JAZZ A L’ÂME, un roman de William Melvin Kelley.


Ludlow Washington est né différent, aveugle. Abandonné à cinq ans aux mauvais traitements d’une institution, il endure les brimades jusqu’à ce que ses prodigieux talents de musicien lui offrent un ticket d’entrée dans le monde. Un monde auquel il n’est pas préparé, et où il doit apprendre la vie à tâtons. Il devient dès lors la propriété de Bud Rodney, le chef d’un orchestre qui se produit au Café Boone, à New Marsails, une petite ville du Sud.
Bientôt lassé par le répertoire limité et suranné de Rodney, Luddy emboîte le pas aux pionniers du Jazz et part à la conquête de la scène new-yorkaise, où il invente un nouveau son et devient vite une icône de l’avant-garde de Harlem. Mais la musique ne suffit plus à adoucir ses démons intimes. Désorienté par la mémoire de son enfance volée, meurtri par les trahisons amoureuses, Ludlow est hanté au point de vaciller.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Éric Moreau.

William Melvin Kelley dépeint avec une infinie justesse les tourbillons de la vie. La musique est ce témoin silencieux des aléas et des turpitudes qui s’enchaînent au cours de la vie qui ne lui a jamais offert de cadeau. Aveugle de naissance, le jeune Ludlow est placé dès ses cinq ans au sein d’un institut qui accueille les garçons du même profil.
Une période de sa vie où la maltraitance fait d’office de quotidien. Au delà de cela, il y apprend la musique et lorsque Ludlow joue c’est merveilleux. Un don qui l’alimente au point d’atteindre la perfection. Un don qu’il ne veut pas spécialement, mais il ne sait faire que ça, jouer de la musique. Alors il s’y applique avec générosité et patience. Les notes virevoltent dans ces ténèbres nuancées d’odeurs et de formes devinées. Ludlow grandit tant bien que mal. Un homme peu scrupuleux et chef d’orchestre le sort de cet endroit sinistre. Son quotidien change radicalement, une nouvelle vie. Ludlow découvre alors la ségrégation, les femmes, les choses de la vie. D’une naïveté touchante, Ludlow comprend vite que la société est un champ de mines et qu’à la moindre inattention, tout peut basculer dans l’horreur. Futé et intelligent, il tâtonne sur ce chemin de la découverte. Devenant ainsi un jeune homme sûr de lui, sa confiance en lui s’épanouit. Prenant son destin en main, il va s’émanciper et devenir le grand musicien.

 

Je découvre pour la première fois la plume de William Melvin Kelley. Un auteur qui a su me toucher en plein cœur. L’honnêteté résonne au sein de ses mots. Elle vrille le cœur et l’âme et c’est avec avidité que j’ai suivi la vie de Ludlow, cet homme au cœur tendre. La musique, mélodie quasi présente, est autant un appui qu’une malédiction. Enchaîné à ces notes, les sentiments sont une bourrasque déstabilisante. Peur de l’abandon, peur de l’attachement, sa construction sentimentale est bancale. Ses doutes et ses errances le plongent dans un long marasme dont il n’en sortira pas indemne.

 

Un roman puissant ! Une histoire hypnotisante ! Un Ludlow captivant. Héros d’une société à deux vitesses où la musique efface les différences et émeut. Une musique fascinante où la puissance des notes tentent de conjurer le sort.

 

A découvrir absolument !

 

D’autres lieux plus accueillants l’attendaient. Peut-être trouverait-il la petite église de quartier à laquelle il aspirait, ou bien une chapelle dressée au bord d’un chemin de terre dans le Sud, à peine plus grande qu’une cabane, fréquentée par une douzaine de fidèles, privée d’un orgue pour encourager leurs voix tremblantes et haut perchées à porter les mélodies de leurs cantiques. Un endroit comme celui–là aurait besoin d’un bon musicien.

 

Une chronique de #Esméralda

TOUTE UNE VIE ET UN SOIR de Anna Griffin.

 

 

[ LITTÉRATURE CONTEMPORAINE IRLANDAISE – Nouveauté 2019 ]
Traduction de l’anglais (Irlande) par Claire Desserrey
DELCOURT LITTÉRATURE
272 pages
Ma note : 5/5 mention « incontournable 2019 »
Lien Kindle
 

 

Le résumé :
Dans une bourgade du comté de Meath, Maurice Hannigan, un vieux fermier, s’installe au bar du Rainsford House Hotel. Il est seul, comme toujours – sauf que, ce soir, rien n’est pareil : Maurice, à sa manière, est enfin prêt à raconter son histoire. Il est là pour se souvenir – de tout ce qu’il a été et de tout ce qu’il ne sera plus. Au fil de la soirée, il veut porter cinq toasts aux cinq personnes qui ont le plus compté pour lui. Il lève son verre à son grand frère Tony, à l’innocente Noreen, sa belle-soeur un peu timbrée, à la petite Molly, son premier enfant trop tôt disparu, au talent de son fils journaliste qui mène sa vie aux États-Unis, et enfin à la modestie de Sadie, sa femme tant aimée, partie deux ans plus tôt. Au fil de ces hommages, c’est toute une vie qui se révèle dans sa vérité franche et poignante…
Un roman plein de pudeur et de grâce qui contient toute l’âme de l’Irlande.

