THE CUPIDON BROTHERS, tome 4 : Andréas, une romance paranormale de Estelle Every.

ROMANCE PARANORMALE

LITTÉRATURE INDÉPENDANTE


Il veut sauver les humains, elle souhaiterait guérir ses propres blessures.

Jusqu’à présent, Andréas Cupidon, pédiatre sexy, consacrait sa vie entière à ses jeunes patients, mais l’arrivée de Penny Lake remet en cause ses priorités.
La jeune femme cache un secret : elle est atteinte d’un mal mystérieux qui provoque des hallucinations… comme ces ailes attachées au dos d’Andréas.
Ma note : 4/5
191 pages
Disponible en numérique et bientôt broché
Nouveauté 2021

 

Puisque la maladie la ronge, elle ne peut se lier à un homme, aussi beau et généreux soit-il.

Mais lorsque le passé de Penny la rattrape et que les ennemis d’Andréas se dévoilent, c’est avec les yeux du cœur qu’ils devront faire face ensemble pour s’en sortir.

MON AVIS

Andréas depuis son arrivée sur terre s’est voué à sauver les humains. Naturellement il est devenu médecin pédiatre et met tout son talent au service des enfants gravement malade. Andréas est le moins téméraire des frères même si il n’hésite pas à se lancer dans la bagarre quand il le faut. Il passe ses nuits et ses journées au sein de l’hôpital. Et puis une de ses fameuses journées qui ne terminent jamais, il est appelé aux urgences. C’est ainsi qu’il rencontre la mystérieuse Penny Lake et comble du hasard est la sœur de la chérie à son frère, Éros.

 

Penny est une jeune femme très mystérieuse et introvertie. Elle semble considérer les hommes comme une menace potentielle au bon équilibre de sa vie. Malmenée par sa précédente relation, elle considère qu’elle n’a pas droit au bonheur et met toutes les barrières inimaginables au patient Andréas qui lui est certain de son coup de cœur. Doucement et surement, Penny pose brique après brique dont le but est de se protéger et éviter de replonger dans l’enfer d’une relation nocive. Indécise et pourtant attirée par le beau Cupidon, elle va lui faire vivre littéralement l’enfer. Alors quand le passé se pointe lors d’un de ces après-midi de détente, elle n’a qu’un seul objectif, protéger coûte que coûte ses proches et d’accepter ce qu’elle redoute le plus.

 

Ce quatrième tome est une nouvelle fois une pure merveille. Déjà rien que la couverture vous donne l’eau à la bouche et le reste n’est que la cerise sur le gâteau. Les personnages donnent du fil à retordre à un scénario qui s’étoffe davantage. Le fil rouge des tomes est encore loin d’avoir délivré tous ses secrets mais ça ne serait tardé. Une nouvelle fois je suis tombée sous le charme des personnages, notamment celui de Penny qui doit se battre continuellement contre ses peurs et ses désillusions. Andréas à force de patience et de petites attentions va combler ce sentiment profond qui abîme Penny. Bien évidemment à eux deux c’est une explosion d’étincelles où  le jeu du chat et de la souris est de mise. La plume d’Estelle Every est juste parfaite et m’a fait vivre un joli moment de lecture. Elle a cette aisance pour vous transmettre les émotions de ses personnages avec justesse et elle les magnifie avec grâce. Et le petit plus : le fait que les frères Cupidon continuent à vivre tout au long du tome avec des petits clins d’œil et des prises de parole parfois musclées.

 

Un quatrième tome placé sous le signe de la guérison et de la confiance. Hâte de découvrir le prochain tome !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

LE DOORMAN, un roman de Madeleine Assas.

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

ACTES SUD

Domaine français

#68premièresfois


Quand on lui propose un poste de doorman, de portier dirions-nous à Paris même si ces fonctions ne se ressemblent pas d’une rive à l’autre de l’Atlantique, Ray est déjà intégré, attaché à New York. Ce poste lui est proposé par une femme, propriétaire au 10 Park Avenue, cette tour de Babel qui fut à l’origine un grand hôtel. Et c’est là que cet homme passera cinquante ans de sa vie, au cœur d’une ville où il ne cessera de se promener et d’observer ce qui ne se passe nulle part ailleurs tant il s’agit du reflet d’un imaginaire collectif incomparable.
Ma note : 4/5 mention  » à découvrir »
384 pages
Disponible en numérique et broché
Nouveauté 2021

MON AVIS

LE DOORMAN est un premier roman étouffant, bouleversant, hypnotique, merveilleux.

 

Raymond, alias Ray, a quitté sa terre natale par la force de la guerre. Exil douloureux au doux goût amer de regrets et de tristesse. A Oran, en Algérie, il n’est pas bon d’être un pied noir. Il embarque après de très longs mois d’indécision, sur ce bateau le portant à Marseille. Un train après, il se trouve à Paris d’où il prendra l’avion, direction New York où l’attend un petit logement, il trouve rapidement un boulot sur les quais. Il y rencontre Salah qui deviendra son ami pour la vie. A eux deux ils vont user le pavé et découvrir les rues sinistres, merveilleuses, endroits paradisiaques, morbides de la Grosse Pomme. Et puis un jour il devient doorman.

