LE DOORMAN, un roman de Madeleine Assas.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

ACTES SUD

Domaine français

#68premièresfois


Quand on lui propose un poste de doorman, de portier dirions-nous à Paris même si ces fonctions ne se ressemblent pas d’une rive à l’autre de l’Atlantique, Ray est déjà intégré, attaché à New York. Ce poste lui est proposé par une femme, propriétaire au 10 Park Avenue, cette tour de Babel qui fut à l’origine un grand hôtel. Et c’est là que cet homme passera cinquante ans de sa vie, au cœur d’une ville où il ne cessera de se promener et d’observer ce qui ne se passe nulle part ailleurs tant il s’agit du reflet d’un imaginaire collectif incomparable.
Ma note : 4/5 mention  » à découvrir »
384 pages
Disponible en numérique et broché
Nouveauté 2021

MON AVIS

LE DOORMAN est un premier roman étouffant, bouleversant, hypnotique, merveilleux.

 

Raymond, alias Ray, a quitté sa terre natale par la force de la guerre. Exil douloureux au doux goût amer de regrets et de tristesse. A Oran, en Algérie, il n’est pas bon d’être un pied noir. Il embarque après de très longs mois d’indécision, sur ce bateau le portant à Marseille. Un train après, il se trouve à Paris d’où il prendra l’avion, direction New York où l’attend un petit logement, il trouve rapidement un boulot sur les quais. Il y rencontre Salah qui deviendra son ami pour la vie. A eux deux ils vont user le pavé et découvrir les rues sinistres, merveilleuses, endroits paradisiaques, morbides de la Grosse Pomme. Et puis un jour il devient doorman.

 

La particularité de ce roman est là où vous ne penseriez jamais la trouver. C’est un roman qui se mérite, il vous usera dans un premier temps et puis il vous attendrira. Pas après pas, Ray va déambuler au rythme de la ville. Pas après pas, il va se construire cet avenir qu’il chérit tant. Pas après pas, il va devenir cet homme qu’il souhaite. Un homme qui a pris du recul sur cette vie semée de malheur, une vie où le poids du passé l’écrase inlassablement. Le tohu-bohu de la ville masque cette solitude affligeante, masque les pleurs de la solitude, anéanti la tristesse ancrée dans son âme, dans son corps. Pas après pas, chemin de résilience, Ray s’abandonne enfin, se réconcilie. Il découvre l’amitié, l’amour, la lecture, les petites merveilles qui se cachent ici et là dans le tumulte bouillonnant d’une ville qui ne dort jamais. Observateur, méticuleux, Ray est une de ces personnes qui a la main sur le cœur. Sa générosité, il ne la partage qu’avec les êtres qui lui sont chers, et ils se comptent sur les doigt d’une main. Pages après pages, la prose de Madeleine Assas s’adoucit et prend le temps de partager ce charivari émotionnel. Si dans un premier temps, j’ai été troublée par la rigidité du personnage et de ces rues où seul le rectiligne paraît, dans un second, j’ai été envoûtée par la volupté du laisser-aller, de la transparence des émotions. Ray est devenu ce personnage attachant et vivre cette aventure à ses côtés a été tel un doux rêve éveillé. J’aurais voulu lui épargner cette fameuse journée où toute la ville est recouverte de poussière, j’aurais souhaité lui tenir la main et l’apaiser, lui certifier que tout irait pour le mieux dans cet avenir proche. Ray est ce témoin des transformations de la ville, des citadins, de ce cycle perpétuel parfois dérangeant souvent merveilleux. La pauvreté bannit par la richesse, entassée dans ces quartiers où la chance n’est qu’un éternel mirage. Ray, vagabond, se soustrait à l’étau de la vie la menant là où il le souhaite.

 

Un récit où la ville devient une cité aux mille merveilles porté par un personnage charismatique aux fêlures marquées par son héritage. Madeleine Assas signe un premier roman d’une beauté magistrale. Oser pousser les portes du 10 demande un certain courage et une certaine endurance, et si vous lui laissez cette chance que je lui ai accordée alors vous découvrirez un univers intime, tumultueux, vigoureux mais d’une noblesse et d’un pugnacité redoutable.

