CE QU’IL FAUT DE NUIT, un roman de Laurent Petitmangin.

Je pense que ça été une belle vie. Les autres diront une vie de merde, une vie de drame et de douleur, moi je dis, une belle vie.


C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.
Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir.

C’est l’histoire d’un deuil, du courage et d’abnégation. C’est l’histoire de l’ivresse, de la peur et de l’absolution. C’est l’histoire d’hommes qui se débattent dans leur propre brouillard, en apnée, sur le chemin parsemé de doutes et d’espoirs. C’est l’histoire d’une famille, d’une multitude de familles dans toutes ces facettes multicolores et d’unicités.
Le père, Fus, Gillou, une famille amputée d’une maman, d’une épouse emportée par le cancer sans se battre, sans se rebeller. Un abandon douloureux mais silencieux. Peu de mots sont mis sur cette situation mais les attentions sont nombreuses. La vie reprend ses droits. Le foot, les vacances, les dimanches loin de l’hôpital. Le soleil perce ce brouillard insistant. Les enfants deviennent des adolescents. Une période où la recherche de leur identité et valeur s’intensifie. Une période laissant place au monde des adultes. Trois chemins qui se séparent où Gillou reste ce point d’ancrage, cette passerelle neutre. La vie avance doucement et puis elle explose en un coup de poing. L’amertume, la rage, la folie s’emparent de l’un d’entre eux. Case prison. Case remord. Case incompréhension. Case tristesse. Case effondrement.

 

CE QU’IL FAUT DE NUIT est un concentré d’émotions pures. Elles accaparent, interrogent et bouleversent. Un premier roman qui fascine par l’humilité qui en découle. Des mots forts, acérés et percutants tels une douce mélodie d’une vie où la douleur s’est invitée insidieusement. Les non-dits, la peur de l’abandon, la peur de la discorde, la peur de la fuite clouent les mots, les enfoncent dans les entrailles prenant racine au cœur de ce vide trop plein. L’espoir gagne parfois mais la désillusion remporte souvent les batailles. La lâcheté face à la douleur, s’interdire de ressentir ces émotions superflues qui ne demandent qu’à exploser, qu’à être entendues. Un tableau grandiose d’hommes dans leur plus belle et grande fragilité. Une symphonie discordante où les accords n’ont aucune utilité. Un portrait sans fioriture, sans filtre d’une beauté fracassante !

 

Un premier roman à découvrir de toute urgence !

 

Une chronique de #Esméralda

NOS CORPS ÉTRANGERS, un premier roman de Carine Joaquim.


Quand Élisabeth et Stéphane déménagent loin de l’agitation parisienne avec leur fille Maëva, ils sont convaincus de prendre un nouveau départ. Une grande maison qui leur permettra de repartir sur de bonnes bases : sauver leur couple, réaliser enfin de vieux rêves, retrouver le bonheur et l’insouciance. Mais est-ce si simple de recréer des liens qui n’existent plus, d’oublier les trahisons ? Et si c’était en dehors de cette famille, auprès d’autres, que chacun devait retrouver une raison de vivre ?
Dans son premier roman, Carine Joaquim décrypte les mécaniques des esprits et des corps, les passions naissantes comme les relations détruites, les incompréhensions et les espoirs secrets qui embrasent ces vies.

NOS CORPS ÉTRANGERS fait partie de ces romans qui vous marquent dès les premiers mots, dès les premières lignes, dès les premiers paragraphes… pour vous capturer au cœur de cette cage qui n’est ni dorée ni majestueuse, mais qui grignote une part de vous à chaque page tournée. Carine Joaquim signe un roman d’une précision exquise décortiquant les méandres du subconscient, cette réalité silencieuse se camouflant de toutes et de tous.
Au départ, leur famille était à l’image parfaite. Des rires, des câlins, des moments de partage, des souvenirs à la pelle, ces moments indélébiles et magnifiques marqués à l’encre pour l’éternité. Au cours de cette histoire merveilleuse, l’un fauta l’autre sombra et ce petit bout de chou survécut. Les cris, les larmes, le corps qui lâche prise se délestant de son surplus cauchemardesque dans les toilettes. Et puis vînt ce temps où il fût le moment de recoller les morceaux, imparfaits collages qui ne tiennent guère que par l’espoir de jours meilleurs. Fuir les souvenirs, les douleurs, recommencer à zéro loin, loin, de tout. Une maison au cœur de la banlieue parisienne, le jardin bucolique, la dépendance, source de l’éventualité, un paysage bucolique où à sa simple vue, à humer cet air précieux, à écouter cette symphonie naturelle, devient le berceau de la renaissance.

 

Élisabeth, Stéphane et Maëva, y posent les valises. Élisabeth y croit un tant soit peu. Maëva déteste ses parents et Stéphane se coltine le RER.

 

Élisabeth panse son cœur, son corps, son âme peu à peu.
Maëva découvre l’hostilité des corps incontrôlables et la passion.
Stéphane se souvient de sa plus belle erreur, de sa plus belle valse des corps.

 

Au rythme entraînant, bousculant et impérieux, les corps se délitent, apprennent, se découvrent, dansent un ballet où le chaos silencieux surgira de sa boîte.

 

Carine Joaquim nous engouffre au cœur d’un roman puissant, nous entraîne dans ces intimités amputées, nous bouscule sur nos aprioris. Un roman intransigeant porté par une plume qu’il est tout autant. Un thème moderne mis en exergue par des personnages éblouissants, amers et captivants. Tableau parfaitement imparfait d’une esquisse sociale, conte moderne, où les corps deviennent ces étrangers, maîtres des maux et des préjugés. Un immense coup de cœur pour ce premier roman de Carine Joaquim qui a su me surprendre, et bien au-delà.

 

A découvrir absolument !

 

Une chronique de #Esméralda