 

La particularité de ce roman est là où vous ne penseriez jamais la trouver. C’est un roman qui se mérite, il vous usera dans un premier temps et puis il vous attendrira. Pas après pas, Ray va déambuler au rythme de la ville. Pas après pas, il va se construire cet avenir qu’il chérit tant. Pas après pas, il va devenir cet homme qu’il souhaite. Un homme qui a pris du recul sur cette vie semée de malheur, une vie où le poids du passé l’écrase inlassablement. Le tohu-bohu de la ville masque cette solitude affligeante, masque les pleurs de la solitude, anéanti la tristesse ancrée dans son âme, dans son corps. Pas après pas, chemin de résilience, Ray s’abandonne enfin, se réconcilie. Il découvre l’amitié, l’amour, la lecture, les petites merveilles qui se cachent ici et là dans le tumulte bouillonnant d’une ville qui ne dort jamais. Observateur, méticuleux, Ray est une de ces personnes qui a la main sur le cœur. Sa générosité, il ne la partage qu’avec les êtres qui lui sont chers, et ils se comptent sur les doigt d’une main. Pages après pages, la prose de Madeleine Assas s’adoucit et prend le temps de partager ce charivari émotionnel. Si dans un premier temps, j’ai été troublée par la rigidité du personnage et de ces rues où seul le rectiligne paraît, dans un second, j’ai été envoûtée par la volupté du laisser-aller, de la transparence des émotions. Ray est devenu ce personnage attachant et vivre cette aventure à ses côtés a été tel un doux rêve éveillé. J’aurais voulu lui épargner cette fameuse journée où toute la ville est recouverte de poussière, j’aurais souhaité lui tenir la main et l’apaiser, lui certifier que tout irait pour le mieux dans cet avenir proche. Ray est ce témoin des transformations de la ville, des citadins, de ce cycle perpétuel parfois dérangeant souvent merveilleux. La pauvreté bannit par la richesse, entassée dans ces quartiers où la chance n’est qu’un éternel mirage. Ray, vagabond, se soustrait à l’étau de la vie la menant là où il le souhaite.

 

Un récit où la ville devient une cité aux mille merveilles porté par un personnage charismatique aux fêlures marquées par son héritage. Madeleine Assas signe un premier roman d’une beauté magistrale. Oser pousser les portes du 10 demande un certain courage et une certaine endurance, et si vous lui laissez cette chance que je lui ai accordée alors vous découvrirez un univers intime, tumultueux, vigoureux mais d’une noblesse et d’un pugnacité redoutable.

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

TOUS LES NOMS QU’ILS DONNAIENT À DIEU, un recueil de nouvelles de Anjali Sachdeva

LITTÉRATURE NORD-AMÉRICAINE

Recueil de nouvelles

Éditions Albin Michel

Collection Terres d’Amérique


Mêlant passé, présent et avenir, Anjali Sachdeva signe un premier recueil magnétique et délicieusement inventif qui plonge le lecteur entre effroi et émerveillement.
Ma note : 4,5/5 mention « à découvrir »
288 pages
Disponible en numérique et broché
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Fournier

S’y côtoient une femme, au temps de la conquête de l’Ouest, qui attend son mari dans une maison perdue au milieu des Grandes Plaines et finit par trouver refuge dans une grotte secrète ; deux jeunes Nigérianes kidnappées par Boko Haram se découvrant le mystérieux pouvoir d’hypnotiser les hommes ; ou encore un pêcheur embarqué sur un morutier qui tombe éperdument amoureux d’une sirène dont chaque apparition engendre une pêche miraculeuse…
La prose étrange et magnifique d’Anjali Sachdeva embrasse le connu et l’inconnu avec une grâce et une puissance rares. Chacune de ses nouvelles interroge les forces implacables, cruelles ou bienveillantes, qui nous gouvernent, et donnent au lecteur la sensation de marcher sur un fil. Une révélation.

MON AVIS

Avant, j’étais réticente à ouvrir un recueil de nouvelles. C’était avant de découvrir et d’ouvrir ceux des auteur.e.s américains. Ils ont une aisance particulière à vous narrer ces histoires courtes mais d’une puissance inqualifiable qui vous laissent pantois et surtout jamais sur votre faim. Aujourd’hui je vais vous parler d’un recueil extra-ordinaire. Neuf histoires, neuf portes qui s’ouvrent sur neuf univers différents. Neuf contes des temps modernes où il n’y a ni « il était une fois », ni « ils vécurent heureux ». Neuf fragments de possibilités dans un monde bien réel. Fantastique, mythe, magie, façonnent la vie, la construisent, la formatent. Neuf portes ouvertes sur un monde où la désillusion, la mort, la perte, la survie, l’espérance, l’abandon se côtoient, se meuvent, se meurent.

