L’HOMME SANS FIL, un roman d’Alissa Wenz.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Denoël


« S’amarrer dans des villes inconnues, ne pas savoir où il va dormir, voilà ce qu’il aime. L’exaltation du nouveau. C’est exactement ce qu’il ressent quand il entre dans des réseaux informatiques. Oui, c’est la même chose, se dit-il, c’est un acte de foi. […] Les journaux l’appellent ainsi : le hacker sans abri. »
En 2010, le jeune soldat Bradley Manning est accusé d’avoir divulgué des documents
classés secret-défense, révélant d’importantes bavures de l’armée américaine. Il risque alors la prison à perpétuité.
Qui se souvient aujourd’hui d’Adrian Lamo, l’homme qui l’a dénoncé ? Hacker hors pair, Adrian Lamo est une légende dans son domaine. Mais le génie adulé, l’insolent vagabond, s’isole progressivement. Happé par les univers parallèles dont il se fait l’architecte, Adrian Lamo s’extrait peu à peu de la vie. Il perd dangereusement le fil du réel, entraînant dans sa chute ceux qui l’admiraient.
Avec une grande finesse, Alissa Wenz explore la part sombre de notre humanité et compose le portrait saisissant d’un antihéros 2.0.

 

 

Ma note : 5/5 mention « coup de cœur »
Nouveauté 2022
272 pages
Disponible au format numérique et broché

 

 


MON AVIS

Inspiré de faits réels, L’HOMME SANS FIL reste un récit romancé qui a le mérite de voguer entre l’irréalité et la réalité, subterfuge saisissant et impitoyable.

 

Vous avez tous entendu cette affaire en 2010, même si en France elle n’a pas eu un retentissement exemplaire, aux États-Unis c’est la goutte qui a fait déborder le vase. Bradley Manning a vendu ou fourni des documents sécurisés à Wikileaks. Adrian Lamo est celui qui l’a dénoncé.

 

Ce récit narre la vie de cet homme hors-norme. Un homme vagabondant d’est en ouest, nord, sud. Les lieux insalubres sont son toit. Son sac à dos, sa vie. Son ordinateur l’ouverture sur un monde numérique. Son talent, hacker les grandes entreprises, mettre en lumière les failles et gracieusement les réparer. Adrian Lamo est un génie d’une honnêteté désarmante. Il améliore ce monde, il pointe du doigt les défaillances. Adrian est un homme complexe, insaisissable. Sa vision du monde est sans contexte atypique. Il le construit à sa manière, jouant avec l’illégalité. Le seul unique et faux pas le mène en enfer.

 

Alissa Wenz a le talent extraordinaire de narrer des histoires qui le sont tout autant. Captivée dans ma bulle, je lis avec une certaine frénésie, inquiétude et envie cette histoire qui n’en est une que parce qu’elle à été écrite. Se souvenir que ce n’est pas réel, qu’à moitié. Se plonger dans un univers unique, impénétrable, anonyme. Se dire que cet homme, malgré tout, est un homme bon qui a joué avec son erreur et s’est perdu dans les limbes d’un monde qui ne voulait plus de lui. Imaginer l’enfer, l’appréhender, le vivre et le chérir car il est le seul endroit où la vie semble paisible. Perception d’un monde où la trahison ne ressemble plus qu’à une certaine déchéance. Tomber sans jamais pouvoir se relever, juste cette envie de devenir enfin une personne, une seule personne et ne plus avoir à porter cette fichu casquette.

 

Un fil décousu, sensible, ténu. Un fil sans un homme, perdu, oublié, isolé. Un fil relié à l’ignominie. Un fil qui se casse dans cette chambre crasseuse, déshumanisée.

 

Portrait saisissant d’un homme simple et dont le bonheur ne tenait qu’au son des touches de son ordinateur. Un homme aux mille questions, aux mille angoisses mais dont le cœur débordait de générosité.

 

Immense coup de coup de cœur pour le nouveau roman d’Alissa Wenz que je t’invite vivement à découvrir !

SERVICE APRÈS-MORT, tome 1, un roman d’Angélique Kateb.

FICTION

Éditions Original KOBO

#Babelio

N’en déplaise à son carlin prénommé Danny, Lila, la trentaine, seule dans sa studette, ne se sent pas vraiment au mieux de sa forme. Il faut dire que son rêve de percer en tant que photographe à Paris est un échec complet : elle termine difficilement le mois aux coquillettes en se contentant d’immortaliser des mariages et des PACS.
 
