LA PORTE DU VOYAGE SANS RETOUR, un roman de David Diop.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Le Seuil

Collection Cadre Rouge

#Babelio


« La porte du voyage sans retour » est le surnom donné à l’île de Gorée, d’où sont partis des millions d’Africains au temps de la traite des Noirs. C’est dans ce qui est en 1750 une concession française qu’un jeune homme débarque, venu au Sénégal pour étudier la flore locale. Botaniste, il caresse le rêve d’établir une encyclopédie universelle du vivant, en un siècle où l’heure est aux Lumières.
Lorsqu’il a vent de l’histoire d’une jeune Africaine promise à l’esclavage et qui serait parvenue à s’évader, trouvant refuge quelque part aux confins de la terre sénégalaise, son voyage et son destin basculent dans la quête obstinée de cette femme perdue qui a laissé derrière elle mille pistes et autant de légendes.
S’inspirant de la figure de Michel Adanson, naturaliste français (1727-1806), David Diop signe un roman éblouissant, évocation puissante d’un royaume où la parole est reine, odyssée bouleversante de deux êtres qui ne cessent de se rejoindre, de s’aimer et de se perdre, transmission d’un héritage d’un père à sa fille, destinataire ultime des carnets qui relatent ce voyage caché.

 

Ma note : 4/5 mention « à découvrir »
Nouveauté 2021
320 pages
Disponible en numérique et broché

 


MON AVIS

J’étais très impatiente de découvrir le nouveau roman de David Diop qui nous offre ici une incroyable épopée. Direction fin du 19eme siècle. La France est ses colonies africaines et ce fameux Triangle, commerce et traite négrière. Il n’est pas fait ici étalage de la colonisation, David Diop laisse aux lecteurs le choix ou non d’épiloguer sur ce thème. Mais tout de même, ce sujet reste en filigrane, silencieux mais tant indéniable.

 

Aux côtés, de son héros, qui lui fût bien réel, David Diop raconte l’aventure subjuguante d’un homme blanc, naturaliste, académicien, qui va tomber profondément amoureux de l’Afrique, plus particulièrement du Sénégal et d’une jeune femme.

 

Ce récit romancé se déroule en deux temps. Une premier tableau va poser les bases de la suite, tant sur le contexte géopolitique, personnel et intime. Le second tableau est une explosion de couleurs et de senteurs. Une aparté exotique où les us et coutumes enchantent et émerveillent. L’Afrique dans toute sa splendeur. Les croyances, les rites, les tenues vestimentaires, les couleurs chatoyantes, la faune, la fore, le dialecte. Tout est captivant. Michel Adanson devient les yeux et la main retranscrivant des mémoires essentielles et porteuses d’humilité.

 

Découvrir l’Afrique est un enchantement. Malgré le contexte historique lié à la présence de la Compagnie Française et notamment du commerce d’esclaves, j’ai découvert que le Sénégal était divisé en royaumes et qui par leur guerres ont certainement favorisé l’esclavage.

 

Michel Adanson est un incroyable personnage qui par sa passion de la nature va se lier d’amitié avec un jeune prince qui l’escorte dans ses déplacements. Curieux, honnête, franc, Michel Adanson fait preuve d’ouverture d’esprit et va tomber éperdument fou amoureux d’une jeune guérisseuse.

 

Ses mémoires retranscrites sont l’héritage légué à son unique fille qui devra à son tour respecter la dernière volonté de son défunt père.

 

J’ai vraiment été captivée par cette histoire d’une autre temps. J’ai toutefois été gênée par le fait que le personnage ne soit pas un héros fictif pour la bonne raison que je connais pas l’histoire de Michel Adanson. Cela n’entache pas le récit.

 

David Diop nous livre une nouvelle histoire tout aussi fascinante que Frère d’âme que j’ai préféré. Il nous parle d’héritage en allant directement à la source du colonialisme, des conséquences destructrices humaine et écologique, des conséquence irréversible de l’esclavage. Le fond historique est très bien développé et nous ouvre une fenêtre sur un temps s’effritant et qui a tendance à être oublié.

