Nous, les magnifiques de Julie de Lestrange

Littérature française contemporaine – Sortie le 21 avril 2021
Editions Mazarine

Ma note : 4/5 mention lecture « doudou »


Avant de commencer, je tiens à remercier les éditions Mazarine qui, via une masse critique Babelio, m’ont confié ce roman en service presse.

Résumé : Ensemble, envers et contre tout.
Alexandre a réussi.
Il partage son temps entre son métier, sa famille, et des projets qui fourmillent.
Dans cette course effrénée, il ne voit pas que son monde se délite, petit à petit.
C’est l’histoire d’un homme qui pensait tout connaître de l’existence.
C’est aussi l’histoire de Marco, Claude, Anouk, et Sophie.
Des amis que l’on garde pour la vie,
Et de nos défaites, dont jaillissent les plus grandes espérances.


L’avis de #Lilie : Quelle joie de revoir Alexandre et toute la bande. Telle une bande de copains que l’on prend plaisir à revoir régulièrement, je me suis lancée avec joie et enthousiasme dans la lecture de ce nouveau roman….. mais j’ai ressenti un petit pincement au cœur au moment de leur dire au revoir car la boucle semble bouclée.

Nous retrouvons donc Alexandre et Sophie, dix ans après « Danser encore« . Ils sont partis vivre en province, leurs enfants, Nathan et Juliette, ont bien grandi et comme tous les couples, la routine semble avoir raison d’eux. Dans le même temps, Alexandre apprend que son père vient de refaire sa vie mais sa nouvelle belle-mère n’est pas « celle » qu’il attendait. Quand Sophie perd son boulot, tout bascule, sa vie qui semblait toute tracée n’est plus si « évidente ». Dans quelle direction la vie d’Alexandre va-t-elle basculer ? Acceptera-t-il les changements qui s’imposent ? Son couple peut-il survivre à cette crise ?

Ici, nous suivons principalement Alexandre car il est vrai que c’est sa vie à lui qui bascule dans cette histoire. En quittant Paris, il a tiré un trait sur sa carrière de journaliste et a monté une entreprise avec Damien, un autre passionné comme lui. Depuis, il se donne corps et âmes pour sa boîte et se repose beaucoup sur Sophie pour la gestion du quotidien. Mais quand cette dernière traverse une épreuve et change son comportement, Alexandre va devoir admettre qu’il doit, lui aussi, s’impliquer dans sa famille et dans son couple. Sophie est à un tournant de sa vie. La non-reconduction de son contrat va avoir un effet dévastateur sur elle. Elle va remettre beaucoup de choses en cause et s’interroger réellement sur le sens à donner à sa vie. On voit beaucoup moins Marco et Anouk. Néanmoins, ils sont toujours là, en toile de fond, présents pour nos deux « héros ». Par contre, on voit beaucoup plus Claude, le père d’Alexandre et Anouk, que l’on avait découvert dans le tome précédent. Lui aussi est à un tournant de sa vie et j’ai aimé suivre cet homme qui, à la retraite, décide, enfin, de profiter de la vie.

Ce roman m’a fait l’effet d’une lecture doudou. Vous savez, ce sont ces histoires réconfortantes où on rencontre des protagonistes authentiques, attachants, qui pourraient être nos amis, nos cousins ou nos voisins. Le fait de les retrouver après autant d’années est aussi une manière de se rassurer. La plume de l’autrice est toujours aussi efficace et une fois la lecture entamée, difficile de voir les pages se tourner. L’intrigue est assez banale, car elle parle de situations pouvant arriver à toute personne autour de la quarantaine, mais au final, on a envie de savoir si tout va bien se passer. L’autrice aborde des thèmes difficiles tels que la répartition des tâches dans la famille, l’adolescence, le changement de vie et, une nouvelle fois, le deuil. Contrairement à ce qu’on pourrait craindre, ce tome 3 n’a pas de goût de réchauffé, j’ai pris beaucoup de plaisir à le découvrir et je regrette de l’avoir déjà terminé.

Pour conclure, « Nous les magnifiques » est une belle occasion de suivre de nouveau des personnages qui ont évolué sur trois tomes et quelques décennies. A voir si l’autrice aura envie de prolonger, encore un peu, les aventures d’Alexandre, Anouk, Sophie et Marco ou si elle va les laisser vieillir en paix….. seul l’avenir nous le dira mais personnellement, je leur ai dit « au revoir » avec tristesse, comme si je quittais des amis que je prenais plaisir à retrouver régulièrement.

Retrouvez ce roman sur le site des éditions Mazarine

Retrouvez ci-dessous mes avis sur les tomes précédents :

hier encore       danser encore

VERTIGES, un roman de Fredric Gary Comeau.


Ils sont huit. Huit personnages engagés dans un chassé-croisé qui aura pour théâtre Moncton, Montréal, New York ou Santa Fe. Parmi eux, Hope Fontaine, jeune femme sans attaches qui porte paresseusement sa quête : sa mère, férue d’astrologie, l’a en effet convaincue de partir à la recherche d’un poète acadien dont elle a trouvé le recueil dans le désert du Nouveau-Mexique. « C’est l’homme de ta vie », croit-elle. Un attentat dans une gare parisienne, un vieil homme qui retrouve le guerrier en lui, des artistes qui effacent et refont le monde, et puis l’amour, sous des formes parfois étonnantes… Il y a tout ça dans Vertiges, un roman dont le dénouement ne laissera personne indemne.

Un grand merci à Babelio et à leur masse critique privilégiée qui m’a permis de découvrir une toute nouvelle maison d’éditions et l’un des deux premiers romans édités par leur soins.

 

Si je devais résumer VERTIGES en un seul mot, j’utiliserai flamboyant. Un roman qui a su me séduire par un style atypique, une plume acérée, mélancolique, violente, intrusive, intimiste et musicale.
Huit personnes, huit artistes dans l’âme, poètes, peintres, rêveur, génie incompris, tous dans le mouvement perpétuel de trouver leurs propres chemins, leurs destinées, leurs voies, leurs vengeances. Huit personnes attirées par la beauté multiple des couleurs, des corps aimants, des mots, des rythmes effrénés, des vents changeants. Huit personnes sur le chemin cabossé de leurs chois, de leurs envies et de leurs espérances. Huit personnes poussées par la décadence du vertige celui qui aspire dans les méandres de l’âme, celui qui élève vers le renouveau, l’espérance. Amour, douleur, émancipation jalonnent les vallons, les falaises abruptes de ces vies parachutées dans une immensité hypnotique de la quête.

