L’ENFANT DE LA PROCHAINE AURORE, un roman de Louise Erdrich.

LITTÉRATURE NORD-AMÉRICAINE

DYSTOPIE

ÉDITIONS ALBIN MICHEL

COLLECTION TERRES D’AMÉRIQUE


Notre monde touche à sa fin. Dans le sillage d’une apocalypse biologique, l’évolution des espèces s’est brutalement arrêtée, et les États-Unis sont désormais sous la coupe d’un gouvernement religieux et totalitaire qui impose aux femmes enceintes de se signaler.
Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
Disponible en numérique et broché
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez
 
C’est dans ce contexte que Cedar Hawk Songmaker, une jeune Indienne adoptée à la naissance par un couple de Blancs de Minneapolis, apprend qu’elle attend un enfant. Déterminée à protéger son bébé coûte que coûte, elle se lance dans une fuite éperdue, espérant trouver un lieu sûr où se réfugier. Se sachant menacée, elle se lance dans une fuite éperdue, déterminée à protéger son bébé coûte que coûte.

MON AVIS

Revoici Louise Erdrich dans un registre totalement inattendu, la dystopie.

 

Cedar a été adoptée dès sa naissance. Elle grandit entouré d’amour et pendant ses études universitaires, elle se prend de passion pour la religion et devient la rédactrice d’un petit journal de sa paroisse. Cedar est une jeune femme intelligente douée pour le sens de l’observation et de la réflexion. Cedar a enfin son chez soi et un amoureux. Les journées s’écoulent paisiblement. Et puis le murmure d’une catastrophe se fait entendre. L’inquiétude n’est pas encore à son apogée, mais les questions sont nombreuses. L’évolution des espèces commence à involuer à un rythme effréné. De quoi rendre fou de Lamarck et notre cher Darwin. Les mammifères, les oiseaux, les végétaux et les Hommes. Les enfants et les mères meurent au cours de l’accouchement. Cette crise majeure renverse le pouvoir et voit s’installer les religieux. Les femmes enceintes sont priées de se rendre dans des centres et toutes personnes raisonnables à les dénoncer.

 

Cedar refuse tout enfermement. Bien avant le lancement des hostilités, elle a pu faire connaissance de sa famille biologique et découvrir ses racines indiennes. Cloitrée chez elle avec le futur papa, elle voit le monde se déchiré. La suspicion, le contrôle des médias, le flicage, le monde extérieur devient un monde de dingue. Jours après jour, elle survit. Une routine drastique, le ménage qui devient obsessionnel et puis ce moment unique de paix, l’écriture de son journal intime qu’elle adresse à son futur enfant. Des confidences, des espoirs, ces petites fenêtres ouvertes sur l’avenir hypothétique jalonnent les pages et il n’y a rien de plus merveilleux pour Cedar que de laisser cette trace écrite pour cet enfant qu’elle chérit. Et puis son monde s’effondre. La capture, l’enfermement, les questions, l’ignorance, tout se bouscule. Et pourtant une petite lueur d’espoir va s’allumer. Un espoir mince mais bien réel qu’elle se saisira avec impatience.

 

Louise Erdrich m’a totalement scotchée. J’aime beaucoup quand les auteur.e.s sortent de leurs sentiers battus et explorent un autre monde. Toujours fidèle à la communauté indienne, elle met en scène ici une jeune femme déracinée qui va être confrontée à une nouvelle guerre et à l’enfermement. L’auteure parle de liberté bafouée, d’appropriation de l’identité, de religion totalitaire. Un roman captivant où la tristesse prédomine. Il n’y a pas de final tonitruant, juste ce final, à la hauteur du roman, sobre, désuet et magnifique. Une héroïne courageuse et battante que je me suis empressée de suivre et d’encourager. Une atmosphère suffocante et anxiogène. Une dystopie où cette réalité est juste effroyable. Louise Erdrich n’a pas peur de nous bousculer et de nous montrer les choses telles qu’elles sont. Une lecture qui insidieusement vous interroge sur ce que nous serions prêts à endurer face à une situation complexe. Cette histoire fait malheureusement, dans une moindre mesure, écho à la situation sanitaire que nous traversons tous. Pourtant ce texte a été écrit bien des années auparavant, avant d’être sorti du tiroir. L’ENFANT DE LA PROCHAINE AURORE est un roman surprenant, bluffant et intriguant. Il ne sera pas mon préféré de l’auteure mais j’approuve l’audace dont a fait preuve Louise Erdrich. Une audace téméraire où la magnificence de l’humain est au cœur d’une histoire prodigieuse !