 

Un grand roman indéniablement porté par un auteur engagé dans la passation de ce temps révolu et méconnu.

 

Une chronique de #Esméralda

LE BERGER, un roman de Anne Boquel.


Lucie est conservatrice d’un petit musée de l’Oise. Rien ne va vraiment mal dans sa vie, rien ne va vraiment bien non plus. Le jour où une amie l’embarque dans un groupe de prière, son existence prend une couleur plus joyeuse. Elle se sent revivre. D’autant que le Berger et maître à penser de la communauté lui fait intégrer le cercle restreint des initiés. Sans le mesurer, elle consacre bientôt toute son énergie à la Fraternité, négligeant son entourage.

L’incompréhension gagne ses proches, qui, désarmés, la voient s’éloigner d’eux. Mais, lorsqu’ils s’en inquiètent, leurs questions se heurtent au silence. Dans son désordre enfiévré, jusqu’où Lucie poussera-t-elle le zèle ?
Premier roman captivant, poignant portrait d’une jeune femme en plein désarroi, Le Berger dépeint sans complaisance la réalité sordide des mouvements sectaires, tout en s’interrogeant sur la quête de spiritualité dans nos sociétés individualistes.
Anne Boquel vit et enseigne à Lyon. Elle a coécrit avec Étienne Kern plusieurs essais remarqués sur la littérature et les écrivains.

Lucie n’a ni une vie exubérante ni merveilleuse. Elle vivote tant bien que mal entre son travail de conservatrice et son appartement. Côté sentimental, sa dernière relation bat de l’aile. Côté familial, la relation avec ses parents est instable, voire conflictuelle par moment. Elle n’a jamais sur trouver sa place. Lucie commence à s’ennuyer et tombe progressivement dans un accablement dont elle a du mal à immerger. Lucie n’est pas le genre de femme expansive et n’aime pas déblatérer sur sa vie monotone. Son amie et sa collègue du musée, Mariette, lui propose de participer à un groupe de prière.
Jusqu’à présent, elle ne s’est jamais questionnée sur la religion. Ni athée, ni pratiquante, ce domaine-là ne lui est pas familier. Cette première réunion se déroule dans un brouillard déconcertant. Décontenancée par l’étrange et mystérieux Berger, par l’engouement des fidèles, elle ne s’avoue pas convaincue mais pas non plus repoussée. La curiosité l’emporte, elle se rend ainsi aux autres rencontres. Puis une sorte de magie s’opère, les prières, la manière de vivre correspondent aux attentes de Lucie. Poussant l’introspection bien plus loin, elle intègre le cercle très fermé des fidèles. Ainsi commence la nouvelle vie de Lucie avec un regard nouveau sur ses attentes personnelles et morales. L’aide fraternelle, financière s’ajoutent à tout ses efforts. Peu à peu apparaît une Lucie décharnée, envoûtée par le Berger (voire amoureuse), manipulée et toujours poussée vers des limites innommables. Une chute cruelle où, seule, elle pourra s’en sortir.

 

Le sujet des sectes est largement répandu dans la littérature. Ce n’est donc pas la première fois que je l’aborde au cours de mes lectures. Anne Boquel propose un roman axé sur les émotions du personnage principal. Accentuée, la descente en enfer est insidieuse et véritablement bouleversante. Tous ces sentiments mis en exergue, reflètent l’état émotionnel et instable de Lucie. La frontière est réellement floue entre la manipulation psychique, l’enrôlement et la volonté propre due au libre arbitre de l’héroïne. Anne Boquel suit un schéma simple et terriblement efficace des quatre grandes phases de l’endoctrinement qui sont l’approche, la séduction, la persuasion et l’aliénation. Ces dernières sont remarquables tout au long du roman. Je sors de cette lecture terriblement mitigée. A mon sens l’auteure a survolé le sujet sans véritablement exercer un certain développement du personnage. J’ai eu cette impression de rester en surface du thème. Finalement il n’y a rien d’hors norme, d’atypique. La présence des parents est quelque mise de côté et le rôle masculin « du sauveur » n’apparaît qu’à la fin et encore minimisé. Un léger goût d’inachevé même si toutefois le personnage de Lucie est remarquable tout comme la mise en scène. Un scénario vraiment trop simple pour cette thématique conséquente. Mais souvent la simplicité suffit à faire réagir et à apprécier le sujet à un lecteur novice.