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

LES CŒURS INQUIETS, un roman de Lucie Paye.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Gallimard – Collection Blanche

#68premièresfois


Un jeune peintre voit apparaître sur ses toiles un visage étrangement familier. Ailleurs, une femme écrit une ultime lettre à son amour perdu. Ils ont en commun l’absence qui hante le quotidien, la compagnie tenace des fantômes du passé. Au fil d’un jeu de miroirs subtil, leurs quêtes vont se rejoindre.
Ce roman parle d’amour inconditionnel et d’exigence de vérité. De sa plume singulière, à la fois vive, limpide et poétique, Lucie Paye nous entraîne dès les premières pages vers une énigme poignante.
 
 
Ma note 4,5/5 mention « à découvrir »
152 pages
Disponible en numérique et broché
Édition 2020

MON AVIS

Voici une nouvelle lecture de la sélection des 68 premières fois qui m’a totalement transcendée.

 

Lui. Elle. Cavalcade solitaire où les émotions prédominent et accaparent.

 

Lui, peintre. Une première exposition qui éclabousse sa vie de prestige. De son île, il débarque à Paris, terre fertile de la création. Une nouvelle exposition est programmée, il a quelques mois pour clore cette nouvelle collection. Tableau blanc, esquisse inachevée, incomplète. Pourtant, il est là, ce visage, triomphant du blanc, de la solitude. Une insolente esquisse narguant son créateur. Qui es-tu ? Introspection virale, vitale, Lui, désespéramment, s’accroche à cette unique ancre. Des souvenirs, des flashs, sa vie se déroule sur ce tapis amer et azuréen. Et puis la frénésie survient. Explosion d’un passé, d’une fenêtre en face de chez lui, de cette femme où mystère et grâce s’unissent pour l’espoir, la folie, l’envie.

 

Elle, elle écrit depuis son lit de mort à cet enfant qu’elle n’a pas vu grandir. Un déchirement brutal, sauvage, sa vie en noir et blanc. Elle se souvient de ces moments délicats, de partage, de câlin, de mots interminables. Des souvenirs à la pelle qu’elle garde précieusement au fond de son cœur dans cet endroit où brille encore et pour toujours l’innocence envolée. Elle retranscrit sa douleur et son espoir. Elle rêve de l’homme qu’il est devenu, de la vie qui l’a eu. Mots après mots, phrases après phrases, se dessine ce portrait irrésistible d’une mère qui malgré cette perte fracassante a toujours su s’émerveiller.

 

Il n’est rien pour Elle. Elle n’est rien pour Lui. Ce trait d’union improbable, mystique. Une ligne qui s’étire dans l’espace-temps et qui s’étiole attendant le moment unique pour surprendre.

 

Lucie Paye décortique le sentiment de l’abandon avec cette grâce qui hypnotise. Pages après pages, l’envie se fait pressante, urgente. Une plume poétique, captivante qui a su me séduire dès le départ. L’exigence des sentiments absorbe l’esprit. L’amour percute et transcende. La tristesse n’est que joie. La joie n’est que péril. Un roman bouleversant et prenant au cœur de ce monde artistiquement flou qui n’attend que le mot ultime pour se dévoiler, s’épanouir et pardonner.

 

Un premier roman magnifique et une auteure à suivre absolument !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMERALDA

LA LUNE DU CHASSEUR, un roman de Philip Caputo.


Couverte de forêts, peuplée d’ours, de cerfs, d’élans et d’innombrables espèces d’oiseaux, la péninsule supérieure du Michigan est une région splendide et sauvage. Will Treadwell, propriétaire d’un pub près du lac Supérieur, y joue à l’occasion les guides de chasse.
Pour lui et ses semblables, les temps sont durs. Les valeurs de ces hommes « d’un autre temps » sont mises à mal, leurs femmes et leurs enfants les comprennent de moins en moins.
À la crise économique qui frappe la région, s’ajoute une crise existentielle : nos héros subissent aujourd’hui les affres d’une époque où ils ne trouvent plus leur place. La dépression guette, et une nature magnifique n’est pas toujours suffisante pour la tenir à distance.
Philip Caputo nous conte ici les histoires de Will et de ceux qui l’entourent. Autant de portraits sensibles de ces hommes qu’il connaît, qu’il côtoie, et qui ne s’y retrouvent plus. Des hommes aux prises avec leurs émotions, qui, longtemps, ont préféré affronter seuls leurs démons plutôt que d’avouer leur fragilité. Mais les temps changent…