Lorsque le décès de son grand-père l’oblige à revenir dans le Sud de la France, à Arles, sa ville natale où vit sa famille, elle débarque au moment du festival des Rencontres de la photographie dont le thème est… « Rêver sa vie ».
Chez les Naimi, pour combattre la déprime, qu’elle soit liée au deuil ou à la vie en général, on s’occupe. Et entre le hammam que tient sa grand-mère, et les pompes funèbres où officient sa mère et sa tante, de l’occupation, elle va en trouver. Seulement voilà, Lila a un don un peu particulier : un lien avec la mort qui n’appartient qu’à elle et que, jusqu’à présent, elle avait tout fait pour fuir.
Se réconcilier avec son don, comprendre (un peu) les femmes de sa famille et trouver sa voie ? L’été s’annonce prometteur. Quant à la gent masculine… il faut croire que, « quand on ne cherche pas, on trouve » !
 
Ma note 3/5
Nouveauté 2021
230 pages
Disponible au format numérique sur Kobo


MON AVIS

Lila avait planifié sa vie à la perfection. De sa passion, la photographie, elle en fait son métier. Monter à la capitale était un rêve qui s’est soldé, sans mentir, par un échec. De l’espoir de devenir photographe culinaire, elle se retrouve à couvrir les mariages et autres événements qui ne l’emballent pas vraiment. Le décès de son grand-père va tout remettre en question et décide donc de rentrer dans sa ville natale, Arles, pour un temps indéterminé. La mort est une affaire de famille. Sa mère et sa tante gèrent des pompes funèbres, tandis que sa grand-mère celui d’un hammam. Une famille autonymique et un père atypique qui virevolte autour de cette dernière. Une grande famille soudée par un lien indéfinissable, tumultueuse et parfois dysfonctionnelle. Sa petite sœur est un membre de son entourage assez stable avec des idées d’avenir bien définies. Lila retrouve avec fracas sa famille malgré le deuil qui les déchire. Et c’est ainsi que son don particulier avec la mort resurgit. Sauf que cette fois-ci elle a un allié de taille qui grâce à son enthousiasme la porte dans une aventure délirante.

La couverture est très flatteuse, le résumé totalement attrayant, mais le contenu m’a beaucoup moins séduite. Si le personnage de Lila est hyper attendrissant, ses aventures ne m’ont toutefois pas convaincu. Lila est une jeune femme totalement paumée et qui ne sait plus quoi prioriser. Son retour aux sources va agir comme une quête et elle va trouver de l’intérêt pour la mort au travers des pompes funèbres et de la vie par celui du hammam. Une sorte de quête initiatique qui porte ses fruits et va permettre à Lila de faire la paix avec ses doutes et ses questionnements. Sa petite sœur agit comme une brise rafraîchissante et leur lien va se trouver renforcé au travers de leurs missions outre-tombe. Je regrette que l’histoire parte finalement dans tous les sens. Il y l’aspect familial, puis la quête de la petite sœur à la recherche de ses origines, et Lila avec son don, l’appropriation de son identité et sa quête amoureuse, et une pseudo intrigue. Tout cela m’a donné l’impression que l’histoire s’éparpille et l’envie s’est quelque peu envolée. Ce premier tome ne m’a pas convaincu malgré une histoire originale et bizarre. Je me suis laissée toutefois entraîner par la plume de Angélique Kateb qui aime user d’humour.

LES MONSTRES, un roman de Charles Roux.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Rivages

Dernière lecture de la saison 2021 des #68premièresfois


Lors d’un diner-spectacle dans un restaurant tenu par une sorcière, au coeur d’une ville de béton sur laquelle plane une menace invisible, un homme et une femme se rencontrent.
Dans ce premier roman plein d’audace, conçu comme un cabinet de curiosités littéraires, Charles Roux explore, à travers un jeu subtil de métaphores et de travestissements, le fascinant mystère de l’identité.
Ma note : 4,5/5
Nouveauté 2021
605 pages
Disponible en numérique et broché


MON AVIS

Les avis de la communauté des 68 premières fois étaient tous divergents à son sujet. Il fallait attendre ce fameux repas pour apprécié sa lecture. Et bien que nenni ! Je fais partie de la team qui a adoré et ce, dès les premières pages.