 

Une chronique de #Esméralda

FRÈRE D’ÂME de David Diop.

 
[ LITTÉRATURE FRANÇAISE – 2018 ]
Éditions LE SEUIL – Collection Cadre Rouge
PRIX GONCOURT DES LYCÉENS 2018
176 pages
Ma note : 4/5 mention « pépite »
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Le résumé :

Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

Né à Paris en 1966, David Diop a grandi au Sénégal. Il est actuellement maître de conférences à l’université de Pau.

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Je suis loin de lire les livres qui ont reçu tel ou tel prix, même si je suis toujours l’actualité littéraire. Donc c’est une grande première et suite aux recommandations de ma bibliothécaire préférée que j’ai ouvert le dernier roman ayant reçu le prix Goncourt des lycéens, 2018.

 

Même si je suis loin d’avoir eu un « coup de cœur », je dois admette que ce roman est une sacrée pépite. Je suis heureuse de m’être laissée embarquer par cette magnifique histoire. C’est un roman court au rythme soutenu par des chapitres courts. La plume de David Diop maîtrise à la perfection son sujet et surtout, elle dégage une certaine nonchalance et légèreté tout en contraste sur un sujet douloureux, difficile et réel.

 

Direction 1ere guerre mondiale, les tranchées, la boue, la peur, la désolation rongée par les rats. Les blessés, les estropiés, les morts s’agglutinent dans le ballet macabre et rythmé par les coups de sifflet, véritable ode à la mort. Le soleil qui fuit, la pluie qui s’infiltre annonciatrice du malheur. Et là, parmi tant d’autres uniformes, il y a Mademba Diop et Alfa Ndiaye, tireurs sénégalais. Débute alors, un voyage magnifique sur ces liens fraternels bien plus puissants que ceux de l’amitié. Commence ainsi la grande Histoire dans la grande Histoire. Celle qui pourtant ne prend que deux lignes dans les manuels scolaires associés à cette première publicité de Banania, qui si je me souviens, avait pour but premier d’habituer la population à la présence d’hommes noirs dans les rangs de l’armée. 

 

C’est donc l’histoire bouleversante d’un homme détruit par la guerre, par la perte, par la folie que nous conte avec éloquence et sincérité David Diop. Une histoire aussi fracassante qu’assourdissante. Une histoire où rien n’est laissé au hasard où le passé resurgit pour contrer la noirceur tel un sauveteur incongru. Où le présent amoindrit l’homme à l’état du néant, se débattant avec son esprit, souillant ses mains, s’emparant les cris des morts aux viscères fumantes, dans le but ultime de survivre et de faire renaitre l’âme de son frère.

 

C’est un roman emprunt de tragédie et de tourment. C’est le roman d’un homme et de tant d’autres. D’un souvenir oublié. C’est aussi magnifique que terrible.

 

 
Alors, par la vérité de Dieu, je ne comprends pas. Non, je ne comprends pas pourquoi j’ai un beau jour insinué à Mademba Diop qu’il n’était pas courageux, que ce n’était pas un guerrier. Penser par soi-même ne veut pas dire forcément tout comprendre. par la vérité de Dieu, je ne comprends pas pourquoi un beau jour de bataille sanglante, sans rime ni raison, alors que je ne voulais pas qu’il meure, alors que j’espérais qu’on rentre sains et saufs lui et moi à Gandiol après la guerre, j’ai tué Mademba Diop par mes paroles. Je ne comprends pas du tout.

 

#Esméralda

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…Sur le site des éditions Le Seuil.

… L’interview de David Diop.