 
Ouvrir le roman de Philip Caputo s’est se prendre une rafale de vent chargés d’une multitude d’odeurs venues de la forêt, du lac, des hommes et de leurs peines. C’est subir la sauvagerie des terres. Se laisser porter part cet instinct de survie. Affronter l’indéniable perte de soi, s’en remettre à la vie comme à la mort.
Will Treadwell est le pivot central d’un histoire façonnée par de nombreuses histoires. Gérant d’un bar, il est devenu les oreilles et les yeux d’un monde où les hommes vont à vau-l’eau. Des guerriers, des indiens, des travailleurs, il les écoute et il voit. Guide de chasse, il est le meilleur et c’est dans la forêt avec ses chiens qu’il aime se ressourcer. Le silence absolu, les arbres à perte de vue, les animaux, les oiseaux, la nature, rien de mieux pour affronter son passé et tenter de le panser.

 

Paul, Bill, Tom, Lisa, Devin, Rick, Elise, Trey, Kidman, Walsh, Lewis, Hall, Jeff autant d’hommes et de femmes qui ont un jour croisé la route de Will ou du Lac Supérieur.

 

Construit tel un roman choral, Philip Caputo nous fait découvrir leurs vies tout au long de sept histoires. Histoires bouleversantes, cruelles, mais d’une humanité si profonde. Comme si l’homme se révélerait dans toute sa splendeur dans la souffrance, dans la douleur. Sept histoires profondément touchantes où la nature à une place prépondérante, soignant les douleurs, exorcisant les maux, pansant les blessures. Dans cette nature, il serait possible d’y voir des symboles : un cerf, des oiseaux, des loups, des ours. Des étoiles et cette magnifique lune complice souvent du chasseur.

 

Philip Caputo signe un roman extraordinaire. Dès les premières lignes j’ai su que l’alchimie opérerait. Une plume envoûtante, le bon mot au bon moment, comme si ses mots prenaient vie et forme, là sous mes yeux. Il est très rare quand un roman me touche à ce point. Et ce final sous le ciel étoilé en plein hiver, wow, la cerise sur le gâteau. Un cycle qui se finit et un nouveau qui s’ouvre. Un héritage du meilleur à venir.  Philip Caputo parle de la mort avec un aplomb certain et un amour de la vie tout en gardant à l’esprit les drames qui façonnent ses hommes et ses femmes. Ceux qui les ont acceptés et qui ont en font une véritable force. Ceux qui sont dans le déni et qui avancent tant bien que mal, un pas après l’autre, vers cette lumière bien trop lointaine. Philip Caputo insuffle à sa prose une force constante, combattant chaque état d’âme, et de la bienveillance.

 

Un roman fort, poignant, percutant que je vous invite vivement à découvrir !

 

Un bol d’air pur à vous faire frissonner !

 

Une chronique de #Esméralda

CE QU’IL FAUT DE NUIT, un roman de Laurent Petitmangin.

Je pense que ça été une belle vie. Les autres diront une vie de merde, une vie de drame et de douleur, moi je dis, une belle vie.


C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.
Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir.

C’est l’histoire d’un deuil, du courage et d’abnégation. C’est l’histoire de l’ivresse, de la peur et de l’absolution. C’est l’histoire d’hommes qui se débattent dans leur propre brouillard, en apnée, sur le chemin parsemé de doutes et d’espoirs. C’est l’histoire d’une famille, d’une multitude de familles dans toutes ces facettes multicolores et d’unicités.
Le père, Fus, Gillou, une famille amputée d’une maman, d’une épouse emportée par le cancer sans se battre, sans se rebeller. Un abandon douloureux mais silencieux. Peu de mots sont mis sur cette situation mais les attentions sont nombreuses. La vie reprend ses droits. Le foot, les vacances, les dimanches loin de l’hôpital. Le soleil perce ce brouillard insistant. Les enfants deviennent des adolescents. Une période où la recherche de leur identité et valeur s’intensifie. Une période laissant place au monde des adultes. Trois chemins qui se séparent où Gillou reste ce point d’ancrage, cette passerelle neutre. La vie avance doucement et puis elle explose en un coup de poing. L’amertume, la rage, la folie s’emparent de l’un d’entre eux. Case prison. Case remord. Case incompréhension. Case tristesse. Case effondrement.