 

Un style hors du commun qui m’a enchantée dès les premiers paragraphes. Un style inimitable qui peut hérisser le poil de certain ou éprouver au contraire une fascination sans limite. Charles Roux m’a plongée au cœur d’un univers où curiosité rime avec exploration de soi et des sens. Un monde en déclin où la violence gronde la nuit venue. Elle s’étend sur la capitale, emprisonne les esprits, en délivre d’autres. Dans ce chaos il y a : vous, tu et il/elle.

 

Vous, Alice, professeur d’histoire-géographie est un monstre. Une femme difforme, sans charme, ni caractère. Une vieille fille martelée par ses angoisses. Un monstre qui fabrique des monstres en glaise.

 

Tu, David, un père infâme mais aimant, un mari volage qui aime se détruire à petite dose. Chaque jour est un cauchemar de plus et ton monstre s’empare de toi davantage te plongeant au cœur de tes abysses.

 

Il/Elle, Dominique, aimant créer ses monstres de toutes pièces. Philtres à gogo, sous-sol mystérieux où se terrent une collection atypique et un restaurant révélateur, scène d’une vérité salvatrice.

 

Charles Roux explore avec imagination ce qui nous caractérise. Inconscience et conscience s’affrontent démêlant le vrai du faux, suggérant, doutant, se questionnant autour de sujets essentiels. Qui sommes-nous réellement ? Quelle importance donnons-nous au regard de la société ?  Sommes-nous des produits, des monstres de la société et crées par elle ? Tout autant de questions qu’abordent les personnages à tour de rôle et tendent à y donner une réponse, un sens. J’ai beaucoup apprécié le style de lecteur qui n’hésite pas à changer de style narratif qu’il a associé à une personnalité en particulier. Un changement qui coupe la chique aux premiers abords mais qui donne au texte une architecture aux aspérités dissonantes et malléables. J’ai cette impression que le texte bouge sans cesse ne s’arrêtant pas à une configuration stricte et figée. L’effet est marquant et j’ai accroché dès le départ. Le scénario est très intéressant dans la manière dont l’auteur traite son sujet et développe tout autour un questionnement emmenant vers des réponses dont le lecteur et la lectrice, à sa convenance, peuvent se saisir. Un récit haut en couleur qui m’a fait passer un excellent moment de lecture.

 

Une lecture que je vous recommande chaudement !

 

L’ARCHE DE MÉSALLIANCE un roman de Marin de Viry.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Du Rocher


Marius, aristocrate aussi désenchanté que catholique, travaille pour un fleuron international du « développement durable ». Le PDG de l’entreprise, en bon cynique, le met en concurrence avec Priscilla, une Anglaise aussi ambitieuse que féministe. L’enjeu ? Le poste de directeur général. La guerre programmée aura-t-elle lieu ?
Avec la complicité de Sean, haut dirigeant lassé du capitalisme, Marius et Priscilla font un pacte et orchestrent une stratégie pour saboter les plans de leur direction. Dans cette lutte, il n’est pas impossible que l’amour soit l’ultime « chant » de l’odyssée de ces personnages en rupture.
Avec son goût des formules qui font mouche, Marin de Viry manie à la perfection l’art de la satire. Scrutant cette fourmilière qu’est le quartier d’affaires de La Défense, il épingle les travers d’un milieu professionnel et d’une époque. L’Arche de mésalliance se lit comme une incitation à fuguer et à préférer la vie de château aux servitudes (plus ou moins) volontaires.
 
Ma note : 3/5
Nouveauté 2021
216 pages
Disponible en numérique et broché

 

 


MON AVIS

L’ARCHE DE MÉSALLIANCE est un roman singulier mettant en scène, la crème de la crème. Direction Paris, le quartier de La Défense et sa fabuleuse Arche, symbole moderne du capitalisme. Marius et Priscilla, concurrents directs pour le poste convoité. La bave aux lèvres, tous les coups sont permis pour régner sur le monde que représente l’entreprise. Marius, un bonhomme bien endimanché, est un professionnel de la manipulation. Priscilla est la reine de l’audace et son charisme en envoûte plus d’un. Mais dans le monde de l’entreprise, la règle d’or est la méfiance. Sournoiserie, manipulation de grande envergure, l’horizon est un champ de batailles où la moindre faute d’inattention peut vous envoyer six pieds sous terre. Complot en tout genre, messe silencieuse, le règne s’aborde par les souterrains et souvent l’arroseur est arrosé.