 

Laissez-vous tenter !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

LaRose de Louise Erdrich.

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[LITTÉRATURE NORD AMÉRICAINE – 2018]
Traduction : Isabelle Reinharez
Albin Michel – Collection Terre d’Amériques dirigée par Francis Geffard
Service presse en partenariat avec le Picabo River Book Club.

 

 

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Je remercie les éditions Albin Michel et Léa du groupe Picabo River Book Club pour m’avoir permis de découvrir mon premier roman de Louis Erdrich.

 

 


 

 

Le résumé :

 

Dakota du Nord, 1999. Un vent glacial souffle sur la plaine et le ciel, d un gris acier, recouvre les champs nus d un linceul. Ici, des coutumes immémoriales marquent le passage des saisons, et c est la chasse au cerf qui annonce l entrée dans l automne. Landreaux Iron, un Indien Ojibwé, est impatient d honorer la tradition. Sûr de son coup, il vise et tire. Et tandis que l animal continue de courir sous ses yeux, un enfant s effondre. Dusty, le fils de son ami et voisin Peter Ravich, avait cinq ans.
Ainsi débute le nouveau roman de Louise Erdrich, couronné par le National Book Critics Circle Award, qui vient clore de façon magistrale le cycle initié avec La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent. L auteur continue d y explorer le poids du passé, de l héritage culturel, et la notion de justice. Car pour réparer son geste, Landreaux choisira d observer une ancienne coutume en vertu de laquelle il doit donner LaRose, son plus jeune fils, aux parents en deuil. Une terrible décision dont Louise Erdrich, mêlant passé et présent, imagine avec brio les multiples conséquences.

 


 

 

Mon avis :

 

Ce qu’elle apprit
Avant de mourir, la première LaRose enseigna à sa fille comment trouver les esprits protecteurs dans chaque endroit qu’elles parcouraient à pied, comment guérir les malades avec des chants, des plantes, quels lichens manger en cas de faim dévorante, comment poser des pièges, attraper des poissons au filet, allumer un feu à l’aide de brindilles et de copeaux de bouleau. comment coudre, comment faire bouillir les aliments en se servant de pierres chaudes, comment tresser des nattes de roseaux et fabriquer des récipients en écorce de bouleau. Elle lui enseigna comment empoisonner le poisson au moyen de certaines plantes, comment fabriquer un arc en flèches, comment tirer au fusil, s’aider du vent lorsqu’elle chassait, comment fabriquer un bâton pour creuser, déterrer des racines, sculpter une flûte, en jouer, broder de perles un sac à bandoulière. Elle lui enseigna comment savoir d’après les cris des oiseaux quel animal venait d’entrer dans les bois, comment savoir d’après les mêmes cris des oiseaux d’où arrivait arrivait le mauvais temps et de quel genre de mauvais temps il s’agissait, comment savoir toujours d’après les cris des oiseaux si vous alliez mourir ou si un ennemi était sur vos traces. Elle lui apprit comment empêcher un nouveau-né de pleurer, comment amuser un enfant plus âgé, comment nourrir les enfants de tous âges, comment attraper un aigle pour lui arracher une plume, faire choir une perdrix d’un arbre. Comment tailler un fourneau de pipe, brûler le cœur d’une branche de sumac pour confectionner le tuyau, comment confectionner du tabac, du pemmican, comment récolter le riz sauvage, danser, le vanner, le faire sécher et le stocker, et fabriquer du tabac pour sa pipe. Comment percer les troncs d’arbre, tailler des chalumeaux pour collecter l’eau d’érable, comment fabriquer du sirop, du sucre, comment faire tremper une peau, la racler, comment la graisser et la préparer en utilisant la cervelle de l’animal, comment la rendre souple et satinée, comment la fumer, quels ingrédients utiliser. Elle lui enseigna comment fabriquer des moufles, des jambières, des makazinan, une robe, un tambour, un manteau, un sac avec l’estomac d’un élan, d’un caribou, d’un bison des bois. Elle lui enseigna comment laisser son corps derrière elle lorsqu’elle était à moitié éveille, ou bien endormie, et voler de-ci de-là pour chercher à savoir ce qui se passait sur la terre. Elle lui enseigna comment rêver, comment sortir d’un rêve, transformer le rêve, ou demeurer à l’intérieur pour avoir la vie sauve.