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Aujourd’hui, les gens adorent parler. Dire ce qu’ils ont sur le cœur. Comme si c’était facile. Les hommes, en particulier, se font beaucoup reprocher de pas faire leur part dans ce domaine. Pour ce qui est des Irlandais… Crois-moi sur parole, ça s’arrange pas avec l’âge. C’est comme si on s’enfouissait toujours plus loin dans notre solitude. Pour régler nos problèmes nous-mêmes. Tous ces hommes assis seuls au comptoir, remâchant en boucle les mêmes pensées. Si t’étais à côté, fiston, tu entendrais rien de tout ça. Je saurais pas par où commencer. Dans mon cerveau, tout est clair, mais le clamer devant tout le monde, à quelqu’un d’autre ? On n’a pas été élevés comme ça. On nous l’a pas appris à l’école. Ni prêché depuis la chaire. Après on s’étonne qu’à 30, 40 ou 80 ans, on soit pas capable de s’y mettre.

 

Il est l’heure pour Maurice Hannigan de lever cinq fois le coude aux personnes qui ont fait de sa vie un long parcours paisible. Cinq toasts à cinq personnes qui lui sont le plus chères. Hannigan du haut de ses 80 piges, délivre tout au long de cette soirée mémorable, un long message touchant et poignant sur sa vie. En bon irlandais qu’il est, dévoilé ses sentiments, ses états d’âme, ses pensée les plus intimes, ses doutes, ses craintes et ses fous rires, est un sacré challenge.
 

 

Accoudé au bar qui a connu tant d’hommes esseulés, ivres, joyeux et en colère, Hannigan se lance dans le récit d’une vie conditionnée par la rudesse de la terre irlandaise. Puisant le courage au fond de ses tripes et poussé par ce besoin irrépressible de confidence, Hannigan déverse un flot de souvenirs, des bons comme des mauvais, une effluve douce, captivante et généreuse qui est agréable de suivre.

 

Je me suis installée à son côté, regardée dans les yeux cet homme humble prêt à un dernier voyage extraordinaire. Je l’ai écouté religieusement, comme si cet aparté entre nous était un moment sacré et unique. Et j’ai vu sur les traits de son visage et à ses mains battant le bois et triturant ses poches, que ses mots emprunts d’une honnêteté sans faille me bouleverseraient et me passionneraient. Être témoin de cet instant est magique et naturel, comme si c’était le bon moment.

 

Notre balade débute avec une bouteille de Stout, levée en l’honneur d’un frère parti bien trop tôt. « Contre le reste du monde », était leur mantra préféré, bravant ainsi la rudesse de la vie et de la terre et des patrons tyranniques. Avec son frère tout était possible, rien était impossible.
Suivie d’un verre de Bushmills, levé à sa petite fille qui n’a jamais pu connaitre. Un verre amer rempli de reproche, d’amertume et de déception. Une petite fille qui continuera de vivre dans son cœur meurtri et qui deviendra une confidente silencieuse et actrice lors de ses prises de décision.
C’est à nouveau avec une bouteille de Stout, que Hannigan porte son troisième toast dédié à sa belle-sœur. La sœur cadette de sa femme est un rayon de soleil de simplicité et de bonheur.
Suivi de l’incontournable Jefferson’s Presidential Select dédié à son fils sur lequel il s’épanche sur son rôle de père qui n’a pas été à la hauteur.
Et pour finir un Whiskey Midleton au souvenir de sa tendre femme.

 

Anna Griffin signe un premier roman aussi charmant que nostalgique. Une virée inoubliable au côté d’un homme qui se confie. Une nuit pour relater toute une vie remplie de joie, de bonheur, d’austérité, de malheur. Une vie simple où le courage, le labeur l’ont dirigé un long moment, où les mots finissent par avoir une signification, un exutoire, un lâcher prise qui prend alors toute son importance. Une histoire émouvante et captivante dont j’ai pris plaisir à la découvrir. Une lecture intense qui est loin de me laisser indifférente. Il est étranger d’être témoin de ses confessions. Elles reflètent l’âme d’un homme et de son pays, de ces temps d’autrefois et d’aujourd’hui et de cet amour fusionnel et unique longtemps gardé dans ce cœur façonné par l’inutilité de dire simplement les choses importantes.

 

La plume d’Anne Griffin est d’une subtilité attendrissante et d’une honnêteté à tout épreuve. Une harmonie communicative qui transcende et émerveille autant qu’elle interroge. La traductrice a fait un travail fantastique.

 

TOUTE UNE VIE ET UN SOIR est une très belle découverte. Un premier roman magnifique qui peint un portrait saisissant d’un homme qui saura vous toucher en plein cœur.

 

#Esméralda

 


 

 

Je remercie les éditions Delcourt Littérature pour leur confiance.

 

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… le site des éditions Delcourt Littérature.

AU LOIN de Hernan Diaz.