 

Le monde du travail est à mes yeux une jungle inhospitalière notamment celle des ses grandes entreprises qui brassent des milliards et des milliards de devises. Ce monde inconnu m’est effrayant, ne comprenant ni les subtilités ni les codes et les aboutissants. Un monde vindicatif, fourbe et stressant. Marin de Viry a su donner à cet univers un aspect totalement inattendu. Un brin de mélancolie et de romantisme, un brin de folie et d’exubérance, un brin de douceur et de cachotteries. Un univers devenant une pièce de théâtre où les surprises assurent à la sévérité du sujet une certaine complaisance, une certaine amitié et le tout porté par des personnages loin du grotesque et du burlesque. Marin de Viry enfante un monde où le meilleur a su prendre l’avantage sur le pire. Un détonnant roman sur le monde de l’entrepreneuriat et du capitalisme où j’ai eu l’impression d’être un poisson rouge dans son bocal.

 

Une lecture en demie-teinte où j’ai moins apprécié la première partie et me suis éclatée dans la seconde. La mise en place est lourde où l’auteur décrit les petites aspérités caractérielles des ses protagonistes. Mais la suite est un véritable bonheur où le scénario est terriblement irrésistible. Mon ignorance sur cet univers n’a pas été en ma faveur mais je reste persuadée que les adeptes ne pourront que sourire face à ce roman insouciant et d’une belle créativité.

 

 

BÉNIE SOIT SIXTINE, un roman de Maylis Adhémar.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Julliard

Une lecture des #68premièresfois

Pour Sixtine, l’avenir était tout tracé. Enfance très pieuse dans une famille catholique traditionnelle, études d’histoire de l’art, un beau mariage : elle sera bientôt Mme Sue de La Garde, appelée à enfanter de nombreux héritiers… Dès la nuit de noces, Sixtine déchante.
Mais elle est enceinte, et c’est tout ce qui compte.
Cependant, l’intégrisme de son époux polytechnicien, de sa belle-famille, pèse de tout son poids sur la jeune femme. Souffrir. Enfanter dans la douleur. Et se taire… Jusqu’à la tragédie. Comment s’émanciper de ce carcan mortifère? Sinon par un long et lumineux chemin de croix ?

 

Ma note : 4,5/5
2020
304 pages
Disponible en poche, broché et numérique

 

 


MON AVIS

Sixtine a grandit au sein d’une famille ultra religieuse. Une communauté fermée et très rigoureuse, rythmée par les prières, les rosaires et où les femmes enfantent à tout va dans le seul but d’agrandir la communauté et leur pouvoir au sein de la société.

 

Sixtine rencontre Pierre-Louis lors d’un mariage. Une idylle foudroyante et rapide qui se termine quelques mois plus tard part un mariage dans les règles de l’art. Débute ainsi sa nouvelle vie de femme mariée. Tenir la maison, participer aux rencontres de la communauté et attendre leur premier enfant. Une grossesse extrêmement difficile pour Sixtine qui se sent rabaisser par les paroles infâmes de sa belle-mère. Elle doute d’elle et s’en remet à Dieu pendant de longs rosaires censés l’absoudre de ses mauvaises pensées. Le couple bat rapidement de l’aile. Elle découvre que Jean-Louis fait d’une branche radicalisée du mouvement et qu’il s’adonne à des raids sanglants. Elle remet tout en cause, sa place au sein de la communauté, sa croyance, leur combat et sa foi. Sixtine prend toute la mesure de l’emprise psychologique de la communauté lorsque sa belle-mère lui enlève son bébé.

 

Ainsi débute, pour elle et son bébé (récupéré entre temps), un exil salvateur dans un petit village bienveillant. Elle y rencontre l’autre côté, le diable, les tentations, l’amitié, l’abondance de l’alcool, de la drogue. Sans toutefois y plongée, elle découvre l’abnégation et la tolérance. Elle apprend à connaître de merveilleuses personnes. Malgré des premiers pas hésitants, des maladresses et des fautes, Sixtine découvre l’immensité d’un monde d’une beauté étrange. Elle ne réprouve pas sa foi mais elle apprend à être modéré auprès d’un curé bon-enfant.