 

Paru en 2013 au Canada, VERTIGES débarque en France. Fredric Gary Comeau, avant tout musicien, propose ici un premier roman où la musique a toute son importance. Un style unique empreint d’un rythme tour à tour suave et infernal. Des chapitres très cours où l’intention est brute de décoffrage sans artifice, simulacre. Chapitres après chapitres, fenêtres entrouvertes sur un des huit personnages, l’histoire se construit, s’empile page après page vers un dénouement que je qualifierai d’inattendu et de pittoresque. VERTIGES m’a donné le vertige de l’immensité et de la petitesse du monde qui se croise et se décroise au rythme des avancées, de ces pas qui avancent ou reculent, tapent furieusement, battent le pavé, le tempo langoureusement. Vitesse accrue de ces vies baladeuses et baladées par les inepties d’une vie foldingue.

 

A découvrir absolument sans avoir peur de dépasser vos limites !

 

Une chronique de #Esméralda

#TOUSDEBOUT, un roman ado de Agnès Marot et de Cindy Van Wilder.


D’un côté, il y a Anton, un jeune homme banal en apparence. Pourtant, le soir, il se cache derrière le pseudo de Gossip Boy pour jouer les justiciers sur Tumblr (et balancer les pires ragots du bahut). De l’autre,il y a Méloée, une jeune fille passionnée et pleine d’énergie, qui craque sur Rahim, le petit nouveau au lycée.
Sous ses airs de garçon sans histoires, le mystérieux Rahim se retrouve vite au centre de toutes les atten- tions. Surtout lorsqu’Anton découvre qu’il est sans- papiers… une révélation de choix pour Gossip Boy ! Plus croustillant encore, ce dernier tromperait la pétillante Méloée avec Mathis….
Bientôt, les événements prennent une tournure qui les dépasse. Rahim sur le point d’être expulsé, les élèves doivent mettre leurs différends de côté pour faire cause commune. Avec Méloée en tête de cor- tège, le lycée devient un territoire de lutte. Barricadés derrière les grilles, tous lèvent le poing pour défendre Rahim. Dans cette cohabitation forcée, les langues se délient, les secrets éclatent au grand jour. Pourtant, pour la première fois, chacun doit affirmer haut et fort ses valeurs. Jusqu’où seront-ils prêts à aller pour défendre leurs idéaux ?

Je n’avais pas prévu aujourd’hui de vous livrer mon avis sur ce roman qui fait polémique sur la blogosphère. Des outrés et des conquis se battent la part du steak. J’aime me laisser du temps entre la fin de ma lecture et le moment où j’écris mon avis, mais j’ai eu beau réfléchir, voici une lecture qui m’a complètement laissée coite, voire perdue, voire indécise. Je n’ai pas détesté. Je n’ai pas adoré. Pas assez de développement et trop d’éléments non essentiels développés. J’avais complètement craqué pour la couverture audacieuse et surtout dans l’air du temps, mais l’histoire est loin de m’avoir conquise.
Ceci n’est pas l’histoire de Rahim, immigré Iranien, installé en France depuis deux ans avec son papa. En Iran il a abandonné sa mère et ses sœurs et surtout ses rêves. Une fuite précipitée au lendemain d’un événement qui est considéré comme impur sur ses terres et condamné à mort. Il est devenu le silence, se fondant au plus près des mœurs de sa terre d’accueil. Se cacher, il sait le faire.

 

Mais ceci n’est pas l’histoire de Rahim. C’est celui de ce jeune homme un peu timide et introverti qui est pris au piège entre révélation et action. Un étau qui se referme davantage quand ses amis décident de bloquer le lycée en son nom, en sa liberté, en ce qu’il est. Rahim devient le symbole d’une communauté et de tous ces immigrés en attente de régularisation. Loin du discours politique il s’infiltre tout de même entre les lignes et c’est une prise de position agaçante que je n’aime pas retrouver dans mes lectures. Même si ils ne sont pas nommés, il est facile de reconnaître les mouvements de l’extrême droite ou les Black bloc où homophobie, racisme sont les vecteurs de leur haine. Est ce que les auteures ont voulu dénoncer cela ? Si c’est le cas, leur mise en avant est totalement incongrue et fragile.

 

Dans ce roman il y a beaucoup de choses et de personnages auxquels il est difficile d’éprouver de l’empathie. Anton est ce jeune homme mal à l’aise dans sa peau et qui en veut à tout le monde. Un père roumain un peu trop soupe au lait qui aime s’occuper du foyer, une mère peu visible, une sœur qui adule sans restriction une tante à la tête d’une association qui aide les immigrés. Une tante qui aime le paraître et se mettre au devant des faits. Il lui manque un zeste d’humilité pour pouvoir l’aduler. Pourtant si Anton la déteste, il prend le même chemin. Dénonciateur, « GossipBoy » lui sert de vitrine malsaine sur la vie au sein du lycée. Ces posts Tumblr (je ne sais même pas ce que sait !) sont d’une violence malveillante où les humiliations défilent. Est ce un moyen efficace de parler des problèmes de notre société ? Le dialogue est loin d’être installé, car si les fans adorent ces clashs, l’effet de groupe est dévastateur. Où est le respect d’autrui ? Méloée est quant à elle, la jolie fille qui ne fait pas de vague, amoureuse de Rahim. Alors qu’elle n’ose pas émettre ses opinions, il aura suffit d’un post de GossipBoy et d’une vidéo dénonçant la situation de Rahim pour qu’elle se transforme en « déesse vengeresse et justicière ». Méloée a le charisme pour porter à bout de bras tout un groupe et à l’allier à une cause commune. Alors oui elle est superbe, la caricature parfaite d’une jeune femme qui se révèle féministe assumant avec parcimonie ses actions et ses conséquences. Serait-elle le symbole du féminisme dans toute sa splendeur ?