 

CE QU’IL FAUT DE NUIT est un concentré d’émotions pures. Elles accaparent, interrogent et bouleversent. Un premier roman qui fascine par l’humilité qui en découle. Des mots forts, acérés et percutants tels une douce mélodie d’une vie où la douleur s’est invitée insidieusement. Les non-dits, la peur de l’abandon, la peur de la discorde, la peur de la fuite clouent les mots, les enfoncent dans les entrailles prenant racine au cœur de ce vide trop plein. L’espoir gagne parfois mais la désillusion remporte souvent les batailles. La lâcheté face à la douleur, s’interdire de ressentir ces émotions superflues qui ne demandent qu’à exploser, qu’à être entendues. Un tableau grandiose d’hommes dans leur plus belle et grande fragilité. Une symphonie discordante où les accords n’ont aucune utilité. Un portrait sans fioriture, sans filtre d’une beauté fracassante !

 

Un premier roman à découvrir de toute urgence !

 

Une chronique de #Esméralda

LES APRÈS-MIDI D’HIVER, un roman de Anna Zerbib.


« C’était l’hiver après celui de la mort de ma mère, c’est-à-dire mon deuxième hiver à Montréal. J’ai rencontré Noah et j’ai eu ce secret. Tout s’est produit pour moi hors du temps réglementaire de la perte de sens. Longtemps après les premières phases critiques du deuil, que j’ai bien étudiées sur Internet. Les événements se sont déroulés dans cet ordre, de cela je suis sûre. Pour le secret, je ne suis pas certaine, il était peut-être là avant, un secret sans personne dedans. »
Dans ce roman vibrant d’émotion, Anna Zerbib fait l’autopsie d’une obsession amoureuse où le désir, les fantasmes et les petits arrangements avec le réel sont autant de ruses pour peupler l’absence, en attendant les beaux jours.

Ce qui ressortira de cette lecture, c’est sans aucun doute, la puissance et la beauté de la plume de Anna Zerbib. Je pense que mon avis pourrait se suffire à cette seule phrase. Une rencontre bouleversante et inoubliable. J’adore ces envolées lyriques, ces mots qui coulent, qui s’entrechoquent et qui s’unissent au cœur de ce ballet sans fin.
Anna Zerbib raconte ici la douleur. Celle qui naît de la beauté d’une rencontre, celle qui s’installe dans chaque pli du cœur, celle qui s’épanouit dans tout le corps, celle qui meurt laissant ce sentiment d’un abandon unique.
Elle s’est installée à Montréal et a reprit ses études. Le premier hiver a laissé cette trace indélébile, la mort de sa maman. Une maman fantasque, bipolaire, dépressive qui était le cœur de toute sa vie. Un premier hiver rude, le plus marquant. L’hiver a pris son cœur, son corps, sa tête et le dégel n’est toujours pas terminé. Elle avance pas après pas, les souvenirs bons comme mauvais surgissent ici et là tels des madeleines de Proust. Venue étudier la littérature américaine à Montréal, elle passe son temps à écrire, à user sa plume. Alors en couple, l’irrésistible attirance pour cet homme du balcon supérieur, lui tombe dessus. Une sacrée tuile qui va bouleverser son monde, sa vie, son corps, son âme. Artiste maudit, lui, vit au rythme de ses contrats, de ses pérégrinations, de ses envies, de ses désirs. De vingt ans son aîné, il ne veut plus aimer, juste assouvir ses envies. Pas de relation, pas de promesses, juste des après-midi sans lendemain, sans rien, sans avenir. Sans mot inutile, sans fioriture.

 

Un deuxième hiver qui s’ouvre sur l’éternité des sentiments toxiques, uniques. Elle sombre, s’accroche à ses SMS promesses d’un nouvel après-midi merveilleux. Boulimique, elle attend. Elle dévore son corps décharné. Elle vomit l’insuffisance, le manque. Le corps se figeant peu à peu dans le froid, la glace dans une attente interminable d’un plus utopique. L’hiver se saisit de cette douleur lancinante, l’apprivoise, la façonne et quand le dégel s’annonce, elle surgit anéantissant le peu, le désir, la croyance à cet autre.

 

Anna Zerbib signe un premier roman d’une qualité rare. Si le scénario est quelque peu simple, j’ai fortement apprécié sa plume, son écriture. Elle puise la douleur, se l’approprie et la relate d’une manière touchante et émouvante. Une lecture dont j’ai savourée chaque phrase me laisser baigner dans ce froid insidieux et douloureux, attendant que l’engourdissement s’envole et catapulte les esprits. Un  roman puissant où la reconquête des corps et de l’âme offre le sublime dans la noirceur.