 

Entre sectarisme et manipulation psychologique, ce roman nous entraîne dans un sujet loin d’être simple. J’ai suivi avec curiosité cette fuite m’attardant sur l’aspect psychologique de Sixtine qui est étoffé et méticuleusement décrit. La détresse, la douleur, l’espoir, l’attente, la peur sont parfaitement mis en exergue. Une quête difficile vers une liberté qui malgré tout coule dans ses veines depuis toujours. Tout au long de ce récit des lettres familiales apparaissent et nous apprend beaucoup de choses. Maylis Adhémar nous offre un roman puissant où les liens, la manière de vivre et inculqué depuis toujours, sont d’une manière (presque) irrévocable. Un endoctrinement puissant qui m’a filé les frissons. La question que je me suis sans cesse posée : jusqu’à quel point les manipulations psychiques peuvent endormir et modeler une personne à volonté ? Et la réponse qui m’a apparu clairement et qu’il n’y a aucune limite ! Un roman choquant mais offre une lumière potentielle au bout de ce tunnel (sans fond). Une lumière qui s’appelle liberté et qui malgré toutes les douleurs encourues, elle vaut le coup. Sixtine est une personne admirable qui a suivit son instinct maternelle et malgré la peur de l’inconnu et de son appréhension a su dépasser toutes ses limites. Un roman enchanteur et qui prouve sans relâche que l’emprise mentale peut être défaite et au delà de ça que la vie existe en dehors de ce voile mortuaire.

 

 

BÉLHAZAR un roman de Jérôme Chantreau.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Phébus

Lecture Babelio

Février 2013 : Bélhazar, un jeune homme sans histoire, décède lors d’un contrôle de police. Accident ? Bavure ? Suicide, comme l’avance le rapport officiel ? L’affaire en reste là. Passée sous silence, elle tombe dans l’oubli. Jusqu’à ce que Jérôme Chantreau décide de mener l’enquête. Professeur de français et de latin, il avait eu pour élève le jeune Bélhazar.
L’auteur se plonge dans le passé, interroge les souvenirs. Mais se heurte à la malédiction qui semble entourer ce drame. Que s’est-il vraiment passé ce soir d’hiver ? Et par-dessus tout, qui était Bélhazar ? Adolescent hypnotique ? Artiste précoce ? Dandy poète laissant derrière lui un jeu de piste digne d’Alice au pays des merveilles ?

 

Ma note : 3,5/5
Rentrée littéraire 2021
320 pages
Disponible en broché et en numérique

 


MON AVIS

Voici une lecture qui m’a échappé (un peu, beaucoup et passionnant). Il est évident pour moi dès les premières pages que Bélhazar sera à l’image d’une aventure éprouvante et hasardeuse.

 

Bélhazar n’aurait jamais dû exister. Mais par le plus bel des hasards et la générosité de la vie, il pointe le bout de son nez. Enfant unique, Bélhazar détonne dans le monde ultra étiqueté dans lequel nous vivons. Il est unique, rare. Un de ses enfants solaires qui émerveille. Bélhazar vit dans son monde où l’imagination, l’abstrait, ses manies de collectionner embellissent son univers. Bélhazar n’est pas un bon élève et se moque totalement de l’école. Son excentricité, son exubérance passionnent et envoûtent, illuminées par une aura magnétique.

 

Puis tel arrivé sur terre , il est reparti en un millième de seconde. Le temps d’un bang. Viens le temps de colère, du deuil et des souvenirs.

 

Jérôme Chantreau, un ancien professeur de Bélhazar, se décide de prouver qu’il ne s’est pas suicidé. Avec l’approbation des parents, il part à la rencontre de cet enfant extra-ordinaire et du jeune homme qu’il était devenu. La vie, la mort se confrontent, s’unissent dans ce ballet étrange où la vérité n’était, n’est, ne sera pas. Car la vie est un jeu auquel s’est adonné Bélhazar. Un jeu dont il avait conscience et dont il changeait les règles à sa convenance. Un jeu où mysticité et réalité se confondent.

 

Chantreau est obnubilé par la mort et les effets qu’elle apporte. Lui même confronté à cela (voir les autres romans), il définit son dernier roman comme la fin de sa trilogie sur la mort. La folie l’emporte souvent sur sa raison et se tourne vers la mysticité pour une explication rationnelle (quoique). Je pense que c’est à partir de ce point là que l’auteur m’a largué. Petit clin d’œil à Alice aux pays des Merveilles et à son lapin blanc. Je ne suis jamais contre ce genre d’apothéose grandiloquente, mais quand cela a un sens. Je me suis sentie étrangement bête de ne pas avoir pu entrer dans le même « délire ». L’auteur survole l’intimité de Bélhazar, alors qu’au contraire j’attendais davantage que de la subjectivité. Une fiction à partir d’un fait réel qui m’a décontenancée. J’ai toutefois apprécié la plume de l’auteur qui arrive à instiller un sentiment de peur et de mal être, de colère et de compassion.