 

Je regrette beaucoup de scènes dans ce roman. Celle du dépucelage de Méloé dans les toilettes crades du lycée, non merci, sans façon. Une violence inouïe de la part de ces jeunes, c’est aberrant ! L’alcool qui coule à flot, euh c’est alarmant ! Rahim comme objet, non !

 

Si le fond de l’histoire est intéressant, tout le contexte l’est beaucoup moins. J’ai eu l’impression de me trouver au cœur d’une parodie de mauvais goût de quelque chose qui est sérieux et actuel. Ce lycée a l’allure d’un lycée catholique engoncé dans quatre murs ridicules et étriqués. Il n’y a aucune mixité, seul Rahim apparaît comme l’étranger au milieu de tous ses blancs.

 

Alors oui l’histoire aurait pu être sensationnel mais tout le contexte la rabaisse à un récit de mauvais goût où l’immigration est mis au cœur d’une histoire tirée par les cheveux et où la violence est bien trop présente. Je me pose cette question cruciale : #TousDebout est-il le reflet de notre jeunesse partagée entre idéaux héréditaires et malfaisants et conviction malmenée ?

 

A vous, de vous en faire une idée !

 

Une chronique de #Esméralda

Mayfly’s Partners, tome 1 : Nouveau Départ de Marie Anjoy et Laureline Roy

Romance contemporaine – Livre sorti le 8 janvier 2021
Editions So Romance

Ma note : 3.5/5 mention « bonne découverte »


Avant de commencer, je tiens à remercier les éditions So Romance et Babelio pour l’envoi de ce roman dans le cadre d’une masse critique.

Résumé : De prof de sport à escorte, Olivia a sauté le pas ! Mais est-elle de taille à affronter cette nouvelle vie ?
Olivia ne s’en est jamais cachée : elle aime les histoires sans lendemain. Si ces liaisons fugaces lui procurent un sentiment de liberté et d’exaltation, son travail de coach sportif, en revanche, ne la fait plus vibrer. Sur un coup de tête, elle quitte donc son emploi à la salle de sport et entreprend de créer une agence d’escortes. Elle entend ainsi monnayer la compagnie d’hommes et de femmes raffinés et, au passage, redonner un peu de piment à sa vie. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Olivia en parle autour d’elle et l’information circule. Alex, Amina, Emmanuelle et Charlène ne tardent pas à rejoindre l’aventure… ⠀
À travers les yeux des escortes de l’agence Mayfly, Marie Anjoy et Laureline Roy livrent dans ce premier tome une histoire surprenante et palpitante. Au programme : amitiés, passions, secrets et… amours…


L’avis de #Lilie :
Ce que j’aime dans la lecture, c’est être surprise. Ici, nous en avons un très bon exemple car en lisant la quatrième de couverture, je m’étais fait mille scénarios dans la tête et pourtant, je ne m’attendais pas du tout à ce que j’allais découvrir….

Nous faisons donc connaissance avec Olivia, une femme qui n’a pas la langue dans sa poche et qui n’entend plus se laisser dicter sa conduite par qui que ce soit. Ainsi, quand son patron décide de repousser, sans même la consulter, ses congés, elle prend ses cliques et ses claques et elle démissionne sur un coup de tête. Un concours de circonstances l’amène à avoir l’idée de monter son agence d’escort et elle recrute des amis, Alex et Marie-Sophie, qui vont eux aussi ramener des personnes susceptibles de se lancer dans l’aventure. Mais ce projet fou est-il viable ? Sont-ils prêts à tout pour leur boîte ? Cette nouvelle aventure professionnelle ne va-t-elle pas bouleverser leurs quotidiens et leurs certitudes ?

Olivia est une héroïne un peu badass : elle a son caractère, une liberté sexuelle totalement assumée et quand elle a une idée en tête, il est compliqué de la faire changer d’avis ! Cette quadragénaire est bien décidée à mener sa vie comme elle l’entend et à se prendre en main. Exigeante, elle le sera avec ses recrues et elle prendra activement part à leurs recrutements et leurs formations. Sa meilleure amie, Marie-Sophie, est empêtrée dans un mariage qui l’enferme dans son rôle de mère et de gestionnaire de la maison. En acceptant d’aider administrativement Olivia, elle donne un grand coup de pied dans son quotidien monotone et sera aussi la voix de la raison pour son amie. Alexandre est le seul homme de l’agence. Infirmier, sexy à souhait, il est marié et va accepter de suivre son amie Olivia même si cette décision ne va pas le mettre dans une situation très confortable. C’est malgré tout un homme de principe, sur qui on peut compter et prêt à tout pour ses proches. Il va amener Amina, une hôtesse de l’air clouée au sol et qui a envie de pimenter son quotidien. Enfin, on découvre Emmanuelle, une prof un peu déçue par la vie et qui voudrait se lancer de nouveaux défis, et Charlène, une amie à elle qui n’a pas fini de nous étonner.

De mémoire, c’est le premier quatre mains que je lis. Honnêtement, je tire mon chapeau aux autrices car l’intrigue ne manque pas de piment et tout est fluide. Quand on commence la lecture, on a bien du mal à s’arrêter et les alternances de point de vue sont un vrai plus car elles permettent de découvrir tous les protagonistes et de mieux les identifier. Il y a peu de scènes pimentées mais les allusions sont nombreuses et celles présentes font gentiment monter la température. J’ai aimé le caractère des personnages et leurs interactions. Le seul bémol pour moi, pour l’instant, c’est que je ne vois pas où les autrices veulent nous emmener… Néanmoins, ma curiosité a été piquée et je pense lire la suite quand elle sortira.

Pour conclure, ce tome 1 est une jolie découverte qui m’a réservé bien des surprises car je ne pensais pas du tout suivre un ensemble de protagonistes mais suivre seulement l’une d’entre eux. Un roman original qui mérite le détour.

Retrouvez ce roman sur le site des éditions So Romance

AFFAMÉE, un roman de Raven Leilani.

