LES DERNIERS DES BRANLEURS, un roman ado de Vincent Mondiot.


Gaspard, Minh Tuan et Chloé sont les trois losers du lycée. Le trio inséparable sèche les cours, passe son temps à glander entre fumettes, gueules de bois et infinies discussions sans queue ni tête sur la sexualité des schtroumpfs. Pour les trois élèves de terminale, le bac est un horizon lointain et sans intérêt.
Mais le jour où leur prof principale, à bout de patience et d’arguments, les traite de « branleurs », les voilà estomaqués. Une pointe d’orgueil les pousse finalement à vouloir décrocher ce diplôme. Ce qui n’est pas gagné. C’est là qu’intervient Tina, jeune migrante surdouée récemment arrivée dans leur lycée. Se met alors en place un stratagème de triche probablement bien trop compliqué pour les trois ratés autoproclamés… Avec un esprit punk et BD, des airs à la Riad Sattouf, l’héritage de Salinger, un roman drôle et provoquant, bourré de références à la culture populaire.

Vincent Mondiot aborde cette dernière année de lycée avec un œil acéré, un humour dramatique et une ouverture d’esprit totalement irréprochable. Se mettre dans la peau de ce trio est un exploit en lui-même. Gaspard perdu dans une déprime qui a peut-être bon dos, est celui qui est le plus déconnecté du monde. Dans les nuages, désabusé, stone la plupart du temps, Gaspard ne vit que pour le porno, les mangas (un peu porno), les jeux vidéos. Un baba cool dans toute sa splendeur.
Minh Tuan est le fils de. Son père travaille pour une ambassade et il est tout désigné pour suivre les pas de son paternel. Minh Tuan est loin de s’en réjouir, il rêve d’une vie où aventures et amour seraient eu rendez-vous. Minh Tuan est celui qui en a le plus dans la tête mais qui en a rien à foutre. Il adore les mangas et les jeux vidéos. Le jeune homme est enfant unique et se trouve souvent seul. Des parents absents et qui ne s’en préoccupent pas !

 

Chloé aime dépasser les limites. Boire, raconter des bobards sont son passe-temps favori. Mais elle est plus préoccupée pour son avenir. Être adulte l’effraie. Le monde, le climat, l’avenir sont tous aussi obscurs que son esprit. Alors étudier à quoi cela servirait ?

 

Ce trio totalement badass m’a fait passé un moment de lecture inoubliable. L’auteur m’a immergée dans leur monde totalement inouï où sarcasme, humour et réflexions philosophique se côtoient. Une intensité naïve mais tellement pure que s’en est déstabilisant. Un humour qui frôle le ridicule mais qui reflète de manière subtile et ubuesque le monde flou dans lequel ils évoluent. Bien évidemment j’ai eu envie de leur botter le cul (c’est la maman que je suis qui parle) mais en fin de compte je trouve qu’il s’en sort plutôt pas mal sans trop d’égratignures et ils trouvent leurs voies dans leur foutu bordel. Et c’est là que j’en suis ravie. Le lycée n’est pas une finalité fatale et les derniers des branleurs en sont les témoins-victimes consentis. C’est un roman tout aussi percutant que hallucinant. Vincent Mondiot explore ces territoires inconnues qu’est l’adolescent et le pré-adulte. Les confins des esprits sont décortiqués, étudiés. Les réponses arrivent souvent d’une manière désordonnée et inadéquate mais elles fouettent les âmes de ces jeunes. Le désœuvrement est contrebalancé par ces idées tordues et alambiquées qui font sourire. Il y a ce quelque chose de Rock’n’roll, d’étourdissant et d’euphorisant qui empreint ce roman ado. Et la cerise sur le gâteau : ce narrateur omniscient qui éclaire notre compréhension sur des personnages furtifs ou alors ces situations incongrues, dans la marge. Et c’est un pur délice et totalement atypique et pour cela je dis un grand OUI ! Au vu des portraits et des traits de caractère de chaque personnage, il vous est offert de vous identifier à qui vous le souhaiter. Personnellement, j’adore ce trio improbable tout simplement car ils ne rentrent dans aucune des cases dictées par la société et c’est un beau pieds-de-nez. J’ai tout de même ma préférence pour Tina, jeune immigrée d’origine africaine, qui toute seule affronte la France et ces codes. Surdouée, pragmatique et adorable, Tina a la tête sur ses épaules. Elle pourrait faire de grandes études mais la réalité elle a su l’aborder avec réalisme et se tourne rapidement vers un métier manuel. Tina est la douceur incarnée et un esprit ouvert et la cœur sur la main, bravant les interdits pour ses branleurs adorés.