 

LE MONDE LA NUIT
POUMONS DE VERRE
LOGGING LAKE
TUEUR DE ROIS
TOUS LES NOMS QU’ILS DONNAIENT A DIEU
ROBERT GREENMAN ET LA SIRENE
TOUT CE QUE VOUS DÉSIREZ
MANUS
LES PLÉIADES

 

Si vous me poseriez la question quel sentiment j’ai ressenti à fermant ce recueil, je vous répondrais sans hésiter la tristesse. Celle qui broie, celle qui décèle la moindre fêlure, celle qui s’infiltre insidieusement, celle qui vous accapare, celle qui vous fait sombrer. La plume d’Anjali Sachdeva vous hypnotise, vous prend dans ses filets et ne vous en délivrera pas. Elle vous transmet cette énergie, cette puissance destructrice, et vous insuffle cette multitude de questions autour des thématiques qui ne vous laisseront pas de marbre. Les limites de la science dans la procréation, l’écologie, l’environnement, les peurs ancestrales, l’art, la possession, la maladie, la différence, l’esclavagisme, la religion totalitaire.

 

Il y a quelque chose d’empirique, d’effroyable et de merveilleux dans les mots d’Anjali Sachdeva. Il y a ce quelque chose d’unique et d’universel, ce quelque chose qui vous pousse dans vos retranchements. TOUS LES NOMS QU’ILS DONNAIENT A DIEU, est sans aucun doute un recueil de nouvelles qui vous fascinera.

 

Les neuf nouvelles m’ont toutes plu et je ne pense pas que je me lasserai si tôt de les redécouvrir encore et encore. Anjali Sachdeva est une auteure talentueuse à suivre absolument !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

L’ENFANT DE LA PROCHAINE AURORE, un roman de Louise Erdrich.

LITTÉRATURE NORD-AMÉRICAINE

DYSTOPIE

ÉDITIONS ALBIN MICHEL

COLLECTION TERRES D’AMÉRIQUE


Notre monde touche à sa fin. Dans le sillage d’une apocalypse biologique, l’évolution des espèces s’est brutalement arrêtée, et les États-Unis sont désormais sous la coupe d’un gouvernement religieux et totalitaire qui impose aux femmes enceintes de se signaler.
Ma note : 4/5
Nouveauté 2021
Disponible en numérique et broché
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez
 
C’est dans ce contexte que Cedar Hawk Songmaker, une jeune Indienne adoptée à la naissance par un couple de Blancs de Minneapolis, apprend qu’elle attend un enfant. Déterminée à protéger son bébé coûte que coûte, elle se lance dans une fuite éperdue, espérant trouver un lieu sûr où se réfugier. Se sachant menacée, elle se lance dans une fuite éperdue, déterminée à protéger son bébé coûte que coûte.

MON AVIS

Revoici Louise Erdrich dans un registre totalement inattendu, la dystopie.

 

Cedar a été adoptée dès sa naissance. Elle grandit entouré d’amour et pendant ses études universitaires, elle se prend de passion pour la religion et devient la rédactrice d’un petit journal de sa paroisse. Cedar est une jeune femme intelligente douée pour le sens de l’observation et de la réflexion. Cedar a enfin son chez soi et un amoureux. Les journées s’écoulent paisiblement. Et puis le murmure d’une catastrophe se fait entendre. L’inquiétude n’est pas encore à son apogée, mais les questions sont nombreuses. L’évolution des espèces commence à involuer à un rythme effréné. De quoi rendre fou de Lamarck et notre cher Darwin. Les mammifères, les oiseaux, les végétaux et les Hommes. Les enfants et les mères meurent au cours de l’accouchement. Cette crise majeure renverse le pouvoir et voit s’installer les religieux. Les femmes enceintes sont priées de se rendre dans des centres et toutes personnes raisonnables à les dénoncer.

 

Cedar refuse tout enfermement. Bien avant le lancement des hostilités, elle a pu faire connaissance de sa famille biologique et découvrir ses racines indiennes. Cloitrée chez elle avec le futur papa, elle voit le monde se déchiré. La suspicion, le contrôle des médias, le flicage, le monde extérieur devient un monde de dingue. Jours après jour, elle survit. Une routine drastique, le ménage qui devient obsessionnel et puis ce moment unique de paix, l’écriture de son journal intime qu’elle adresse à son futur enfant. Des confidences, des espoirs, ces petites fenêtres ouvertes sur l’avenir hypothétique jalonnent les pages et il n’y a rien de plus merveilleux pour Cedar que de laisser cette trace écrite pour cet enfant qu’elle chérit. Et puis son monde s’effondre. La capture, l’enfermement, les questions, l’ignorance, tout se bouscule. Et pourtant une petite lueur d’espoir va s’allumer. Un espoir mince mais bien réel qu’elle se saisira avec impatience.