Non, c’est juste qu’il y a parfois des heures grises et anonymes, comme maintenant. Des heures où je suis désespérée, affamée, des heures où je sais comment une étoile devient du vide.


Un premier roman aussi sulfureux que dérangeant
Edie, jeune Afro-Américaine, a décroché un poste dans l’édition, mais il semble toujours y avoir quelqu’un de plus respectable ou de plus  » blanc  » prêt à prendre sa place. Côté sexe, sa vie est assez débridée, mais sentimentalement les résultats ne sont guère satisfaisants. Or voilà qu’elle rencontre – par Internet – Eric, un homme blanc plus âgé qu’elle, avec qui elle entame une aventure aussi torride qu’ambiguë.
Elle fait bientôt la connaissance de son épouse, qui lui propose de venir habiter chez eux pour s’occuper de leur fille adoptive, une adolescente afro-américaine un peu perdue dans ce milieu huppé.
La cohabitation – floue, sous tension – va exacerber les conflits latents, et générer des situations pour le moins inhabituelles, sur fond de séduction et d’incompréhension.
Avec ce premier roman aussi sulfureux que dérangeant, Raven Leilani dresse un tableau acerbe des liens sociaux et raciaux dans l’Amérique contemporaine, où tabous et fantasmes mènent la danse.

 
AFFAMÉE étonne, subjugue, indigne, offusque. Pas de demi-mesure avec le premier roman de Raven Leilani, on aime ou pas. Tous les avis se mettent pourtant d’accord sur le talent de l’auteure.
Pour ma part j’ai adoré et je vous explique pourquoi.
Edie porte en elle un douloureux héritage. Telle une malédiction qui se transmet, elle n’y échappera pas malgré toute sa volonté. Un vide, un abysse où l’amour s’y écoule, s’y noie. Un manque viscéral qui ne sera pas comblé par un père ou la religion. Alors Edie grandit comme elle le peut, développant un certain intérêt pour le sexe, mirage acceptable où l’amour semble y prendre racine. Elle aime les corps, la sueur, la violence, ces blessures qui la font vivre dans un monde où l’absence est bien trop présente. L’attention, l’inattention brutale de ces échecs qui s’accumulent. Edie court après tout cela. Un semblant attentif à ses désirs, à ses caprices, à ses rêves. Une noire défaillante dans un monde où le « noir » doit survivre. Edie, guerrière à l’allure maussade, désabusée, avide de croire à la vie, à l’amour toxique, à l’amour tout court, court après cette chimère qui prend, alors, la forme d’Eric. Quarantaine, pas franchement beau, pas franchement laid, il a le bagou, le goût de l’interdit, le goût de l’audace, le goût où le tout devient possible. Irréalité qui dure des semaines se transformant tel le carrosse de Cendrillon, la réalité a souvent un goût amer de désillusion.

 

Edie s’immisce dans la vie d’Eric et de sa femme qui l’encourage à s’installer dans leur maison. Un tableau inédit et grotesque où l’appropriation de l’identité fait figure d’un mauvais jeu de rôle. Edie récure chaque centimètre de la maison, laissant ici et là sa trace, son emprunte, et chapardant ces objets inutiles. Deviendrait-elle blanche ? La femme quant à elle, observe maladroitement d’une envie malsaine et nauséabonde. Humiliation ultime de l’intimité, Edie devient un objet de fantasme qu’elle décortique minutieusement, autopsie du vivant. Blanc et Noir, confrontation silencieuse de deux mondes où tout les oppose, peinture caricaturale de la blessure sociétale. 

 

Désirs, envies mortifères, passion, concupiscence, avarice, avidité, égoïsme rythment une histoire hors norme portée par une plume talentueuse, vorace qui accapare le lecteur dès le départ. Elle scande, elle hurle la douleur et la passion émiettant les blessures, les espoirs et la réalité, déliant le vraisemblable au cœur des tourments. De longues énumérations et descriptions me faisant penser aux chants des esclaves. Si l’histoire et le scénario se veulent simple tout ce qui agrémente le récit a su me séduire. La force des mots, le symbolisme récurrent, une héroïne paumée au milieu d’un monde cruel et de ces manquements, l’agencement des scènes, l’ambiance particulière m’ont séduite. Une plume atypique qui sait jouer à la perfection entre la douceur et la violence portant à bout de doigts la réalité.

 

Je ne peux que vous inciter à vous faire votre propre avis, pour ma part cette première rencontre avec l’auteure fut merveilleuse.

 

Une chronique de #Esméralda

LES HOMMES VIRILS LISENT DE LA ROMANCE, une romance de Lyssa Kay Adams.


Une bière, un match, et une romance
Gavin avait tout. Une belle gueule. Une carrière au top. Une épouse dévouée et deux adorables jumelles. Pourtant, du jour au lendemain, Thea le fiche à la porte et demande le divorce. À l’entendre, il l’aurait terriblement déçue. Lui  ! Une légende vivante du base-ball, adulée par des millions de fans.
OK, Gavin s’est peut-être comporté comme un crétin égoïste, mais aujourd’hui il est prêt à tout pour sauver son mariage. Même à intégrer ce club ultra-secret dans lequel le traîne son coéquipier. Un club de lecture de romances, réservé aux mecs qui veulent mieux comprendre les femmes… Honnêtement, il a du mal à croire que ces histoires à l’eau de rose – pardon, ces «  manuels  » – puissent l’aider à reconquérir Thea. Mais puisque les autres ont pu sauver leur couple grâce aux conseils de «  Lord Benedict  », alors… qu’on lui passe ce bouquin, et vite  !