 

Une lecture très mitigée pour moi, qui me laisse un arrière goût d’incompréhension. Je n’ai pas su tirer le meilleur d’une histoire qui à première vue s’avère être passionnante.

 

JUSTE AVANT D’ÉTEINDRE, un roman de Hélios Azoulay.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions du Rocher


« Si quelqu’un m’a vu ici, il racontera peut-être un homme en train de courir après une pauvre feuille de papier que le vent s’amuse à exiler. Je les ramasse toutes. Je les déchire minutieusement, et j’en garde un petit fragment. Un lambeau étroit comme une île, où je peux écrire quelques mots. Ce que je vois, ce que j’ai devant moi, ce que mes yeux attrapent, ce qu’il me reste entre les dents. Des petites phrases. J’écris debout.Il n’y a pas de détails, il n’y a que des preuves. J’en ai les poches pleines. »
Dans un roman à l’écriture fulgurante, Hélios Azoulay raconte le destin d’un musicien juif qui, dans l’impossibilité de composer, se réfugie dans l’écriture pour résister à l’horreur de la déportation. En mêlant la pudeur au burlesque, le délire au souvenir, l’effrayante réalité à une poésie qui refuse d’arrondir les angles, l’auteur tisse la vie d’un artiste trimballé par l’Histoire, mais qui ne renoncera jamais à rester un homme.

 

Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
Nouveauté 2021
140 pages
Disponible en numérique et broché

 


MON AVIS

Cette lecture est une expérience unique où le jugement n’a aucunement sa place, où seul, les mots et leurs pouvoirs vous transportent dans cette cruelle intimité.

 

JUSTE AVANT D’ÉTEINDRE est un roman court, très court, où les émotions explosent au son des mots .

 

JUSTE AVANT D’ÉTEINDRE est un roman qui se lit à voix haute, qui se crie dans le silence des pages blanches et noires, qui cavale au rythme des phrases syncopées, qui se vit, qui se sent. Il dégage de ce roman une certaine architecture des mots et des émotions. Une étrange osmose qui trouve sa beauté dans la douleur, l’innommable, l’incongru et ces petits papiers, liens magiques, sensoriels.

 

JUSTE AVANT D’ÉTEINDRE est un roman d’une splendeur éblouissante. Hélios Azoulay aborde la déportation, les camps de concentration et extermination, et ces femmes, ces hommes, ces enfants, ces vieillards à l’espoir famélique, étrangement féerique. 

 

La structure unique et atypique du texte rend l’ensemble explosif parfois burlesque et surtout douloureux.

 

Sortir de cette lecture indemne est mission impossible. Les mots vous collent, impriment vos rétines et laissent cette trace tatouée dans votre cœur et vos tripes. A jamais.

 

Une puissance solaire et exceptionnelle !

 

Une chronique de #Esméralda

TU, un roman de Ève Chambrot.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Envolume


Une rencontre, inespérée. Mais très vite Tu est sous emprise.
Une rencontre, une belle rencontre. Inespérée. Mais très vite, des fausses notes, des fêlures, trois fois rien, des mots qui font mal, inutilement… Questionnements, doutes, c’est pire de jour en jour, jusqu’à l’évidence criante : Tu est sous emprise.
Ma note : 3.5/5
Nouveauté 2021
112 pages
Disponible en broché et bientôt en numérique

 