 

Louise Erdrich m’a totalement scotchée. J’aime beaucoup quand les auteur.e.s sortent de leurs sentiers battus et explorent un autre monde. Toujours fidèle à la communauté indienne, elle met en scène ici une jeune femme déracinée qui va être confrontée à une nouvelle guerre et à l’enfermement. L’auteure parle de liberté bafouée, d’appropriation de l’identité, de religion totalitaire. Un roman captivant où la tristesse prédomine. Il n’y a pas de final tonitruant, juste ce final, à la hauteur du roman, sobre, désuet et magnifique. Une héroïne courageuse et battante que je me suis empressée de suivre et d’encourager. Une atmosphère suffocante et anxiogène. Une dystopie où cette réalité est juste effroyable. Louise Erdrich n’a pas peur de nous bousculer et de nous montrer les choses telles qu’elles sont. Une lecture qui insidieusement vous interroge sur ce que nous serions prêts à endurer face à une situation complexe. Cette histoire fait malheureusement, dans une moindre mesure, écho à la situation sanitaire que nous traversons tous. Pourtant ce texte a été écrit bien des années auparavant, avant d’être sorti du tiroir. L’ENFANT DE LA PROCHAINE AURORE est un roman surprenant, bluffant et intriguant. Il ne sera pas mon préféré de l’auteure mais j’approuve l’audace dont a fait preuve Louise Erdrich. Une audace téméraire où la magnificence de l’humain est au cœur d’une histoire prodigieuse !

 

Laissez-vous tenter !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

DEVENIR QUELQU’UN, un roman de Willy Vlautin.

LITTÉRATURE NORD-AMÉRICAINE

ÉDITIONS ALBIN MICHEL

COLLECTION TERRES D’AMÉRIQUE


A vingt et un ans, Horace Hopper ne connaît du monde et de la vie que le ranch du Nevada où il travaille pour les Reese, un couple âgé devenu une famille de substitution pour lui. Abandonné très tôt par ses parents, il se sent écartelé entre ses origines indiennes et blanches.
Secrètement passionné de boxe, Horace se rêve en champion, sous le nom d’Hector Hidalgo, puisque tout le monde le prend pour un Mexicain… Du jour au lendemain, il largue les amarres et prend la direction du sud, vers sa terre promise. Saura-t-il faire face à la solitude du ring et au cynisme de ceux qu’il croisera en chemin ? Peut-on à ce point croire en sa bonne étoile, au risque de tout perdre ?
À travers le portrait bouleversant d’un jeune idéaliste décidé, envers et contre tous, à trouver sa place dans le vaste monde, Willy Vlautin signe un roman pudique qui touche le lecteur en plein coeur.
Ma note : 4,5/5 mention « incontournable 2021 »
304 pages
Disponible en numérique et broché
Nouveauté 2021
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Fournier

MON AVIS

Une nouvelle découverte sous le signe du charme, j’enchaîne mes lectures et en ce moment c’est du pur bonheur !

 

Willy Vlautin n’a pas son pareil pour vous surprendre au cœur de ces intimités modestes débordantes d’amour, d’émancipation, d’espoir poussées par une volonté de fer dans le but de toucher du doigt le rêve absolu.

 

Horace Hopper est ni un indien ni un blanc. Un homme sans identité perclus de sentiments noirs et destructeurs. Horace vit depuis quelques années aux abords du ranch des Reese, éleveur de moutons, dans ce camping-car, son chez soi. Des posters de célèbres boxeurs tapissent les parois tristes, témoins de cette envie vorace de devenir ce quelqu’un d’important de majestueux, s’élevant dans ces sphères célèbres à la force de ses poings et de ses pieds. Horace a senti l’appel de la vie et décide de partir, de la cueillir, loin du ranch, des chevaux, sa passion, et des Reese qu’il considère comme ses parents.
La ville, le bruit, le monde et ses règles. Accueilli par sa tante qui lui loue la cabane au fond du jardin, il trouve rapidement du travail chez un monteur de pneu et un entraîneur peu scrupuleux. Les premiers matchs tombent et les premières défaites avec. Mais son optimiste le porte au-delà. La solitude de la ville le pèse, elle le rendrait peureux lui qui a connu la vaste étendue des plaines et des montagnes. Les semaines défilent et insidieusement le chaos s’installe. Lui, parti à la quête de l’homme qu’il deviendrait, se trouve face à l’immensité béante de la désolation et de la désillusion.

 

Eldon Reese est ce vieillard au cœur tendre qui a pris sous son aile le jeune Horace. Son départ pour la ville est un brise cœur. Avec patience, il lui a prodigué tous les bons conseils. Il sera toujours là pour lui quoiqu’il fasse, quoiqu’il lui arrive, leur ranch sera toujours son chez lui. Eldon suit de loin l’évolution de son petit protégé. Il ne veut que son bonheur.

 

Les personnages sont d’une extrême beauté. Une de celle qui vous éblouit par cette simplicité humaine, fidèle à ses valeurs. La plume de Willy Vlautin a ce quelque chose indéfinissable qui vous capture dès le départ. Une sensibilité à fleur de peau mais une force tirée de la Terre. Une quête initiatique à l’allure d’un western moderne, DEVENIR QUELQU’UN est époustouflant ! Le rêve américain à portée de mains, Horace est pris en étau entre cette réalité morbide et ce rêve de grandeur.

 

Un immense coup de cœur pour cette merveilleuse découverte. J’ai été sensible aux personnages, à l’histoire et à ce final qui m’a retournée littéralement les tripes. Une explosion honnête de portraits authentiques, de vies arrachées au lance-pierre, poussés sur ce chemin sinueux et alambiqué. Un uppercut qui coupe le souffle !

 

A découvrir absolument !