Ce n’est pas la couverture « too much » et trop kitch qui m’a emballée, mais bien et bel le titre et la quatrième de couverture. Il faut dire qu’associer les « hommes virils » et « romance » dans une même phrase interpelle. Vous conviendrez que souvent ils sont associés dans les romances dites « new adult ». A la lecture du résumé, il ne m’a pas fallu longtemps pour me dire que cette romance était faite pour moi. Connaissez-vous des hommes qui lisent de la romance pour reconquérir leurs femmes ? Pour ma part, aucun !
Thea et Gavin, c’est une histoire rapide. Coup de foudre dans un coffee shop et quelques mois après elle annonce qu’elle est enceinte de jumelles. Ni une ni deux, Gavin lui passe la bague aux doigts. Pour lui, il est évident que Thea est la femme de sa vie et que malgré la rapidité, il est sûr de ses sentiments. Thea est aussi raide dingue de lui et ne doute pas de ses sentiments. Gavin est un sportif de haut niveau. Le base-ball est toute sa vie et il est un des meilleurs. Sa vie est ponctuée par ses déplacements professionnels et les retours à sa maison où l’attend sagement sa petite famille. Un confort qui lui sied à merveille. Mais c’est bien connu l’amour se mérite et ce n’est pas parce qu’il est acquis qu’il vivra pour toujours. Au bout de 3 ans de cette merveilleuse relation, une goutte a fait déborder le vase. Une grosse dispute éclate. Quelque peu décontenancé et parce qu’elle lui demande de partir, la fuite est la seule solution envisageable. Depuis Gavin est au fond du trou, à creuser encore et encore afin d’éviter ce satané divorce. Difficile pour un homme de se remettre en question et d’imaginer qu’il est peut être fautif. Il peut compter sur ses potes qui l’embringuent dans une sorte de club de lecture réservé aux hommes qui lisent de la romance. Vous voyez le tableau, y a de quoi se marrer. A coup de persuasion et de tapes dans le dos, Gavin se lance dans cette expérience qui le laisse perplexe. Connaître les femmes et leurs attentes dans une romance historique et appliquer cela dans la réalité pour reconquérir sa femme. Il y a de quoi s’esclaffer en silence ! Alors quand il s’aperçoit que cela pourrait fonctionner, Gavin met les bouchés doubles. Il veut la comprendre, la chérir, l’aimer de tout son cœur. Alors tant pis si un Lord-Machin-Chose-Anglais lui souffle des répliques à faire craquer la demoiselle.

 

Thea est une jeune femme qui a toujours fait passer ses envies après celles des autres. Suivre Gavin, s’occuper des filles, mettre en parenthèse ses études, faire marcher une maison, voilà à quoi ressemble son quotidien. Elle le fait de bon cœur sans rechigner à la tache. Mais lorsqu’elle se rend compte que son mari est un aveugle face à la situation malsaine qui s’installe, Thea n’hésite pas une seule seconde à stopper l’affaire. Elle ne veut pas éprouver se sentiment de rejet qu’elle a du supporter étant enfant lors du divorce de ses parents. Avec force et caractère, elle s’affirme et ses propos sont écoutés. Le cœur brisé, elle veut à tout prix remettre du sens à sa vie et prouver que l’amour se cultive et qu’il n’est pas acquis.

 

Lyssa Kay Adams signe une romance de tonnerre. Déjà la thématique est atypique et le scénario est finement mené. Par moment elle s’égare dans la comédie où il est agréable de rire à gorge déployée. Nous sommes loin de ces romances où un homme et une femme se rencontrent et doivent surmonter de nombreux aléas avant d’être finalement heureux. La reconquête est aussi complexe que la création d’une histoire d’amour. Les protagonistes se connaissent et l’imprévu et la flamme se sont fait la malle. J’ai beaucoup apprécié l’histoire où se confrontent la détresse des personnages et leurs désirs immuables de se reconquérir. Une alchimie parfaite entre les deux amoureux qui offre des moments palpitants, douloureux et charnels. Et ce n’est sans compter sur les personnages secondaires qui mettent une pagaille monstre. Une histoire qui se lit d’une traite et avec cette envie féroce de connaître le dénouement. L’auteure offre une romance qui se veut complexe par les sentiments des personnages et agréable lors de ces moments hilarants.

 

Cela change des romances classiques tout en abordant l’amour avec pep’s et détermination. Un couple ordinaire et sans prétention qui vous charmera en un clin d’œil !

 

Une chronique de #Esméralda

LE BERGER, un roman de Anne Boquel.


Lucie est conservatrice d’un petit musée de l’Oise. Rien ne va vraiment mal dans sa vie, rien ne va vraiment bien non plus. Le jour où une amie l’embarque dans un groupe de prière, son existence prend une couleur plus joyeuse. Elle se sent revivre. D’autant que le Berger et maître à penser de la communauté lui fait intégrer le cercle restreint des initiés. Sans le mesurer, elle consacre bientôt toute son énergie à la Fraternité, négligeant son entourage.

L’incompréhension gagne ses proches, qui, désarmés, la voient s’éloigner d’eux. Mais, lorsqu’ils s’en inquiètent, leurs questions se heurtent au silence. Dans son désordre enfiévré, jusqu’où Lucie poussera-t-elle le zèle ?
Premier roman captivant, poignant portrait d’une jeune femme en plein désarroi, Le Berger dépeint sans complaisance la réalité sordide des mouvements sectaires, tout en s’interrogeant sur la quête de spiritualité dans nos sociétés individualistes.
Anne Boquel vit et enseigne à Lyon. Elle a coécrit avec Étienne Kern plusieurs essais remarqués sur la littérature et les écrivains.

Lucie n’a ni une vie exubérante ni merveilleuse. Elle vivote tant bien que mal entre son travail de conservatrice et son appartement. Côté sentimental, sa dernière relation bat de l’aile. Côté familial, la relation avec ses parents est instable, voire conflictuelle par moment. Elle n’a jamais sur trouver sa place. Lucie commence à s’ennuyer et tombe progressivement dans un accablement dont elle a du mal à immerger. Lucie n’est pas le genre de femme expansive et n’aime pas déblatérer sur sa vie monotone. Son amie et sa collègue du musée, Mariette, lui propose de participer à un groupe de prière.
Jusqu’à présent, elle ne s’est jamais questionnée sur la religion. Ni athée, ni pratiquante, ce domaine-là ne lui est pas familier. Cette première réunion se déroule dans un brouillard déconcertant. Décontenancée par l’étrange et mystérieux Berger, par l’engouement des fidèles, elle ne s’avoue pas convaincue mais pas non plus repoussée. La curiosité l’emporte, elle se rend ainsi aux autres rencontres. Puis une sorte de magie s’opère, les prières, la manière de vivre correspondent aux attentes de Lucie. Poussant l’introspection bien plus loin, elle intègre le cercle très fermé des fidèles. Ainsi commence la nouvelle vie de Lucie avec un regard nouveau sur ses attentes personnelles et morales. L’aide fraternelle, financière s’ajoutent à tout ses efforts. Peu à peu apparaît une Lucie décharnée, envoûtée par le Berger (voire amoureuse), manipulée et toujours poussée vers des limites innommables. Une chute cruelle où, seule, elle pourra s’en sortir.