 

Une roman que je vous invite à découvrir !

 

Une chronique de #Esméralda

DANSE AVEC LA FOUDRE, un roman de Jérémy Bracone.


Figuette est ouvrier et père célibataire de la petite Zoé depuis que sa femme, Moïra, imprévisible et passionnée, a fugué. L’été arrive et l’usine qui l’emploie menace de fermer, il n’aura pas les moyens d’emmener sa fille en vacances comme il l’avait promis.
Pour séduire Moïra, il avait été capable des plus belles folies. Pour la reconquérir et ne pas décevoir sa fille, il va aller encore plus  loin.
Entre drame et comédie, solidarité ouvrière et passion amoureuse, Danse avec la foudre est un premier roman poétique et révolté.

Voici un roman qui dégage ce quelque chose d’immersif et de passionnant. Une aura où sensibilité et réalité s’acoquinent dans ce dédale d’espoir et de faux semblant.
Moïra est partie comme ça, en un claquement de doigt plus rien. Pourtant cela couvé depuis des mois et des mois. L’irrésistible attraction de la vie, appât indéniable de la liberté, de la folie. Zoé a perdu sa maman, seul le téléphone, miroir fantasque d’un amour toujours présent.
Figuette a toujours connu la cité et l’usine. La petite Italie est sont territoire, le café sa maison. L’enfance, l’adolescence et sa vie d’adulte se déroulent sur ce tapis usé par ces vies travailleuses. Les copains et la copine qui deviendra sa femme et puis la routine, l’impuissance d’une vie meilleure, celle courbaturée par le travail à la chaîne, l’insécurité, les lendemains sans lendemain. Figuette n’est ni un mari ni un père extraordinaire. Il fait comme il peut, même si la fuite vers le café est l’ultime facilité. Et voilà qu’il se trouve seul avec cette fille qui va apprendre à connaître et à aimer davantage. La faire rêver malgré sa promesse de vacances est devenu son ultime but.

 

Jérémy Bracone est un grand orateur et faiseur d’histoire. Un roman qui dépeint avec cette facilité les drames et le moments inoubliables. Roman sociétal, roman usiné à la force de ces personnages pris dans les filets d’une vie usante où l’avenir n’a le goût que de l’amertume. Un roman où l’espoir se construit à la force des mains et des bras. Un roman aussi noir qu’une cave peut receler tout un trésor d’imagination. Un roman qui transporte, qui fait bondir le cœur. Un homme, une femme, une enfant embrigadés dans le tourbillon inévitable de ces destins prédestinés.

 

Jérémy Bracone façonne une réalité emprunte par sa poésie à la fois grave, méticuleuse et surtout bienveillante. Qu’il est bon de se laisser porter par se mots et d’en mesurer toute leur importance. Qu’il est bien de s’attacher à cette innocence pure et insouciante d’un monde sans crainte. Qu’il est fier celui qui ressortira de cette épreuve transformer.

 

Un roman qui m’a littéralement transportée. Pas de coup de foudre, mais un moment magique et inoubliable au côté de Figuette et de Zoé. J’ai beaucoup apprécié, l’immersion dans cette vie faite de tout et de rien. Une ambiance à la fois morose et qui d’un seul coup peut se révéler majestueuse, magique. Des personnages si proches de la réalité. Loin de la caricature, Jérémy Bracone à su me séduire avec une histoire touchante et bouleversante.

 

Une chronique de #Esméralda

VERTIGES, un roman de Fredric Gary Comeau.


Ils sont huit. Huit personnages engagés dans un chassé-croisé qui aura pour théâtre Moncton, Montréal, New York ou Santa Fe. Parmi eux, Hope Fontaine, jeune femme sans attaches qui porte paresseusement sa quête : sa mère, férue d’astrologie, l’a en effet convaincue de partir à la recherche d’un poète acadien dont elle a trouvé le recueil dans le désert du Nouveau-Mexique. « C’est l’homme de ta vie », croit-elle. Un attentat dans une gare parisienne, un vieil homme qui retrouve le guerrier en lui, des artistes qui effacent et refont le monde, et puis l’amour, sous des formes parfois étonnantes… Il y a tout ça dans Vertiges, un roman dont le dénouement ne laissera personne indemne.