J’ai souvent voulu rentrer au ranch, mais malgré tous mes efforts je n’y suis jamais arrivé.

UNE CHRONIQUE DE #ESMERALDA

LES CHEMINS DE LA LIBERTÉ, un roman de Lisa Wingate.

LITTÉRATURE NORD-AMÉRICAINE

ÉDITIONS LES ESCALES

DOMAINE ÉTRANGER


La quête bouleversante de trois jeunes filles que tout sépare dans le sud des États-Unis ravagé par la guerre de Sécession.
Louisiane, 1875 : Hannie, ancienne esclave, se retrouve malgré elle à faire la route avec Lavinia, son ancienne maîtresse, héritière ruinée d’une plantation, et Juneau Jane, la demi-sœur de Lavinia, fille d’une célèbre courtisane de La Nouvelle-Orléans. Chacune cherche le même homme, mais pour des raisons différentes.
Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
480 pages
Disponible en numérique et broché.
Nouveauté 2021
Traduit l’anglais (États-Unis) par Oscar Perrin
C’est au péril de leur vie qu’elles se lancent dans une épopée dangereuse à travers les États du Sud. Au bout du chemin, Hannie nourrit le secret espoir de retrouver les membres de sa famille dont elle a été séparée avant la fin de l’esclavage.
Louisiane, 1987 : Pour Benedetta Silva, devenir professeure dans un collège rural semble la meilleure idée pour rembourser ses prêts étudiants. Mais les habitants de la ville d’Augustine se méfient des intrus et Benny peine à trouver sa place.
Les Chemins de la liberté dévoile des événements historiques méconnus : après la guerre de Sécession, les anciens esclaves ont fait paraître des avis de recherche dans les journaux des États du Sud pour retrouver les membres de leur famille.

MON AVIS

Il y a de ces romans qui vous frappent littéralement au cœur. LES CHEMINS DE LA LIBERTÉ en fait partie. Une épopée prestigieuse qui met en avant les difficultés liées en leur temps.

 

1875 fin de l’esclavagisme début de la ségrégation. Devenus métayers, les anciens esclaves exploitent la terre de leur ancien maître dans le but précis d’en devenir propriétaire. Hannie a connu l’horreur dès son plus jeune âge. Séparée de sa mère et de ses nombreux frères et sœurs lors de plusieurs ventes frauduleuses, Hannie a pu retrouver les terres de son maître et rejoindre la famille de sa tante. Brindille solide, Hannie effectue ses tâches avec rigueur et bon sens. Elle s’est vue confier la petite Lavinia, fille du maître. Grandir dans cet environnement forge les caractères et le physique. Maline, intelligente, analphabète, elle est promise à un gentil garçon avec lequel elle cultivera les terres en métairies. Seulement les papiers de cet arrangement sont introuvables et le temps presse.

 

Un soir de pleine lune, Hannie remarque une étrange silhouette qui se faufile en direction de la maison du maître. La curiosité emporte Hannie qui décide d’en savoir davantage. Peut-être découvrira-t-elle où  se trouve le maître qui a quitté ses terres depuis de nombreux mois. Une filature qui l’emportera aux confins du Texas accompagnée de Lavinia et de Juneau Jane, l’enfant indésirable.

 

1987, un siècle après, Benny trouve un poste d’enseignante à Augustine, petite bourgade de la Louisiane. Elle est vite confrontée à la réalité concernant ces enfants tous la plupart désœuvrés. Susciter leur intérêt est un immense challenge que Benny veut concrétiser. Les premières semaines sont affreuses. Mais malgré cela elle va trouver une alternative ambitieuse et qui pourrait mettre en avant ces enfants. De balade en balade et grâce à des rencontres inopinées et souhaitées, Benny va mettre à jour l’héritage laissé à cette ville qui se meurt. Les enfants sont mis à contribution et découvre leurs ancêtres et leurs histoires communes. Un journal, des photos, un livre caché aux annotations mystérieuses, tout est là, à portée de mains enfin de comprendre d’où ces enfants viennent pour mieux appréhender leur futur.

 

Lisa Wingate signe un roman époustouflant. Écrit à partir de faits réels recoupés dans un journal trouvé dans de vieilles archives poussiéreuses, Lisa Wingate décortique un pan de l’histoire et ses conséquences. Une épopée vive et impressionnante où le lecteur navigue entre le passé et le présent. Les histoires se recoupent et s’imbriquent. Une aventure haletante portée par des personnages charismatiques. Le présent reflet du passé, aux conséquences multiples, des sujets forts (l’esclavagisme et la ségrégation) font de ce roman un uppercut formidable. La plume de l’auteur m’a accaparé dès le départ. Elle met en exergue avec perfection les difficultés d’être noir dans un pays de blancs et ce que cela engendre, la pauvreté et l’exclusion. Un roman poignant où les personnages attachants et touchants vous porteront dans ce dédale de l’insignifiance et où la liberté est chère. Un roman subjuguant de par sa qualité et du scénario irréprochable. Un roman éprouvant où les différents rebondissements vous prennent aux tripes. Un roman lumineux où l’espoir est la force principale.