 

Le sujet des sectes est largement répandu dans la littérature. Ce n’est donc pas la première fois que je l’aborde au cours de mes lectures. Anne Boquel propose un roman axé sur les émotions du personnage principal. Accentuée, la descente en enfer est insidieuse et véritablement bouleversante. Tous ces sentiments mis en exergue, reflètent l’état émotionnel et instable de Lucie. La frontière est réellement floue entre la manipulation psychique, l’enrôlement et la volonté propre due au libre arbitre de l’héroïne. Anne Boquel suit un schéma simple et terriblement efficace des quatre grandes phases de l’endoctrinement qui sont l’approche, la séduction, la persuasion et l’aliénation. Ces dernières sont remarquables tout au long du roman. Je sors de cette lecture terriblement mitigée. A mon sens l’auteure a survolé le sujet sans véritablement exercer un certain développement du personnage. J’ai eu cette impression de rester en surface du thème. Finalement il n’y a rien d’hors norme, d’atypique. La présence des parents est quelque mise de côté et le rôle masculin « du sauveur » n’apparaît qu’à la fin et encore minimisé. Un léger goût d’inachevé même si toutefois le personnage de Lucie est remarquable tout comme la mise en scène. Un scénario vraiment trop simple pour cette thématique conséquente. Mais souvent la simplicité suffit à faire réagir et à apprécier le sujet à un lecteur novice.

 

Une chronique de #Esméralda

LE VALLON DES LUCIOLES, un roman de Isla Morley.

Chargées de secrets et de désirs, leurs ombres sont plus gracieuses que des créatures célestes.


1937, Kentucky. Clay Havens et Ulys Massey, deux jeunes photographe et journaliste, sont envoyés dans le cadre du New Deal réaliser un reportage sur un coin reculé des Appalaches.
Dès leur arrivée, les habitants du village les mettent en garde sur une étrange famille qui vit au cœur de la forêt. Il n’en faut pas plus pour qu’ils partent à leur rencontre, dans l’espoir de trouver un sujet passionnant.
Ce qu’ils découvrent va transformer à jamais la vie de Clay et stupéfier le pays entier. À travers l’objectif de son appareil, se dévoile une jeune femme splendide, Jubilee Buford, dont la peau teintée d’un bleu prononcé le fascine et le bouleverse.
Leur histoire sera émaillée de passion, de violence, de discorde dans une société américaine en proie au racisme et aux préjugés.
Inspiré par un fait réel, ce roman est une bouleversante histoire d’amour et un hymne à la différence.

L’AVIS DE LILIE
Lorsque j’ai lu le quatrième de couverture, j’avoue avoir été très intriguée. Maintenant que j’ai terminé cette lecture, j’avoue que je ne pensais pas ressentir autant d’émotions et avoir autant d’empathie pour les différents protagonistes.
Nous faisons ici connaissance avec Havens et Massey, un photographe et un journaliste envoyés par une agence gouvernementale dans les Appalaches. Arrivés là-bas, ils apprennent l’existence d’une famille mise à l’écart car deux de leurs enfants sont bleus. Intrigués, les deux amis se rendent là-bas pour décrocher un scoop… Mais est-ce cela qu’ils vont découvrir ? Cette rencontre va-t-elle bouleverser seulement leurs carrières ou leurs vies entières ?

Quand ils arrivent dans les Appalaches, Havens et Massey sont au point mort au niveau professionnel. Tandis que Massey rêve de faire la une des grands quotidiens, Havens semble désintéressé par tout et il semble n’avoir plus aucune perspective….Sa rencontre avec Jubilee, la fille « bleue » va lui ouvrir les yeux et lui redonner un but dans la vie. Contrairement à Massey, il se contente de peu mais veut surtout vivre en accord avec lui-même. J’ai trouvé l’évolution de Havens assez intéressante car derrière son apparente indifférence se cache un homme observateur et préoccupé par les autres. Jubilee, elle, ne sait pas si elle peut faire confiance à cet inconnu avec qui elle se sent si bien. Échaudée par le regard des autres et par toutes les paroles entendues à l’encontre des personnes comme elle, elle a appris à se faire discrète et à se fondre dans le décor pour ne pas faire de vagues. Son frère Levi, très protecteur, atteint du même mal qu’elle, va lui aussi essayer de trouver sa place dans ce monde qui ne veut pas d’eux.
J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman. J’ai trouvé la plume de l’autrice très belle, poétique, et assez envoûtante. On est en totale immersion au creux du Vallon des Lucioles et j’ai beaucoup souffert au côté de ses habitants, pointés du doigts car coupables d’être différents. Ce récit dénonce les ravages du racisme et montre les dérives liées à la peur des autres et de l’inconnu. De tout temps, aux USA comme ailleurs, les personnes qui n’entrent pas dans les cases sont mises au banc de la société. Là, c’est encore une fois la couleur de peau qui dérange et qui effraie. L’autrice dénonce cela avec force et essaie de faire passer un message de tolérance à travers cette histoire assez incroyable et méconnue. Elle a ajouté à l’intrigue une romance qui m’a touchée même si, par moment, j’aurais aimé secoué les personnages pour qu’ils agissent, au lieu de trop réfléchir.
Pour conclure, « la vallon des lucioles » est une très belle découverte et je remercie chaudement Babelio et les éditions du Seuil.

 

L’AVIS D’ESMERALDA
Comment ne pas craquer en voyant cette couverture. De la douceur à profusion, ces petites lucioles traçant ce chemin, cette plume symbole de liberté également et d’emprisonnement. Premier roman traduit en France d’Isla Morley, LE VALLON DES LUCIOLES plaira à un grand nombre d’entre vous.