 

Un grand bravo pour ce roman ado d’un réalisme touchant où l’onirisme n’a pas sa place tout autant que la cruauté d’une vie irréalisable. Incisif, Vincent Mondiot aborde avec tact ce entre-deux temps où la réalité peut choquer. Rassurant Vincent Mondiot donne cette chance souvent manquante à ce peuple méprisé d’une génération de branleurs.

 

Les branleurs ne sont pas ici considérés comme une sous couche de la population étudiante. Au contraire le branleur est souvent imaginatif et créatif, à vos risques et périls !

 

Un roman ado à offrir et à découvrir !

 

Le monde ne se terminera jamais. Tant que Chloé aura ses amis, les gens qu’elle aime, le monde ne se terminera jamais. C’est à ça que ça se résumé, finalement, non ? Les gens qui nous ont touchés, ceux qu’on a touchés. C’est ça, le monde. Est-ce qu’ils se souviendront de nous ? Est-ce qu’on se souviendra d’eux ? Qui a eu un impact sur qui ? Qui a été qui ? Ouais. Genre, toute cette merde. C’est ça, le monde.

 

Une chronique de #Esméralda.

LA PASSE-MIROIR, Livre 4 : La tempête des échos, un roman fantasy de Christelle Dabos.


Les effondrements se multiplient, de plus en plus impressionnants : Babel, le Pôle, Anima… aucune arche n’est épargnée. Pour éviter l’anéantissement total il faut trouver le responsable. Trouver l’Autre. Mais comment faire sans même savoir à quoi il ressemble ? Plus unis que jamais, Ophélie et Thorn s’engagent sur des chemins inconnus où les échos du passé et du présent les mèneront vers la clef de toutes les énigmes.
Au sommet de son art, Christelle Dabos signe le final éblouissant d’une saga devenue un phénomène et une référence de la littérature fantastique.
  « L’intelligence psychologique, la finesse du trait, l’humour discret du regard : c’est tout le charme de ces épais volumes. » Télérama

Lire le dernier tome d’une saga que l’on apprécie beaucoup, c’est toujours un moment inoubliable et magique. Ophélie, la jeune femme à l’écharpe, aura traversé de nombreuses épreuves desquels elle aura découvert l’envers du décor. Un personnage très attachant qui tout au long des quatre livres s’éveillent et s’affirment. Un parcours initiatique teinté de déconvenues, de rencontres pittoresques, d’amitiés et tant d’autres.
Ophélie et Thorn doivent à tout prix mettre la main sur ce fameux L’Autre qui détruit peu à peu leur monde. Babel vient de voir une partie de son arche anéantie. La population s’affole et les dirigeants de l’Arche doivent prendre des dispositions qui mettront en porte à faux de nombreux citoyens. La tension s’intensifie au sein des habitants. Une société jusqu’alors pacifique se voit rabrouer par des armes.

 

Une nouvelle fois Ophélie devra se mettre en danger dans le but express de découvrir la vérité et enfin que l’ordre soit rétablie. Le duo Ophélie et Thorn fonctionne à merveille et leur complicité est touchante après des débuts compliqués. Leurs amis œuvrent de leur côté également. Et la famille d’Ophélie ne l’a jamais oublié. Un scénario catastrophe pour un final qui se veut explosif et mortifiant à la fois.

 

J’ai beaucoup apprécié les risques que l’auteure a pris. Un tome vraiment pas évident tant les intrigues (petites et grandes) sont nombreuses. J’ai eu ce sentiment de piétiner tant il y avait tout un tas d’informations qui sur le moment ne voulaient pas dire grand-chose. Il faut vraiment attendre la fin pour que ceci paraisse limpide. Ce sentiment étrange de ne plus savoir où donner de la tête. Tout ceci créant une atmosphère lourde, anxiogène et déroutante. Le scénario est riche en rebondissement et en intrigue qui s’intensifient au fil des pages. L’univers est tout autant sensationnel. L’intrigue se révèle enfin me laissant à la fois stoïque et désarmée. Un quatrième tome différent des trois précédents tant sa complexité est perturbante. J’ai vraiment eu cette sensation de marcher la tête à l’envers et si c’est ce résultat que l’auteure exigée alors je peux dire que cela a parfaitement fonctionné. Au final je ne m’attendais pas du tout à être surprise à cette hauteur ci. Mon seul regret c’est qu’il n’y aura plus de suite !

 

Une saga fantasy à découvrir absolument pour un moment de lecture intense et magique !