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[ LITTERATURE NORD AMERICAINE – WESTERN / NATURE WRITING ]
RENTREE LITTERAIRE 2018
EDITIONS DELCOURT LITTERATURE
Finaliste du prix Pulitzer 2018
Titre original : In The Distance, 2017
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) : Christine Barbaste

 

Format numérique (277 pages) : 14.99€
Broché : 21.50€
Ma note : 5/5 mentions « pépite » et « coup de cœur ».

 

 


 

Le résumé :

 

Jeune paysan suédois, Håkan débarque en Californie, seul et sans le sou. Il n’a qu’un but : retrouver son frère à New York. Il entreprend alors la traversée du pays à pied remontant à contre-courant le flux continu des pionniers qui se ruent vers l’ouest. Les montagnes et les plaines se succèdent, les caravanes et les embûches aussi. Trop souvent, la nature et les hommes essaieront de le tuer. Håkan croise ainsi la route de personnages truculents et souvent hostiles : une tenancière de saloon, un naturaliste éclairé, des fanatiques religieux, des arnaqueurs, des criminels, des Indiens, des hommes de lois… Et, tandis que s’écrivent à distance les mythes fondateurs de l’Amérique, il devient un héros malgré lui, peu à peu sa légende grandit. Håkan n’a bientôt d’autre choix que de se réfugier loin des hommes, au coeur du désert, pour ne plus être étranger à lui-même et aux autres.

 

 


 

 

Mon avis :

 

Aujourd’hui je te parle du second roman qui m’a littéralement cloué le bec. De plus je découvre le western en littérature et le nature writing. J’ai fini cette lecture avec des étoiles pleins les yeux et les tripes remuées. AU LOIN fait parti de ces livres qui marquent à jamais et que j’ouvrirai de nouveau quelques années plus tard.

 

Hernan Diaz a tout du grand auteur, d’ailleurs être finaliste du prix Pultizer 2018 pour un premier roman, montre dés le départ le talent. Hernan Diaz te plonge dans un univers hors du temps. Passé, présent, futur, son roman se fond dans le temps et s’adapte. Hernan Diaz revisite le western en y intégrant la notion d’émigration. Il ne se contente pas de décrire le flux de ces populations dans sa globalité. Il a choisi au contraire de se concentrer sur une personne. Méticuleusement ce personnage central va subir l’émigration et Diaz en tire un portrait à la fois sauvage, sensible, émouvant et déconcertant.

 

Håkan est Suédois. Le lecteur suppose que c’est un adolescent lorsqu’avec son frère aîné, ils rejoignent Portsmouth pour un voyage en aller simple à New York. Séparés, dès leur arrivée, Håkan embarque sur un navire qui accostera à San Francisco. Loin d’être abattu, il décide de rejoindre son frère Linus sur la côte est. S’ensuit alors un grand périple qui façonnera une légende à la fois haïe et admirée.

 

Si dès le départ le roman semble prendre l’allure d’un roman initiatique, il n’en est rien quelques chapitres plus tard. Ils croisent de nombreuses personnes qui contribuent à modeler l’homme qu’il est devenu. La solitude est sa seule compagne et le désert, les vallons, les montagnes, les arbres et la nature sont seuls lieux de vie. Il déteste le silence du désert, l’aridité, l’âpreté, la rigidité provoqué par cette absence de mouvement. Il devient cette nature intransigeante, se contentant de peu. Une osmose parfaite entre l’homme et cette nature. La solitude prend alors une tournure d’absolution, une punition injustifiée qui enfoncera cette homme dans ses souvenirs qui deviendront alors le moteur substantielle vers un retour au source.

 

C’est bien la première fois que je prend autant de temps à savourer un roman. Pas de précipitation, juste de l’admiration face au texte proposé et à ce personnage qui ne peut que forcer l’admiration. Diaz a su majestueusement mettre en évidence cette foule d’émotions contradictoires qui touchent un homme orphelin de son pays. Le pays fait il de l’homme ce qu’il advient ? Et la réponse donné est sans équivoque.

 

AU LOIN n’a pas fini de parler de lui. Une lecture que je recommande fortement où les connaisseurs seront satisfaits et les curieux comblés.

 

 

 

 

 

Focus sur Hernan Diaz.

 

 

« Est-ce que la question de la nationalité importe encore quand on arrive nulle-part ? J’ai été un étranger toute ma vie. Je suis né en Argentine, que j’ai quittée à deux ans pour la Suède, suivi d’un bref retour en Argentine, avant de partir pour Londres, puis New York où je vis depuis vingt ans. C’est une question qui me tient à cœur. » Auteur d’un essai sur Borges, HERNÁN DÍAZ est aujourd’hui directeur adjoint de l’Institut hispanique de la Columbia University. Finaliste du Prix Pulitzer et du Pen/Faulkner Award, Au loin est son premier roman.

 


 

Je remercie les éditions Delcourt Littérature et Léa du Picabo River Book CLub de m’avoir permis de découvrir ce magnifique roman.

 

 

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Vers le site des éditions Delcourt Littérature, pour tout savoir !

 

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