Un grand merci à Babelio et à leur masse critique privilégiée qui m’a permis de découvrir une toute nouvelle maison d’éditions et l’un des deux premiers romans édités par leur soins.

 

Si je devais résumer VERTIGES en un seul mot, j’utiliserai flamboyant. Un roman qui a su me séduire par un style atypique, une plume acérée, mélancolique, violente, intrusive, intimiste et musicale.
Huit personnes, huit artistes dans l’âme, poètes, peintres, rêveur, génie incompris, tous dans le mouvement perpétuel de trouver leurs propres chemins, leurs destinées, leurs voies, leurs vengeances. Huit personnes attirées par la beauté multiple des couleurs, des corps aimants, des mots, des rythmes effrénés, des vents changeants. Huit personnes sur le chemin cabossé de leurs chois, de leurs envies et de leurs espérances. Huit personnes poussées par la décadence du vertige celui qui aspire dans les méandres de l’âme, celui qui élève vers le renouveau, l’espérance. Amour, douleur, émancipation jalonnent les vallons, les falaises abruptes de ces vies parachutées dans une immensité hypnotique de la quête.

 

Paru en 2013 au Canada, VERTIGES débarque en France. Fredric Gary Comeau, avant tout musicien, propose ici un premier roman où la musique a toute son importance. Un style unique empreint d’un rythme tour à tour suave et infernal. Des chapitres très cours où l’intention est brute de décoffrage sans artifice, simulacre. Chapitres après chapitres, fenêtres entrouvertes sur un des huit personnages, l’histoire se construit, s’empile page après page vers un dénouement que je qualifierai d’inattendu et de pittoresque. VERTIGES m’a donné le vertige de l’immensité et de la petitesse du monde qui se croise et se décroise au rythme des avancées, de ces pas qui avancent ou reculent, tapent furieusement, battent le pavé, le tempo langoureusement. Vitesse accrue de ces vies baladeuses et baladées par les inepties d’une vie foldingue.

 

A découvrir absolument sans avoir peur de dépasser vos limites !

 

Une chronique de #Esméralda

GRAND PLATINUM, un roman de Anthony van den Bossche.


Louise a fondé une petite agence de communication. Elle est jeune et démarre une brillante carrière, malgré les aléas du métier, liés en particulier à son fantasque et principal client, un célèbre designer , Stan. Elle doit aussi jongler avec les fantasmes déconcertants de son amant, Vincent. Mais elle a autre chose en tête : des carpes. De splendides carpes japonaises, des Koï. Celles que son père, récemment décédé, avait réunies au cours de sa vie, en une improbable collection dispersée dans plusieurs plans d’eau de Paris. Avec son frère, elle doit ainsi assumer un étrange et précieux héritage.

 
De tous les livres de la sélection, c’est celui-ci que je redoutais le plus. Parfois cela se tient à la couverture et à la quatrième de couverture auxquelles je suis très sensible. Je me suis laissée quelques jours, le temps de digérer cette lecture et de voir si quelque chose en immergé. A mon grand désarroi, mon pressentiment s’est avéré être le bon.
Dans mes lectures, j’aime ressentir le tourbillon des émotions celles qui vous font rire, crier, pleurer où qui vous tordent les tripes tout simplement. Si la plume d’Anthony van den Bossche est minutieuse et sans aucun doute talentueuse il m’a manqué cet aspect libérateur, fantasque des sentiments. A mon goût les personnages ne sont pas assez détaillés notamment dans leur psychologie. On s’arrête à ces premières émotions qui effleurent les personnages : le ras bol, l’urgence, l’empressement, l’asociabilité. De grandes lignes qui auraient mérité de plus amples développements. Tout le côté psychologique est mis à l’écart, à mon grand regret. Des personnages secondaires qui font office de plante verte dans ce décor où justement la raison et l’action ont lieu d’être. Le personnage de Stan, victime de l’égoïsme, de la mondialisation et du capitalisme, se laisse déborder au point de péter une durite. Mais en quoi cela sert l’histoire ? Au contraire les vieux amis du père de Louise, Le Maire, Mehdi et Jean, sont peu présents. Une histoire à deux vitesses à laquelle j’ai vraiment eu du mal à m’accrocher. Je n’ai pas su voir la symbolique ni la la moralité. Mais peut-être n’étaient-elles pas présentes ? Et cela m’embête, une histoire pour une histoire ne m’intéresse pas. C’est toujours très difficile d’exposer son avis mitigé. Mais le fait est là, je ressors de cette lecture avec cette impression d’être passée complètement à coté.