 

Une chronique de #Esméralda

… Lien Kindle

… Le site de Gallimard Jeunesse

… Le site de Christelle Dabos

… mes avis sur les précédents tomes, clique sur l’image pour les lire.

DARLING #AUTOMNE, un roman jeunesse de Charlotte Elrih et de Julien Dufresne-Lamy.


TOME 1/4
Le jour de la rentrée, après les cours, May reçoit un mystérieux message d’un compte Insta privé : « Tu étais si jolie aujourd’hui… ». Signé Y. Ce message est le premier d’une longue série. May est d’abord inquiète, méfiante, elle pense à toutes ces histoires d’emprise virtuelle – Y serait un pédophile ? un recruteur de Daesh ? un garçon torturé ? Mais puisque Y lui écrit tous les jours, sur un mode doux et romantique, May se sent de plus en plus rassurée.
Y est adorable et il semble la connaître de près. En parallèle, Néo, son frère jumeau que tout oppose et expert des nouvelles technologies, traque l’inconnu en espionnant les communications de tous les suspects possibles du bahut. Il pense que s’il découvre l’identité d’Y, sa sœur, qui le snobe, s’intéressera de nouveau à lui. Pendant des semaines, May vit intensément cette histoire si belle et si différente et avec ses copines, elle tente de démasquer le mystérieux prétendant : quel garçon du bahut ou de leur bande pourrait bien se cacher derrière Y ? Sans parvenir à connaître le nom de son admirateur, May tombe éperdument amoureuse d’Y. Elle le supplie de se révéler. Le jour enfin de leur rendez-vous, alors qu’Y attend déjà sur la place, May s’approche, nerveuse mais confiante. Elle croit en leur amour. Mais la jeune fille est à deux doigts de totalement déchanter.

May et Néo sont jumeaux. Ensemble, ils partageaient beaucoup de chose, avant que le collège et le lycée s’immiscent entre eux. May a été élue la fille la plus populaire du lycée, jolie revanche sur son passé, tandis que Néo, asocial, s’immerge davantage dans le monde des jeux vidéos et de la technologie.
Deux entités qui évoluent dans deux mondes fermés où règnent leurs propres règles. May joue la jeune femme fatale tandis que Néo tente de survivre dans ce monde de requin. Et puis, un jour elle reçoit un message anonyme. Un simple message dont elle ne prête pas gare. Et puis d’autres suivent, tous les jours, un message. L’inquiétude l’envahit peu à peu, imaginant tout un tas de scenarii. L’insistance de ce fameux Y se transforme en confiance et débute une correspondance (des temps modernes) où les cœurs se dévoilent et les mots prennent sens. La rumeur se répand au sein du lycée invitant tous et toutes en tergiversations diverses. May émet tout un tas d’hypothèses au point d’établir des listes. Jusqu’à ce jour fatidique où Y se dévoile et la surprise à l’effet d’une bombe. May sombre dans un mutisme, un désarroi profond. Elle ne mange plus s’enfonçant dans un état inquiétant. Son frère ne peut s’empêcher de la prendre sous aile. Ce rapprochement est une bouffée d’air frais pour May qui reprend ses esprits et tentent de voir plus clair dans ses sentiments, ouvrant ainsi une timide porte à ceux de Y.

 

Charlotte Erlih et Julien Dufresne-Lamy, un duo de choc, proposent un roman jeunesse aussi terrifiant que terrifiant. Je n’ai que 35 ans, mais je suis effarée de voir le gouffre qui me sépare de cette génération. La fiction rattrape la réalité créant une atmosphère à la fois légère et oppressante. J’ai pu constater que les adolescent.e.s se construisent autour des réseaux sociaux et sont sensibles à ce paraître. Cette correspondance initiée d’une manière sauvage et sournoise, au contraire opère comme un retour au source où les échanges ne se concentrent plus sur l’hyper-réalité mais au contraire sur les sentiments, sur la vie, sur les doutes.; une certaine ouverture d’esprit. Le poids des réseaux sociaux est un nouveau vecteur d’information où filtres et bon sens n’existent pas. Tout le monde peut se permettre de vociférer des menaces à peine cachées sans se soucier de l’impact psychologique qui pourrait être déclenché. Les réseaux sociaux se montrent être le vecteur du harcèlement. Mais il peut être également un véhicule de bienveillance selon la communauté qui est sollicitée. Erlih et Dufresne-Lamy abordent des thèmes actuels et délicats, intenses et douloureux. Ce monde me semble à des lumières de ce que j’ai pu connaître. Nos jeunes lecteurs ne pourront que facilement s’identifier aux personnages, comprendre leurs craintes, leurs espoirs, leurs illusions et désillusions. Le langage est approprié me déroutant souvent. Je n’ai pas eu l’audace de chercher la définition des mots ou expressions.