MON AVIS

L’amour ?
Quel sens donne ton à l’amour ?
Indéfectible, charnel, amical, filiale, inavouable, majestueux, normal, toxique ?
L’amour est un vaste continent où l’on se trouve personnellement avec l’autre.
Qu’en est-il de l’amour toxique ?
Il est beau, merveilleux, unique, planant, immersif. Puis vient la douleur, insidieuse, malsaine, imprévisible, manipulatrice. Il emprisonne dans l’attente, dans le geste affectif, le mot sensible et compréhensible, le regard accusateur.
La machine est en marche.
Elle crie, elle hurle, elle patiente, elle pleure, elle s’évanouit dans l’immensité du silence.
Elle sait. Elle le sent dans ses tripes.
TU est incontestablement un roman à découvrir si le thème vous intéresse. La particularité de ce récit est surtout du point de vue de la narration. Essentiellement écrit à la deuxième personne du singulier, donnant au texte une dimension intéressante. Un certain éloignement par rapport à l’héroïne et qui bien au contraire nous attache littéralement à sa descente aux enfers.
Une lecture rythmée où la douleur s’insinue au fil des pages. Un roman qui ne laisse pas son lecteur insensible.
C’est un thème qui m’intéresse beaucoup dans la littérature, ma dernière lecture en date était A TROP AIMER de Alissa Wenz paru en 2020. Si je me permets une comparaison avec ces deux romans, c’est que TU ressemble à ce dernier et ne m’a rien offert de nouveau. Ève Chambrot va à l’essentiel et j’ai eu ce sentiment de satiété non assouvi.
Une idée lecture qui pourrait vous plaire.

 

Une chronique de #Esméralda

LES NUITS D’ÉTÉ, un roman de Thomas Flahaut.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions de l’Olivier

#68premièresfois


Thomas, Mehdi et Louise se connaissent depuis l’enfance.
À cette époque, Les Verrières étaient un terrain de jeux inépuisable. Aujourd’hui, ils ont grandi, leur quartier s’est délabré et, le temps d’un été, l’usine devient le centre de leurs vies.
L’usine, où leurs pères ont trimé pendant tant d’années et où Thomas et Mehdi viennent d’être engagés.
 
 
L’usine, au centre de la thèse que Louise prépare sur les ouvriers frontaliers, entre France et Suisse.
Ces enfants des classes populaires aspiraient à une vie meilleure. Ils se retrouvent dans un monde aseptisé plus violent encore que celui de leurs parents. Là, il n’y a plus d’ouvriers, mais des opérateurs, et les machines brillent d’une étrange beauté.
Grande fresque sur la puissance et la fragilité de l’héritage social, Thomas Flahaut écrit le roman d’une génération, avec ses rêves, ses espoirs, ses désillusions.

 

Ma note : 4/5
2020
224 pages
Disponible en numérique et en broché

 


MON AVIS

Thomas, Louise et Mehdi sont des enfants de la classe ouvrière. Des pères quasi absents, ouvriers de toujours, l’usine c’est une vie, une vie entière. Celle qui préoccupe, celle qui use, celle qui distille un poison sournois, celle qui brise, celle qui n’amène que désolation. Thomas, Louise et Mehdi ont vu l’usine prendre la moindre parcelle de leurs pères. La maladie, l’alcool pour oublier la dureté de l’usine. Mais lorsqu’on est enfant l’usine se concentre sur le quartier dans lequel on grandit. Un ghetto où la détresse se mesure aux rires des enfants.

 

Thomas, Louise et Mehdi ont grandit avec l’idée que l’usine n’était pas leur avenir. Un rêve illusoire tristement rattrapé par la réalité. Mehdi y travaille l’été depuis sept années. Thomas la rejoint après avoir raté ses études. Louise, étudiante, prépare sa thèse sur les ouvriers frontaliers.

 

Elle est là, partout, filigrane visible dans les corps et les cœurs. L’usine happe, alpague, maintient, enserre, noie. L’usine c’est un monde violent, répétitif. Un monde de chiffres, de bruits, de regards en coin, de regards triste. Un monde solitaire où le corps est mis à contribution, où la nuit désolidarise. Un monde où la vitesse, l’alcool deviennent cette liberté fugace et où l’amour est un doux éphémère.

 

Thomas Flahaut parle de la brutalité du monde avec une honnêteté sans faille. Il décortique les corps et les âmes. Il nous montre l’invisible, ce qui se chuchote dans ce monde douloureux. Une fresque sociale puissante, sans concession, sans avenir, sans vie. Un monde désenchanté, enchaîné dans une sorte d »héritage morbide de père en fils. Une plume impitoyable instillant par moment cette dose de bonheur, de liberté, de vie. Mais l’épuisement, la survie sont bien plus forts que ces instants fugaces et précieux.

 

J’ai souvent du mal avec les romans sociaux. Le désespoir est bien trop souvent présent et oppressant. L’atmosphère est y tout aussi pesante J’admire toutefois la manière dont Thomas Flahaut s’en accapare et nous plonge dans son monde.