 

Direction les Appalaches, une petite ville qui se prénomme Chance, longeant la voie ferrée. 1937, nouveau Krach boursier de Wall Street, plongeant des milliers de gens dans la misère, et ces petites villes qui vivotent dans une ambiance ségrégationniste. Un contexte géo-politique non négligeable et qui met en lumière les mœurs des personnages.

 

Havens et Massey, deux acolytes roulant leurs bosses ensemble depuis quelques années déjà. Havens, photographe, a été primé par le célèbre prix Pulitzer et Massey, journaliste, écrit des piges ici et là sans véritablement percé. Envoyés par le gouvernement afin de dépeindre les habitudes des habitants vivant dans les territoires les plus reculés, ils prennent leur mission très à cœur. Un premier contact à chaud dans un bar miteux dévoile un surprenant événement « la chasse au raton bleu ». Intrigués les voici en quête d’informations concises. De fil en aiguille les voici sur un chemin poussiéreux à la recherche d’une communauté isolée qui pourra répondre à leurs questions. Un pas après l’autre, après s’être éloignés du chemin et certainement perdus, les voici face à une sublime créature. Une jeune femme bleue. Estomaqués, ébahis, ils la poursuivent, comme ces chiens affamés grognant derrière leur os. Malencontreusement, Havens se fait mordre par un serpent. La jeune femme cachée afin de les observer, vient à son secours. C’est ainsi qu’ils rentrent au sein de cette communauté surprenante.

 

En convalescence, Havens fait la connaissance de Jubilee, la jeune femme bleue. Totalement hypnotisé par la belle, au fil des jours, une jolie relation naît entre eux. Elle lui fait découvrir la nature et les oiseaux, escapades propice au renouveau et à la libération des chaînes entravant Havens. Lui, lui parle du monde extérieur. Deux belles âmes qui s’épanouissent à leur contact et qui désirent secrètement évoluer vers un autre chose. Alors que Massey se fait les crocs sur cet article qu’il désire faire paraître à leur sujet (du grand n’importe quoi), Havens découvre cet havre de paix. Et puis les vieilles querelles, des amours interdits, des non-dits, la colère et la haine, jaillissent sur le vallon laissant dans son sillage des traînées de sang, des cris et des larmes. La mort, l’abandon, la peur plongent la communauté au cœur d’un sombre avenir.

 

Jubilee est d’une douceur bienveillante, de celle que l’on aimerait côtoyer tous les jours. Sa couleur de peau est une énigme, voire une malédiction. Elle connaît les conséquences de son exposition, la méchanceté des gens, les insultes, les humiliations. Elle aimerait tant découvrir autre chose, sortir du vallon malgré les risques, se prouver que sa couleur ne la définit pas. Par un malheureux concours de circonstances elle va tout découvrir sur sa couleur. Une seconde vie s’offre à elle, mais sera t-elle toujours la Jubilee « bleue » qui aime virevolter dans la nature, soigner les oiseaux, et vivre dans l’insouciance ?

 

Isla Morley nous propose un roman où le thème soulevé par son histoire est encore et toujours aux États-Unis d’actualité. La ségrégation raciale fait toujours des ravages. Tiré d’une histoire réelle, Isla Morley empreigne ses mots d’une force à la fois magnifique et douloureuse. Une première partie latente afin de poser les bases de l’histoire et de mettre en lumière tous les personnages. Et une seconde partie totalement différente, où les émotions vous capturent sans plus vous lâcher avant le point final. Une légère touche de romance s’installe, adoucissant et contrebalançant la cruauté humaine. L’auteur insuffle cette lueur d’espérance au cœur des ténèbres et de la destruction. Un roman envoûtant tant par ses personnages que la thématique. Une histoire comme c’est si bien écrire les américain.e.s sur un sujet qui leur tient tant à cœur. La note atypique à ce roman est ce bleu mais dont je suis sûre vous allez tomber amoureux.ses. C’est le genre de roman qui a véritablement vocation à être adapté pour le petit écran.

L’ÉVANGILE DES ANGUILLES, un premier roman de Patrik Svensson.


C’est l’une des créatures les plus énigmatiques du règne animal. Omniprésente depuis la nuit des temps (dans toutes les mers du globe, dans la mythologie, la Bible, l’Égypte ancienne, la littérature et d’innombrables cultures de par le monde, du Japon à la Scandinavie en passant par le pays basque), l’anguille ne cesse pourtant de se dérober à notre compréhension.
Comment se reproduit-elle ? Pourquoi retourne-t-elle à la fin de son existence à son lieu d’origine, la mer des Sargasses, au large des Bermudes – où nul être humain cependant n’a jamais réussi à la voir ? Aristote croyait qu’elle naissait spontanément de la vase ; Sigmund Freud commença sa carrière en disséquant des centaines d’anguilles afin de dénicher leurs organes reproducteurs – en vain. Et aujourd’hui encore,  » la question de l’anguille  » demeure en grande partie irrésolue.

Patrik Svensson a passé son enfance à pêcher l’anguille, avec son père. La nuit, en silence, pendant des heures, ils attendaient de sentir vibrer le mystère au bout de leur ligne plongée dans les profondeurs des rivières et des lacs. Au point que cet animal, source de fascination autant que d’effroi, est devenu pour lui un totem – le symbole de tout ce qui demeure hors de notre portée, et à quoi pourtant nous accordons notre foi.

En mêlant la grande aventure scientifique, écologique, et le récit intime, L’Évangile des anguilles dévoile un pan de cet autre mystère, que chacun porte en soi : celui de nos propres origines et du sens même de la vie.