 

Je terminerai sur le seul point positif de ma lecture et qui a sauvé les pots cassés. J’ai beaucoup apprécié ces chapitres qui nous plongent dans le passé, relatant les souvenirs d’enfances de Louise et de Vincent, ainsi ceux qui sont à l’origine des carpes Koï qui se promènent dans les plusieurs plan d’eau de Paris.

 

Une histoire où l’amour et l’amitié sont au cœur d’une aventure extravagante.

 

L’avez-vous lu ?

 

Une chronique de #Esméralda

IL EST JUSTE QUE LES FORTS SOIENT FRAPPES, un roman de Thibault Bérard.

Offrez-moi ça, d’accord ? Ces heures qui vous gavent de vie, qui vous arrachent des flashs grelottants sans prévenir.

Ces heures où j’ai enfin eu 20 ans.

La suite est nettement moins rigolote, alors …


 
Lorsque Sarah rencontre Théo, c’est un choc amoureux. Elle, l’écorchée vive, la punkette qui ne s’autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.
Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d’une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l’univers, à l’euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l’incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver. 
Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.
Un récit d’une légèreté et d’une grâce bouleversantes, entre rire et larmes, dont on ressort empreint de gratitude devant la puissance redoutable du bonheur.

Sarah et Théo, alias Moineau et Lutin, sont à eux deux l’explosion et l’expansion de leur univers. Une rencontre fortuite qui claque dans les airs tel le clap du réalisateur. Silence, moteur, ça tourne !

 

La légèreté, l’euphorie, l’aventure, les soirées, les virées, une vie à deux qui s’épanouit au rythme de leurs envies et désirs. Difficile d’apprivoiser moineau alors que lutin est émerveillé face à sa belle.
La vie cadencée, multi couleurs, folle, alléchante, fantasque, belle, si belle. Un bonheur pur. Et puis les plans sur la comète se profilent, un bébé ? Oui pourquoi pas ! Allons-y, soyons fous ! Simon puis une petite Camille qui surgit dans l’urgence de la situation. Trop tôt, trop rapidement, trop, trop dans la douloureuse séparation des corps qui ne voulaient pas encore se quitter. La raison ? Le cancer, le crabe, l’horreur … Il envahit son corps, trop soudain, trop vite, trop trop. Vivre ? Bien sûr qu’elle veut vivre même si l’ultime chance est mince, trop mince. La course s’engage. Frénétique, sauvage, asphyxiante, chaotique, cadavérique, puissante, explosive. Salvatrice ? Pour quelques années, le souffle reprend vie dans son corps décharné. Il rit, il pleure, il joue, il bout, il explore, il fascine, il se réjouit inlassablement au rythme d’une comptine qui ne s’arrêterait plus. Puis la rechute s’invite. Mordante, violente, cruelle. Sarah se voit mourir dans ce néant où elle ne sera plus là auprès de son lutin merveilleux et de ses enfants. Un lutin qui s’acharne à ne pas voir l’évidence. Ce déni salvateur qui lui permet d’avancer dans la fougueuse vie qui continue à tourner sans elle et sans lui perdu au cœur de cette dimension parallèle. L’évidence est là dès les premières pages. Pas de mauvaises surprises juste eux et leurs mots pour un destin, leur destin.

 

Respire ! Lire en apnée ce n’est pas l’idéal, je l’avoue. Mais il y a de ces livres dont le possible devient impossible. Thibault Bérard est un auteur extraordinaire. Un de ceux qui vous fait vivre et qui vous transporte au cœur du cruel au rythme des mots qui se veulent tour à tour enchantés, merveilleux et entraînants. Parler de la maladie est un pari délicat car il faut trouver le juste dosage pour éviter de tomber dans le pathos. Et Thibault Bérard est un excellent magicien. Peut-être pour le choix de son narrateur ? Un omniscient qui se souvient, découvre les moments volés, cachés et prescient. Peut-être grâce à ses personnages bien trop touchants, attachants, fantasques et humains ? Peut-être grâce aux émotions développés, aux cris de détresses, aux hurlements de l’injustice mais aussi à ses paris fous où l’espoir reste la seule échappatoire ? Peut-être grâce à cette plume qui virevolte entre les moments de grâce, de volupté et de rire et que même dans la noirceur la lumière vit toujours tant que la vie est là, battante ? Peut-être grâce à ce final qui n’en est pas un ? Un définitif, catégoriques, sans retour en arrière, sans espoir ? Peut-être parce que la mort n’est qu’une étape de la vie ?