 

Une chronique de #Esméralda

LA PORTE DU VOYAGE SANS RETOUR, un roman de David Diop.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

Éditions Le Seuil

Collection Cadre Rouge

#Babelio


« La porte du voyage sans retour » est le surnom donné à l’île de Gorée, d’où sont partis des millions d’Africains au temps de la traite des Noirs. C’est dans ce qui est en 1750 une concession française qu’un jeune homme débarque, venu au Sénégal pour étudier la flore locale. Botaniste, il caresse le rêve d’établir une encyclopédie universelle du vivant, en un siècle où l’heure est aux Lumières.
Lorsqu’il a vent de l’histoire d’une jeune Africaine promise à l’esclavage et qui serait parvenue à s’évader, trouvant refuge quelque part aux confins de la terre sénégalaise, son voyage et son destin basculent dans la quête obstinée de cette femme perdue qui a laissé derrière elle mille pistes et autant de légendes.
S’inspirant de la figure de Michel Adanson, naturaliste français (1727-1806), David Diop signe un roman éblouissant, évocation puissante d’un royaume où la parole est reine, odyssée bouleversante de deux êtres qui ne cessent de se rejoindre, de s’aimer et de se perdre, transmission d’un héritage d’un père à sa fille, destinataire ultime des carnets qui relatent ce voyage caché.

 

Ma note : 4/5 mention « à découvrir »
Nouveauté 2021
320 pages
Disponible en numérique et broché

 


MON AVIS

J’étais très impatiente de découvrir le nouveau roman de David Diop qui nous offre ici une incroyable épopée. Direction fin du 19eme siècle. La France est ses colonies africaines et ce fameux Triangle, commerce et traite négrière. Il n’est pas fait ici étalage de la colonisation, David Diop laisse aux lecteurs le choix ou non d’épiloguer sur ce thème. Mais tout de même, ce sujet reste en filigrane, silencieux mais tant indéniable.

 

Aux côtés, de son héros, qui lui fût bien réel, David Diop raconte l’aventure subjuguante d’un homme blanc, naturaliste, académicien, qui va tomber profondément amoureux de l’Afrique, plus particulièrement du Sénégal et d’une jeune femme.

 

Ce récit romancé se déroule en deux temps. Une premier tableau va poser les bases de la suite, tant sur le contexte géopolitique, personnel et intime. Le second tableau est une explosion de couleurs et de senteurs. Une aparté exotique où les us et coutumes enchantent et émerveillent. L’Afrique dans toute sa splendeur. Les croyances, les rites, les tenues vestimentaires, les couleurs chatoyantes, la faune, la fore, le dialecte. Tout est captivant. Michel Adanson devient les yeux et la main retranscrivant des mémoires essentielles et porteuses d’humilité.

 

Découvrir l’Afrique est un enchantement. Malgré le contexte historique lié à la présence de la Compagnie Française et notamment du commerce d’esclaves, j’ai découvert que le Sénégal était divisé en royaumes et qui par leur guerres ont certainement favorisé l’esclavage.

 

Michel Adanson est un incroyable personnage qui par sa passion de la nature va se lier d’amitié avec un jeune prince qui l’escorte dans ses déplacements. Curieux, honnête, franc, Michel Adanson fait preuve d’ouverture d’esprit et va tomber éperdument fou amoureux d’une jeune guérisseuse.

 

Ses mémoires retranscrites sont l’héritage légué à son unique fille qui devra à son tour respecter la dernière volonté de son défunt père.

 

J’ai vraiment été captivée par cette histoire d’une autre temps. J’ai toutefois été gênée par le fait que le personnage ne soit pas un héros fictif pour la bonne raison que je connais pas l’histoire de Michel Adanson. Cela n’entache pas le récit.

 

David Diop nous livre une nouvelle histoire tout aussi fascinante que Frère d’âme que j’ai préféré. Il nous parle d’héritage en allant directement à la source du colonialisme, des conséquences destructrices humaine et écologique, des conséquence irréversible de l’esclavage. Le fond historique est très bien développé et nous ouvre une fenêtre sur un temps s’effritant et qui a tendance à être oublié.

 

Un grand roman indéniablement porté par un auteur engagé dans la passation de ce temps révolu et méconnu.

 

Une chronique de #Esméralda