Voici une lecture qui aurait pu me plaire davantage. Patrik Svensson nous plonge dans la recherche de soi au travers des origines. Et pour cette quête, il va s’approprier d’une manière inattendue et surprenante la vie des anguilles. Poisson légendaire et mystérieux qui depuis la nuit des temps donne des sueurs froides à tout scientifique qui s’y pique. Un parallèle incongru mais qui doit avoir une certaine évidence que je n’ai malheureusement pas su voir ni comprendre.
L’anguille a une part très importante tout au long du récit intime que délivre Patrik Svensson. Elle devient ce symbole intergénérationnel, de souvenirs, de coutumes, d’un pays (la Suède). L’anguille devient l’emblème de la transformation, du mystère, de la fuite du temps, de la temporalité, de l’immortalité et de l’échec. Cet échec puissant qui se trouve dans la disparition définitive, la mort. Tout au long de son exposé argumenté et très bien documenté, Patrik Svensson interroge le lecteur sur l’idée de l’écologie, de la transformation de nos modes de vies et leurs conséquences inéluctables. Un discours alarmant qui tend à annoncer la fin de ce quelque chose qui fait peur.

 

La partie documentée est particulièrement fournie avec des références scientifiques de la Grèce Antique à nos jours. J’ai suivi tout ce parcours d’études qui prouve la ténacité des chercheurs mais qui en contrepartie dénonce leur impuissance face au grand monde. Riche en détails, le récit intime n’a pas la même profondeur. L’auteur ayant choisi de rester succinct dans son développement allant à quelque redondance.

 

Je suis arrivée à la conclusion que je suis passée littéralement à côté de ce roman. Je n’ai pas su me saisir de l’objectif de ce roman pour autant j’ai apprécié le côté documentaire. Un roman quelque peu rigide dans les différentes transitions et parfois redondant. Je ne connaissais point la grande odyssée de l’anguille me voilà maintenant imbattable à son sujet.

 

Un roman qui se laisse découvrir malgré tout !

 

Une chronique de #Esméralda

L’étoile du nord de D.B. John

Thriller – format poche sorti le 2 juillet 2020
Editions Pocket
Masse critique Babelio

Ma note : 4.5/5 mention « à découvrir »

 

Avant de commencer, je tiens à remercier les éditions Pocket qui, grâce à l’opération Masse Critique de Babelio, m’ont généreusement envoyé ce roman.

Résumé : Il y a des années, la sœur jumelle de Jenna a disparu subitement, soi-disant noyée. Mais lorsqu’une opération d’enlèvement nord-coréenne est déjouée, Jenna découvre la terrible vérité : sa sœur est vivante, et, à moins d’aller la sauver elle-même en Corée du Nord, elle ne la reverra jamais. Jenna va devoir laisser derrière elle sa vie confortable de chercheuse à Washington DC, afin de se faire recruter par la CIA.
L’Étoile du Nord de D. B. John est un thriller d’espionnage inoubliable et trépidant au sein de l’un des pays les plus dangereux de la planète.


L’avis de #Lilie : La Corée du Nord fait partie de ses pays que nous méconnaissons. Malgré les moyens de communication et d’informations dont nous disposons, cet Etat reste hermétique au reste du monde. Souvent diabolisé, qu’en est-il vraiment ? Ce roman est un bon moyen d’en découvrir certaines facettes et d’en apprendre plus sur ce qui peut se passer là-bas.

Nous faisons ici connaissance avec Jenna, une universitaire métisse, mi afro-américaine, mi coréenne. Elle souffre depuis de nombreuses années de la disparition de sa jumelle Soo-Min. Quand les services de renseignements américain lui proposent de rejoindre la CIA pour travailler avec la Corée du Nord, elle n’hésite pas longtemps, d’autant plus que le destin va lui envoyer des signaux la confortant dans ses intuitions. En parallèle, nous suivons Moon, une paysanne nord-coréenne qui tente d’améliorer son quotidien, dans la mesure de ses capacités, et Cho, un général haut placé dans l’organigramme du pouvoir. Que va découvrir Jenna au cours de sa mission ? Comment Moon va-t-elle s’en sortir ? Cho est-il prêt à tout pour s’élever dans les responsabilités ? Est-il lucide sur tout ce qui peut se passer dans son pays ?

Jenna est une jeune femme marquée par la disparition de sa sœur. Incapable de faire son deuil, elle reste persuadée qu’elle est en vie, quelque part en Corée du Nord. Obstinée, têtue, elle a un grand sens du devoir et a des valeurs familiales et d’honneur très développées. Perfectionniste, elle va tout faire pour mener ses missions à bien et pour agir pour le bien de son pays. Concernant Moon, on la découvre au fil des chapitres et on ne la comprend, finalement, qu’à la toute fin du roman. C’est une dame qui a vécu et qui, on le sent bien, ne fait plus vraiment confiance à son gouvernement. Elle est débrouillarde, courageuse et elle essaie de faire de son mieux même si elle doit flirter avec les limites de la légalité. Enfin, il y a Cho. Lui aussi, on met du temps à le cerner car c’est un protagoniste complexe, à multiple facettes, qui va évoluer tout au long de l’intrigue. Fort mentalement, il a été endoctriné par le régime en place mais il va se rendre compte que les apparences sont parfois trompeuses….

Ce roman est assez incroyable. Très documenté, il nous en apprend beaucoup sur certaines pratiques nord-coréennes et il nous éclaire sur ce pays dirigé par une dynastie communiste. Les descriptions sont nombreuses et permettent au lecteur de s’imprégner de l’ambiance qui peut régner là-bas. Certains passages font vraiment froid dans le dos tant ils semblent appartenir aux heures sombres de l’histoire. En effet, l’autoritarisme, la terreur, le culte de la personnalité et la pression sur la population sont monnaie courante, faisant de ce pays un véritable ovni dans notre monde ultra-connecté. Au fil des chapitres, nous naviguons des USA en Corée du Nord et nous suivons, alternativement, les trois protagonistes. Leurs chemins vont se croiser, se mêler et cela apporte du piquant à l’intrigue. Les rebondissements sont présents jusqu’au bout, ce qui attise l’intérêt du lecteur, mais c’est une lecture assez dense, qui exige toute notre attention.

Pour conclure, « l’étoile du nord » est une très belle découverte, que ce soit par tous les éléments apportés sur ce pays méconnu ou l’histoire développée. Venez découvrir ce thriller haletant, exigeant et passionnant !

Retrouvez ce roman sur le site des éditions Pocket