JE SUIS LA MORT, un roman inclassable de Valérie Clermon.


Vous me connaissez tous.
Vous me craignez tous.
Mais savez-vous vraiment qui je suis ?
Depuis la nuit des temps, j’agis dans l’ombre.
D’un simple regard, je coupe le fil et vous ôte la vie.
Et, croyez-moi, la plupart d’entre vous
ignorent quand la roue va s’arrêter de tourner.
Jusqu’à aujourd’hui, j’ai travaillé sans faillir.
Siècle après siècle.
Jour après jour.
Nuit après nuit.
Mais maintenant, c’est fini.
La Mort va enfin profiter de la vie !

On ne rigole pas avec la Mort. Sujet tabou au cœur de notre société occidentale, La Mort, quelle soit religieuse ou athée, est synonyme de nombreux maux difficilement acceptable et d’une conséquence irréversible. Nous sommes d’accord sur ce point, la Mort, ça craint ! Mais ça, c’est avant de la connaître vraiment. Allez, n’ayez crainte, venez vous tapez un very bad trip avec la Mort ! Valérie Clermon l’a côtoyé, pendant un petit moment (si je puis dire).
Personne ne connaît la Mort, souvent représentée avec cette funeste aube noire, sans visage ou squelette,  il n’y pas de doute, côté mode elle ne s’y connaît pas. Sa présence est toujours synonyme d’événement funeste, la grande faucheuse n’a pas de pitié. Zou, un coup et te voilà six pieds sous terre.

 

Valérie Clermon a l’audace (et merci !) d’humaniser la mort. Et c’est bien connu la mort est une femme, suite logique des choses (elle donne la vie, elle prend la vie). Madame La Mort est une entité qui peut prendre le physique qu’elle souhaite. Son don d’ubiquité lui permet de se trouver n’importe où au moment importun. Seul bémol, elle ne sent pas entière, effectivement un bout par ci et par là, il y a de quoi tergiverser. Pas de compagnie, une solitude pesante et opprimante. Aucune reconnaissance de son travail par sa hiérarchie et encore moins par les simples mortels. Alors quand cet homme éméché dans sa voiture se fout littéralement de sa poire, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Après tout aucune close dans son contrat ne lui interdit de prendre du repos. Il ne faudrait pas qu’elle soit victime d’un burn-out, ça ne le fait pas ! Ni une, ni deux, direction la côte d’Azur pour prendre ses quartiers. Bloquée sous sa dernière apparence, la voici bien embêtée (enfin juste un peu) à l’accueil de cet hôtel de prestige. Mais elle a plus d’un tour dans sa poche. Grâce à la force de sa persuasion, la voici dans une suite de luxe, frais en tout genre et repas offerts. Ça c’est la belle vie ! Les vacances cela a du bon, relaxation, mojito à gogo, piscine, massage … oui enfin c’est qu’elle est d’un tantinet impatiente. Il lui faut de l’action, des rencontres, de la compagnie. Il faut dire que son caractère de cochon n’aide en rien ! Et si l’improbable se réalisait ? Oseriez-vous découvrir la personne qu’elle est réellement ?

 

Valérie Clermon signe un roman totalement dingue. Si au départ j’ai été quelque peu déstabilisée par cet humour débordant auquel je n’étais pas très réceptive, il faut croire que la plume de l’auteure a fait des miracles.  La Mort est un personnage totalement exubérant qui n’a aucune limite. Un humour douteux mais pas graveleux qui, un fois que l’on est habitué, devient subtil et pointe les travers des hommes et des femmes. L’amitié, les relations hommes/femmes, les animaux, l’argent, l’amour s’invitent tour à tour dans l’histoire qui ne manque pas de mordant et de piquant. La Mort se sociabilise et apprécie grassement. Et c’est tout au long de ses pérégrinations qu’elle prend conscience de son rôle. Au cours de cet aparté elle est mise face aux sentiments et aux émotions qui régissent l’humanité. Requinquée à mort (oui je sais …) elle est prête à remettre de l’ordre sur la Terre, depuis qu’elle a disparu de la circulation, c’est devenu une pagaille sans nom !

 

JE SUIS LA MORT est roman tordant et totalement exquis ! Un humour débordant de bon sens qui fait toujours écho aux lecteurs. Je trouve qu’il y a quelque chose d’adorable avec ce personnage.  Sa bienveillance, sa bonhomie, son entrain (même morbide) apportent cette touche qui captive sans aucun fard !

 

A dévorer !

 

Une chronique de #Esméralda