 

Thibaut Bérard signe un roman magistral et majestueux où les mots puissent leurs forces dans la vie et dans la mort, éléments indissociables.

 

A découvrir absolument !

 

Une chronique de #Esméralda

 


Là Où L’HERBE EST PLUS VERTE, un roman de Typhanie Moiny.


« Il me faut partir. C’est la seule certitude à laquelle je m’accroche. Cet instinct de survie a grandi à l’abri des regards et me pousse hors de ces murs. »
Coline fuit. Elle fuit les crises d’angoisses et les remarques blessantes. Et si elle le pouvait, elle fuirait également son ventre vide qui n’est pas capable de faire d’elle une mère.
Alors, quand Ashling, une jeune irlandaise, lui offre un nouveau départ, elle d’ordinaire peureuse et casanière, ne peut qu’accepter. Il est grand temps d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs.
Mais lorsque les blessures traversent les frontières, et que le passé s’invite dans ses valises, il n’y a pas que la météo qui risque de se gâter.

Coline n’en peut plus. Les réprimandes, les humiliations, la pression sont devenus son quotidien la plongeant peu à peu dans la dépression. Elle a maigri, ses nuits ne sont plus que le berceau de crises d’angoisse. Devenue le fantôme d’elle même, elle décide de rompre. Au revoir l’avenir, son compagnon toxique, ce bébé qu’elle n’aura jamais. Elle a besoin de se reprendre en main et sa survie en dépend.
Elle se réfugie chez sa meilleure amie qui l’accueille les bras ouverts. Elle s’épanche sur ses douleurs, soucis et peines qu’elle avait tu jusqu’à présent. L’oreille attentive de son amie la réconforte. Les jours s’égrènent et elle reprend peu à peu confiance en elle. Son mal être semble s’apaiser. Elles décident de se faire une soirée entre filles et de se rendre dans un pub. A contre cœur, Coline se laisse guider. C’est alors qu’elle font la connaissance de l’exubérante Ashling. Une irlandaise fougueuse au tempérament de feu. Une belle amitié naît suite à un malentendu. Les semaines défilent et Coline se sent de mieux en mieux. Elle envisage de nouveau projet notamment celui de se trouver un appartement. Mais c’est sans compter sur l’enthousiasme entraînant de Ashling qui lui propose de traverser la Manche et de s’établir dans la petite dépendance de la maison familiale en Irlande. Coline n’a jamais être une grande téméraire, l’inconnu l’effraye et elle adore son confort. Quelque peu hésitante, c’est alors qu’elle décide de se lancer dans le vide et d’accepter la proposition de sa nouvelle amie.

 

L’Irlande, terre à la fois sauvage et accueillante, aux paysages charmants et pittoresques. La petite maison accueillante la charme tout de suite et de balades en balades, elle s’approprie cette nouvelle terre. Elle se reconstruit, fait de nouvelles rencontres et se libère des dernières chaînes qui l’entravaient. Lorsque l’heure des révélations sonnera, saura t-elle tenir le cap qu’elle s’est fixée ?

 

Typhanie Moiny propose un roman douloureux sur la reconstruction. Les relations toxiques sont décrites avec réalisme prenant aux tripes. L’atmosphère est clairement anxiogène et oppressante se délitant peu à peu et devenant apaisante. Le personnage principal est confronté à ses démons et tente par tous les moyens de les éliminer. Seules les discussions face à face et son courage lui permettront de s’en défaire. L’emprise psychologique et l’aspect psychologique du personnage façonnent l’histoire. Je ne me suis pas vraiment sentie à l’aise avec cette lecture car tout simplement le thème développé me touche de prêt. Il n’a pas été évident pour moi de m’imprégner du contexte notamment au cours de la seconde partie du roman qui est consacrée à la reconstruction de Coline. C’est un livre à la fois douloureux et stressant mais qui délivre ce message d’espoir que tout est possible et que l’entourage peut vous apporter la clef amorçant une nouvelle étape de votre vie. Une jolie lecture dont je regrette de ne pas avoir su m’immerger entièrement mais qui vous touchera sans aucun doute.

 

Une chronique de #Esméralda