 

Ce premier tome de la sage Darling a de quoi chambouler le lecteur. Toutes ces émotions contradictoires rendent le roman intense. Prenant, captivant et édifiant, Charlotte Erlih et Julien Dufresne-Lamy dénotent pour le meilleur !

 

Une chronique de #Esméralda

QUAND LES TRAINS PASSENT … , un roman jeunesse de Malin Lindroth.


Collection d’Une Seule Voix
Traduit du suédois par J. Robnard – réédition
Celle qui parle se souvient de ses années de lycée et d’une certaine Suzy, une fille paumée à qui on avait fait croire qu’un garçon de la classe était amoureux d’elle. De défis idiots en mensonges, le canular avait dégénéré jusqu’au drame. Un secret se révèle dans une confession forte et troublante.

Les années ont passé, mais le souvenir est tenace. Ancré là, au  plus profond d’elle. Elle aurait pu oublier, mais le souvenir de ce regard impuissant la hante encore aujourd’hui. Suzy est une fille banale, elle ne faisait pas partie des filles les plus populaires. Elle était seule dans son coin, observant, un environnement hostile. Et puis un jour, un simple rendez-vous va la mener à l’horreur.
Ce jeu, cette blague, n’aurait pas dû durer. L’éphémère s’est transformé en une réalité nauséabonde. Il lui dit qu’il l’aime et elle, aime le croire, prête à tout pour ne pas retomber dans l’insignifiance. Suzy s’accroche et le jeu perdure. Jusqu’à ce jour fatal où les limites sont transgressées. Aurait-elle pu faire quelques chose pour arrêter l’horreur ? Qu’est devenue Suzy ?

 

Malin Lindroth explore la culpabilité, la honte et la perversion avec force et tact. Au travers des souvenirs de cette jeune mère de famille, il parle du harcèlement scolaire. Le point de vue du harceleur se fait violent. L’absence de jugement, de culpabilité rend l’intensité au texte. Une thématique forte et bouleversante abordée avec une honnêteté déconcertante. Une violence gratuite et réelle qui prend les tripes. Les remords n’existent guère, juste superflus. Un texte court et intense qui montre la perversité et ses conséquences. Une lettre ouverte qui crie à qui veut bien l’entendre un pardon qui ne sera jamais salvateur.

 

Je ne sais ce que je pensais à l’époque …
Je devais penser que je pourrais oublier. Je croyais que le mensonge s’atténuerait et ne voudrait plus dire grand-chose au fil des années. Mais rien ne disparaît. [… ] J’ai essayé d’en parler à l’une d’elle … mais ça sonnait faux, c’était gênant. Je ne sais pas à qui en parler. Je me demande pourquoi je vous en parle. Par moments, j’ai l’impression de la voir. Quand je vois une pauvre fille en ville … une alcolo .. une dingue prostrée ou qui gesticule … une SDF … quelqu’un dans le genre  … je suis presque sûre que c’est elle, que ça pourrait être elle. J’ai bousillé sa vie. Je le reconnais maintenant.
 
Une chronique de #Esméralda

L.O.L.A., un roman jeunesse de Claire Garralon.


COLLECTION D’une Seule Voix
Quand Lola est entrée dans la classe, ce fut comme un éblouissement pour Charlie. Puis il y eut cette façon de se présenter, en épelant les quatre lettres de son prénom – L.O.L.A. -, comme une mélodie. D’inconnue, Lola devient pour Charlie une amie, puis une meilleure amie.
Quelque chose chez elle d’indéfinissable l’attire irrésistiblement. Du trouble, du désir sans doute. Les filles plaisent à Charlie mais certains garçons aussi, c’est confus. Mais on tombe amoureux d’une personne, pas d’un sexe. Pourquoi faudrait-il se définir selon une orientation sexuelle ? Pourquoi se conformer à une étiquette – hétéro, homo… ? Plutôt simplement mettre des mots sur ses pensées pour que ça existe vraiment. Un texte lumineux sur l’éveil du sentiment amoureux, l’affirmation de soi et de ses désirs.

