des corps incontrôlables et la passion.
Stéphane se souvient de sa plus belle erreur, de sa plus belle valse des corps.

 

Au rythme entraînant, bousculant et impérieux, les corps se délitent, apprennent, se découvrent, dansent un ballet où le chaos silencieux surgira de sa boîte.

 

Carine Joaquim nous engouffre au cœur d’un roman puissant, nous entraîne dans ces intimités amputées, nous bouscule sur nos aprioris. Un roman intransigeant porté par une plume qu’il est tout autant. Un thème moderne mis en exergue par des personnages éblouissants, amers et captivants. Tableau parfaitement imparfait d’une esquisse sociale, conte moderne, où les corps deviennent ces étrangers, maîtres des maux et des préjugés. Un immense coup de cœur pour ce premier roman de Carine Joaquim qui a su me surprendre, et bien au-delà.

 

A découvrir absolument !

 

Une chronique de #Esméralda

SEPT GINGEMBRES, un roman de Christophe Perruchas.

Des dizaines de milliers d’articles et celui-là. Je le regarde, je ne le comprends pas tout à fait. Le logo, tout me semble absurde dans ce journal. Ces quinze secondes qui ont sorti tout l’air de mes poumons.


C’est un père attentionné, un manager toxique, un mari aimant, mais aussi un prédateur sexuel, un publicitaire exsangue, une victime des temps qui vont, un coupable sans aucun doute.
Il vit, on le suit, caméra à l’épaule, instantanés de ses maintenant, haïkus éclatés, qui vont nous révéler petit à petit l’ensemble de l’image, pixel après pixel.
Toutes ces zones grises sont autant de nuances qui finissent par constituer un visage familier : celui de l’époque.
Qui s’achève dans la chute d’un mâle blanc, quadragénaire, asphyxié par un système dont il est le combustible.
En véritable sismographe, Christophe Perruchas enregistre cet effondrement qui fait écho à celui d’un vieux monde à bout de souffle.

Christophe Perruchas signe un premier roman d’une beauté violente. Scènes courtes « en dedans – en dehors », deux visions d’un monde qui ne va pas à la même vitesse. Un « dehors » où prédateurs de cette société patriarcale, voraces de viandes fraîches que représente la femme, doivent porter haut son rôle d’homme. Scènes choquantes, intimistes, pensées nauséabondes, gestes déplacés, suite logique du formatage induit dés la naissance. Lui, la quarantaine, bien dans ses souliers, père aimant, mari formidable instagramé sous toutes les coutures.
Images sacrées qui reflètent la réussite, sociale et familiale, likées et émoticonées à outrance. Témoins de la recherche de réussite et approbation illégitime de la réalité des coulisses. Haut cadre dans le milieu de la publicité, l’image doit lui coller à la peau. Bel homme apprêté, graveleux à souhait et à outrance, il est difficile de le dénoncer. Une entreprise où les salariées sont respectées, du moins l’essai est à l’œuvre. Les mots déplacés, les gestes équivoques, les yeux baladeurs, le smartphone témoin silencieux et conscient, du geste de silencieux et illicite. Un mot de trop, un geste de trop, la photo de trop, et la corde se resserre.

 

 » En dedans », lieu solennel de fous mais où la paix règne en maîtresse. Plus besoin de penser, plus besoin de s’inquiéter, plus besoin de rien, se laisser porter par les médicaments, les balades, la chambre aseptisée et impersonnelle. Un monde où tout les possibles sont inimaginables, à souhait, à la commande, le clik & collect dans toute sa splendeur, rapide. Vivre en harmonie avec sa névrose, sans jugement, aucun. Ce monde, il le découvre, alors qu’il rend visite au frère de son meilleur ami. Un monde d’exil, terre de paradis.

 

Ton ferme, plume acérée, verve piquante, troublée par cette poésie intrigante surgissant dans ces moments inattendus. Une mouche, des textos, une balade en scooter, une controverse singulière, un piège. Un rythme effréné, le temps n’a pas le temps de se languir, toujours plus, toujours plus d’images de cet homme captif de ses envies non partagées et contrôlées. Un personnage non sympathique, antipathique,  mais pour qui je me suis posée de nombreuses  questions. Aurait-il été le même homme dans un autre contexte socio-culturel ? Son comportement est-il conditionné par le modèle patriarcal ? Y a t’il cette volonté de se défaire des codes régis par la masculinité ? Ou est-ce une forme de lâcheté, d’esquive ? Est-ce vraiment de sa faute ? A t’il été conditionné psychologiquement ? Des questions où les réponses n’apparaissent pas mais qui lancent le débat sur ce thème de sociologie. Alors que certaines avancées sont réalisées pour la condition des femmes au travail entre autre, j’ai cette impression qu’un pas en engendre deux en arrière. Alors que #MeToo résonne encore, ce roman trouve une place légitime.

 

Un roman que je ne peux que vous conseiller, pour sa justesse, sa mélodie aussi dramatique qu’elle soit et son sujet. Lecture à croiser avec DES HOMMES JUSTES de Jablonka.

 

A découvrir absolument !

 

Une chronique de #Esméralda