 

Je ne peux que conseiller cette lecture qui a été un véritable coup de cœur pour moi. Lisa Wingate a un talent indéniable pour parler de cet héritage américain que beaucoup veuille occire.

 

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMERALDA

NADIA MURAD : NON À L’ESCLAVAGE SEXUEL, un document de Maria Poblete.

DOCUMENT ADOLESCENT

ÉDITIONS ACTES SUD JUNIOR – Collection Ceux qui ont dit non


Nadia Murad a vu périr une partie de sa famille sous les coups de l’Etat islamique qui l’a réduite à la condition d’esclave sexuelle. Ayant réussi à s’évader, elle a commencer à lutter pour la libération de ses soeurs yézidies. Elle a reçu le prix Nobel de la paix en 2018.
Ma note : 5/5 mention « à découvrir absolument »
96 pages
Disponible en numérique et broché
Nouveauté 2021

MON AVIS

Je découvre pour la toute première fois la collection « ceux qui ont dit non » qui s’adresse à nos jeunes lecteurs dès 12 ans. Des documents très courts et donc condensés sur divers sujets tel que la colonisation, l’injustice, l’humiliation, la violence, la discrimination, l’oppression, le viol …. et tant d’autres.

 

Maria Poblete met en avant ici une personnalité publique, Nadia Murad, au travers de son parcours que vous connaissez peut-être. Nord de l’Irak, un petit village, Kocho, appartenant à la communauté des Yézidis, minorité persécutée. Enlevée à l’âge de 21 ans par l’État islamique, elle est vendue de nombreuses fois comme esclave sexuelle. N’ayant jamais renoncé à sa liberté, elle parvient à s’échapper et à rejoindre un camp de réfugiés où elle sera prise en charge et trouvera asile en Allemagne où elle entreprendra un long travail de reconstruction et faire valoir sa voix et la condition des femmes. Elle recevra le prix Nobel de la paix en 2018 pour son engagement.

 

J’ai vraiment été séduite par le format et la manière dont Maria Poblete aborde la vie de Nadia Murad. Elle se concentre sur les événements cruciaux qui ont jalonné sa vie. Elle les expose sans filtre terminant son récit par un passage du discours de remerciement lors de la remise du prix du Prix Nobel. La seconde partie est consacrée aux différentes façons de faire la guerre où les notions suivantes sont abordées : « le viol, arme de guerre », « les survivantes réclament justice », « du côté des instances internationales », « prostitution et proxénétisme en Europe ». La troisième partie reprend la chronologie de la vie de Nadia Murad.

 

Une lecture que je vous recommande vivement. Le format sera apprécié par les plus jeunes. Pour ma part, elle m’a permis de découvrir le combat de Nadia Murad et je n’ai pu m’empêcher de me procurer son témoignage « POUR QUE JE SOIS LA DERNIÈRE » que je fais lire très vite.

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMERALDA

MON VOISIN EST UN OURS (UN POIL AGAÇANT), une comédie romantique de Mily Black et de Déborah Guérand.

COMÉDIE ROMANTIQUE

ÉDITIONS HARLEQUIN

COLLECTION &H


Quoi de plus excitant pour une esthéticienne que d’avoir un ours comme voisin ?

Une carrure de rugbyman professionnel, un regard de prédateur grognon et une aura virile : pas de doute, Timothy, le nouveau voisin d’Annabelle, a tout d’un ours. N’importe quelle personne saine d’esprit (et douée d’un instinct de survie) resterait discrète et éviterait à tout prix de le contrarier… Sauf qu’Annabelle est plutôt du genre à foncer dans le tas et, dès leur première rencontre, elle n’a pas pu s’empêcher de le provoquer. Si elle a quitté Paris et son taré de petit ami, ce n’est pas pour se laisser impressionner par le premier homme venu ! Et, même si l’ambiance avec Timothy est déjà électrique, elle ne rate pas une occasion de le pousser à bout. Mais, quand elle découvre que derrière cette façade se cache un père célibataire tout à fait charmant et aussi perdu qu’elle, elle se dit qu’ils ont peut-être plus en commun que leur sale caractère…

Ma note : 4,5/5 mention « à croquer »

368 pages

Disponible en numérique

Nouveauté 2021


MON AVIS

Annabelle a tout quitté du jour au lendemain. Exit Paris et les mauvais souvenirs, direction Saint-Malo où une nouvelle vie l’attend. Sa solitude la pèse et le lourd secret qu’elle a laissé à Paris l’est tout autant. Grâce à une amie parisienne, elle tient un salon d’esthétisme. Sa clientèle, féminine et masculine, la sort rapidement de son marasme. Sa nouvelle amie rencontrée au restaurant du coin lui permet de sortir. Annabelle est une gentille fille qui ne se laisse pas toutefois marcher sur les pieds. Sa mauvaise expérience avec son ex manipulateur lui cause encore des sueurs froides. Elle se méfie des hommes. Un point c’est tout ! Sa solitude et sa tristesse sont pesantes, mais elle se sent ici en sécurité. Malgré la confession faite auprès de sa sœur, celle ci ne l’a malheureusement pas cru et il est hors de question de mettre ses parents dans la confidence. Sa sœur et son futur beau-frère côtoient toujours l’ex indésirable, et lorsque cette dernière lui annonce avec fanfare qu’ils vont se marier dans quelques mois et qu’elle sera le témoin de sa sœur avec l’autre c’est la goutte qui fait déborder le vase. L’angoisse surgit et l’emprisonne dans ses vieux souvenirs où la cruauté était bien trop présente. Quel bazar ! Et sans compter sur son voisin qui a un sérieux grain et un mauvais caractère ronchon. Leur rencontre est épique au fin fond d’une cave dans le noir total. Son voisin n’est rien d’autre que son nouveau propriétaire. Une étrange relation naît entre eux. Entre attraction improbable et pas franchement visible et une peur insidieuse. Mais très vite à force de rencontres fortuites et grâce à une aide providentielle, les choses pourraient bien changer.