Charlie a une passion démesurée pour les voitures anciennes et Lola. Lola, belle, intelligente, désirable, douce. Son cœur bat frénétiquement, son ventre se crispe, ses yeux s’émerveillent, Charlie se perd dans ce tourbillon de sentiments. L’amour est une étrange émotion qui se doit d’être dompter mais qui ne se contrôle pas. Tout un paradoxe dont il n’empêchera pas Charlie d’aller au bout de ses rêves.
La collection D’une Seule Voix des éditions Actes Sud Junior aux thématiques actuelles reflète aux travers de textes forts les doutes et les questions des adolescents et adolescentes. Des textes courts qui suffisent à interroger le jeune lecteur et qui invitent en discuter avec son entourage proche, ses ami.e.s.

 

Claire Garralon explore ici le sentiment amoureux, celui qui surgit, inattendu et foudroyant. Une plume intense et un choix délibéré de ne pas sexué le narrateur jusqu’à la révélation, le lever du rideau. J’ai trouvé cela très intéressant, notamment dans l’identification du narrateur, Charlie. Avant de s’attacher à ce personnage, les questions traversent les esprits : je suis comme lui/elle ? Est ce que je ressens la même chose que lui/elle ? C’est un véritable travail d’identification qui au final s’accorde avec soi. Au-delà de ceci, c’est une magnifique histoire, bouleversante qui s’épanche sur la découverte des sentiments. Il est bon de suivre son cœur et non les diktats d’une société aveugle et moralisatrice.

 

Demain je passe mon permis. Deux jours après j’emmène Lola au bord de l’eau, en voiture. Je l’aurai c’est sûr. Rien que pour ça, je l’aurai, pour emmener Lola au bord de l’eau.
Nous deux, main dans la mains  à marcher dans le sable, main dans la main sur l’arrête de la dune face à l’océan. Un fil qui court le long de la côte, un trait tiré entre la terre et l’eau et nous dessus.dessus. Lola et Charlie face à l’immensité du monde, indissociables.

 

Une chronique de #Esméralda

AIGRE-DOUX de Wilfried N’Sondé.

[ LITTÉRATURE ADO – Nouvelle – Nouveauté 2019]
Éditions ACTES SUD JUNIOR – Collection D’une seule voix
70 pages
Ma note : 4/5
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Le résumé :
« D’où tu viens ?  » Comment supporter cette sempiternelle question qui vous réduit à une origine ? Mais qu’est-ce que ça dit de soi, l’endroit où on est né ? Français à part entière, et pourtant… Marre du regard des autres et des préjugés, à cause d’une couleur de peau. Réclamer le droit à exister simplement comme un(e) ado, ici et maintenant, sans avoir tout le temps à se justifier ou provoquer, c’est trop demander ? Tant de questions, de colère à juguler, de confiance à puiser en soi, pour être capable de passer de l’aigreur à la douceur. Un texte qui trouve dans la parole la force de s’opposer à la discrimination.

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Si je me cache, c’est parce que je n’aime pas ce que je vois dans le regard des autres, je ne m’y reconnais pas. Chaque fois que quelqu’un m’interroge sur mes origines, en fait, il m’ampute de ma personnalité, en me résumant à des préjugés. Il m’enferme dans des clichés.
 
Puissant et court, ce texte de Wilfried N’Sondé explore avec merveille la différence. Celle que l’on remarque en premier, la couleur de peau, celle qui signifie que tu n’es pas d’ici.

 

« Tu viens d’où ? » Question maladroite mais question assassine. Question qui revient sans cesse et demande des justifications perpétuelles. Comme si sa réponse lui donnait l’autorisation éphémère d’être ici au milieu d’autres ados. Une tolérance proche de zéro. Résigné d’être un français différent, sa voix s’emporte. Cette colère jusqu’à présent tu, explose. Un ballet de mots percutants et désespérés qui ouvrent les vannes d’une peine et d’une tristesse non contenue. Est ce que ma peau fait de moi ce que je suis ? Est ce que mon identité, ne prévale t-elle pas sur cette peau ?

 

L’immersion dans cette lettre ouverte est déstabilisante. Un monologue puissant où les émotions de cet ado font des vagues. Un flot continue d’aigreur, de déception, de colère et d’espoir. Une incompréhension qui prend sens et dont il est facile d’appréhender les conséquences.

 

Percutante, cette lecture invite au dialogue, au respect et à la tolérance.

 

J’ai été toutefois perturbée par l’anonymat du narrateur. Si les émotions sont le moteur du récit, le reste est flou. Une subtilité qui permet aux lecteurs et lectrices de s’approprier délicatement ce personnage tourmenté.

 

AIGRE-DOUX est une très belle découverte de cette rentrée littéraire, une de celles que je recommande fortement aux ado et (même) aux adultes.

 

Une chronique de #Esméralda.

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