 

Je voulais absolument débuter par cet extrait qui à mes yeux recèle toute la profondeur de ce roman : entre tradition et modernité, le poids de l’héritage dans ce monde qui a détruit et malmène, encore, de nos jours la communauté amérindienne. Roman sociétal de toute beauté, LaRose retrace l’histoire d’un peuple, à l’occurrence, ici, le peuple Ojibwé.

 

Je découvre pour la toute première fois la plume talentueuse de Louise Erdrich. Je me dois tout de même de souligner le travail remarquable de la traductrice, Isabelle Reinharez. J’ai entendu dire que découvrir l’univers de Erdrich avec ce roman, n’est pas forcément l’idéal ou judicieux. J’avoue que les premières pages furent très difficiles. Difficulté de m’imprégner de ce monde, de ces personnages, des enjeux et de cette syntaxe si particulière à Erdrich. Je suis du genre obstinée. Et ma patience fut récompensée !

 

LaRose est le cinquième du nom. Attribué aux jeunes filles, ce petit garçon va porter sur ses épaules un lourd fardeau. Prénom portant une certain malédiction, il va réussir malgré lui à concilier l’ancien temps des traditions à celui contemporain. Confié aux Ravich, lorsque le petit Dusty fut tué par son père, Landreaux Iron, il va avoir la lourde tâche de combler cette perte. Ce petit garçon est  juste remarquable. Prenant conscience très vite des enjeux, son courage et sa présence d’esprit vont faire de ce petit indien un grand héros.

 

Erdrich dépeint aux travers de portraits hétérogènes les affres de vies. Naviguant entre présent et passé, le dépaysement est total : traditions et enseignement, déracinement, Fort Totten, perte de l’identité, alcool, drogue, réserve… Tableau percutant, horrible, dérangeant et sinistre. Mais au milieu de cette description atterrante (mais bien réelle), la lumière brille et fait vaciller toute cette noirceur : dans l’unité, le soutien, la transmission orale des légendes et histoires, dans la quête de vérité (je pense aux victimes qui n’ont jamais été remis aux familles), le prolongement des traditions et rites, anecdotes…

 

Ce roman est un véritable coup de cœur, celui qui transperce l’âme. Il m’a emporté sur un terrain que je ne connaissais que trop peu. Gardien de la mémoire d’un peule et annonceur d’un certain renouveau. Le tableau final ne pouvait que refléter à la perfection l’état d’esprit d’Erdrich et de son message : le lien entre la tradition et la modernité, entre les esprits et le vivant. Un monde où les préjugés raciaux n’ont pas leur place. Un monde où la tolérance et le respect peuvent se côtoyer. Un monde où les combats pour l’identité ne devrait pas exister.

 

LaRose est juste sublime, émouvant, envoutant. Un livre qui devrait trôner dans de nombreuses bibliothèques.

 

Connaisseurs et curieux, ce roman est fait pour vous ! Le doute n’est plus permis !

 

 


 

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Aparté sur Louise Erdrich :

 

Considérée comme l’un des grands écrivains américains contemporains, Louise Erdrich est l’auteur d’une œuvre majeure, forte et singulière, avec des romans comme La Chorale des maîtres bouchers, Ce qui a dévoré nos cœurs ou Love Medicine, tous publiés aux Éditions Albin Michel. Récompensée par de nombreux prix littéraires, elle a été distinguée en 2012 par le prestigieux National Book Award et, en 2015 par le Library of Congress Award.

 

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