 

Mily Black et Déborah Guérand signent un quatre main franchement rafraîchissant. Une comédie romantique comme je les aime, où je n’ai pu m’empêcher de rire. Outre ce côté léger, les auteures traitent d’un sujet gravissime, la violence conjugale. Ni pathétique, ni cruel, les auteures ont décidé de mettre une sacrée raclée à ce mal de notre société. Le personnage d’Annabelle est une véritable guerrière qui a su se délivrer de ses chaînes et qui a pu ensuite se reconstruire malgré les blessures profondes. Sa route est pavée de nombreux soucis et elle va trouver le soutien auprès d’une personne qu’elle n’aurait jamais soupçonné. Malgré eux et leurs caractères respectifs, ils ont de nombreux points communs. Ce gros nounours est si attachant, si attendrissant. Qui ne révérait pas de le prendre dans ses bras. Sous ses airs bourrus, baraqués et imposants se cache un homme au cœur en or.

 

Cette comédie romantique est juste un bijoux. Les sentiments des personnages sont si réels, leurs préoccupations si prenantes et leur relation si extraordinaire que j’ai vite été accaparée. Deux plumes hypers addictives qui savent retranscrire les émotions avec force et puissance. Un sujet sensible porté par des personnages si mignons transportés par cette force indescriptible que les victimes puisent au fond d’eux. Une comédie qui a su me faire rire et sourire. Un agréable moment en compagnie d’Annabelle et de Tim.

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMERALDA

TOUTES LES CHANCES QU’ON SE DONNE, un recueil de nouvelles de Kevin Hardcastle.

Littérature Nord Américaine

ALBIN MICHEL

COLLECTION TERRES D’AMERIQUE

#PICABORIVERBOOKCLUB


Avec ce premier recueil, l’auteur de Dans la cage nous entraîne dans un univers qui pourrait sembler distant et étranger. Les onze nouvelles réunies ici se déroulent dans les étendues sauvages du nord de l’Ontario et de l’Alberta, au coeur d’un environnement rural et impersonnel : fermes et forêts, sites miniers et petites villes. Mais sous la plume acérée et nerveuse de Kevin Hardcastle, qui mêle violence et tendresse avec une sincérité rare, surgit une bouleversante humanité : celle de chacun des protagonistes, qu’ils soient officier de police, infirmière, combattant de free fight, retraitée ou criminel à la petite semaine, lesquels tentent avec la même pulsion de vie de se laisser une chance, en cherchant dans le monde qui est le leur un peu de douceur et de beauté.
Illuminé par la grâce, un recueil coup de poing signé par l’un des écrivains canadiens les plus prometteurs de sa génération.

Ma note : 4,5/5 mention « à découvrir »

Traduction de l’anglais (États-Unis) par Janique Jouin-de-Laurens

256 pages

Disponible en numérique et broché

Nouveauté 2021


MON AVIS

Je suis très heureuse de retrouver Kevin Hardcastle avec ce nouveau titre, un recueil de 11 nouvelles.
 
Le vieux Marchuk
La corde
Frontière du Montana
Devoir attendre
Bandits
Celui-là ne serait sûrement pas une grande perte
Au ras des champs
Poursuivi par les coyotes
La forme d’un homme assis
Toutes les chances qu’on se donne
La plupart des maisons n’avaient plus de lumière
 
Onze histoires, onze personnages aux mille et une vies. Là-bas, loin de tout, où la terre appelle à la dureté, à la survie, aux choix et à ses conséquences. Colère, dépression, violence, haine tout autant de sentiments qui s’emploient à rendre la vie noire ou rose (selon le point de vue). Une vie enfermée dans ce cycle destructeur où seule la chance que l’on s’accorde (tant que l’on puisse) est l’unique clef qui ouvre les portes (du paradis ? de l’enfer ?).

 

La noirceur est omniprésente telle des volutes de fumée. Une atmosphère angoissante et terriblement oppressante. Onze récits tous aussi différents les uns que les autres. J’ai été heureuse de retrouver Daniel, héros de Dans la cage, une sorte de préquel à sa propre histoire. Des personnages torturés, pris de remords, qui vacillent entre espoir et désillusion. La croyance en cet avenir meilleur est omniprésent, mais la vie est une sacrée garce farceuse. Ces chances à portée de main, trop souvent insaisissables.

 

J’ai adoré retrouver la plume de Kevin Hardcaslte qui me semble davantage mature dans ce format. Dans son style bien à lui à la frontière entre le récit noir et le récit sociétal, il propose onze nouvelles d’une qualité intransigeante. Une plume où force et réalité se côtoient pour le pire et surtout le pire. L’étincelle salvatrice est rare et délectable. Une cavalcade sans foi ni loi. Pas de remord ni de choix, ni d’espoir, juste la seule constatation morbide que le mal est partout, violent, intransigeant, égoïste. Et pourtant, là, entre les mots, la chance est ici, prête à être saisie et à changer les vies.

 

Kevin Hardcastle est sans contexte un auteur au talent indéniable et à suivre. Un recueil d’une magnifique puissance où les mots m’ont transporté au-delà du possible, aux confins de la tristesse.

 

A découvrir absolument !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMERALDA

… ET POUR LE PIRE, un thriller de Noël Boudou.

Thriller

Éditions Taurnada

Collection Le tourbillon des mots


Bénédicte et Vincent auraient pu vieillir paisiblement ensemble. Malheureusement, le destin en a décidé autrement, il y a vingt ans… Vingt ans. Vingt ans à attendre… à attendre que les assassins de sa femme sortent de prison. Depuis vingt ans, Vincent Dolt n’a qu’une seule idée en tête : venger sa douce Bénédicte… Depuis vingt ans, seule la haine le maintient en vie. Mais une vengeance n’est jamais simple, surtout à 86 ans. Il a vécu le meilleur, il se prépare au pire…
MA NOTE 4,5/5 mention « à découvrir de toute urgence »

173 pages
Disponible en numérique et broché.
Nouveauté 2021

MON AVIS

86 ans, toutes ses dents et toute sa tête, Vincent n’attend qu’une seule chose avant de pouvoir trépasser, se venger. Une vengeance qu’il rumine depuis vingt années. Pas un seul jour, il ne vit pas avec le souvenir de sa chère Bénédicte, l’amour de sa vie, sauvagement tuée par une bande de bon à rien. Il revoit ce qu’a dû endurer sa femme : les sévices, les brûlures, les viols, les lacérations, les humiliations, la mort lente. Il hurle la douleur de sa perte. Il pleure sa disparition, jour après jour. Il noie sa tristesse dans la boisson. Il est devenu le vieux grincheux, celui que l’on montre du doigt, celui qu’on évite à tout prix. Sa solitude est brisée lorsque la belle « sunshine », Magalie, son aide ménagère, passe des petits moments avec lui. Son neveu malgré sa servitude n’est qu’un petit avorton qu’il adore enquiquiner. Vincent et toute sa douceur de vivre se sont enfuis ce maudit jour. Il se prépare. Plus que quelques jours et son plan se mettra en marche. Il n’a pas peur de la mort, il l’attend avec impatience, les bras grands ouverts. Seul petit bémol, ses nouveaux voisins. Il n’y a rien contre eux, même pas leur origine évidente, au contraire cela lui rappelle de merveilleux souvenirs. Ce qui l’embête c’est le fait qu’ils écoutent ses confidences. Malgré toute son énergie à les éviter, il ne veut pas que les malheurs, les siens, s’abattent sur cette magnifique famille. Il faut dire que les bras de ce papa seraient la force qu’il lui manque. Et puis la maman, flic, a plus d’un tour dans son sac. Une team exceptionnelle pour un boulot machiavélique !

 

Je crois que j’ai été accaparée dès les premiers instants par ce vieux monsieur et son caractère exécrable. Un véritable ronchonneur qui n’a pas sa langue dans sa poche et surtout qui ne déroge pas à ce qu’il a planifié. Sa douleur est évidente et son moyen de l’évincer est d’une certaine façon honorable. Qui n’a pas rêvé de se faire soi-même justice ?! Malgré son grand âge, il n’a pas perdu le nord. Son côté acariâtre, fonceur, têtu, et un peu maso sur les bords, j’approuve à 100%. Il est loin le papi pantouflard. En dehors de ce contexte de vengeance « terrible de la mort qui tue », une autre histoire tisse sa toile et je l’ai trouvée splendide. Elle contrecarre parfaitement l’image du papi en tenu de camouflage apprêté de son fusil. Un thriller que j’ai tout simplement adoré. Le scénario est hors du commun (non mais franchement un papi en commando, il fallait le faire). De l’action, de nombreux rebondissements, une intrigue magnifiquement bien ficelée et surtout des voisins au top. J’ai apprécié le rythme que donne Noël Boudou à son histoire. Une plume vive, souvent agrémentée d’un humour tranchant, qui sait nous mener par le bout du nez.

 

Si au départ c’était pour le meilleur … ET POUR LE PIRE a su me séduire par son originalité. Un personnage atypique motivé par un puissant sentiment de vengeance. Un cocktail explosif qui t’explose à la figure, là, gentiment pendant que toi t’es bien installé.

 

Je recommande vivement et chaleureusement. Vous n’allez pas être déçus !

 

UNE CHRONIQUE D’ESMERALDA