EXTINCTIONS, LE CRÉPUSCULE DES ESPÈCES, une bande dessinée de Jean Baptiste de Panafieu et de Alexandre Franc.

ROMAN GRAPHIQUE

ÉDITIONS DARGAUD & ÉDITIONS DELACHAUX ET NIESTLÉ

SCÉNARIO : De Panafieu

ILLUSTRATIONS : Franc


Sur une île de l’océan Arctique, les journalistes Emma et Luis vont pendant deux mois suivre une équipe scientifique qui étudie le risque mortel que fait peser le réchauffement climatique sur la faune et la flore.
Comment des espèces entières sont-elles amenées à disparaître ? Que dit la science de la sixième extinction de masse que nous vivons aujourd’hui ? Quelles étaient les cinq premières ? Comment se sont-elles produites et dans quel contexte ? Et après nous, le déluge ?…
 
Ma note : 4,5/5 mention « à découvrir »
128 pages
Disponible numérique et cartonné
Nouveauté 2021
Le biologiste Jean-Baptiste de Panafieu et le dessinateur Alexandre Franc nous offrent une description détaillée de ces phénomènes aussi fascinants qu’inquiétants. Avec humour et précision, ils expliquent la disparition des espèces actuelles et les conséquences de cette sixième extinction.

MON AVIS

En démarrant la lecture de ce roman graphique j’étais loin de me douter qu’il allait me faire flipper et me mettre mal à l’aise à ce point là. Si vous pensez que cela est péjoratif, vous vous trompez. Je pense que l’auteur a réussi son pari de nous ouvrir les yeux sur l’avenir de notre planète.

 

Grâce à deux journalistes quelque peu maladroits et une équipe scientifique, nous suivons leurs pérégrinations sur cette île de l’océan Arctique. Pas à pas, nous découvrons les traces du passé. Les différentes extinctions au nombre de cinq et les différentes évolutions des espèces vivantes. Bien évidemment le sujet dérive sur notre époque et les signes précurseurs de la sixième extinction qui nous ne leurrons pas à débuter depuis plusieurs décennies (l’anthropocène). Le plus ennuyeux est le fait que l’homme est à l’origine de cette sixième extinction. Et je vous assure que j’ai sacrément eu les boules. La surexploitation des terres , la surconsommation, la surpêche, l’augmentation de la température contribuent malheureusement à cela. L’auteur glisse tout de même de l’optimisme en suggérant que malgré la fin de la vie telle que nous la connaissons, elle saura s’adapter et évoluer. Les Hommes ne seront plus nous et les espèces vivantes aussi.

 

J’ai adoré ce roman graphique qui vulgarise la science. La science qui explique notre monde avec une telle simplicité est vraiment à mettre dans les mains de tous. J’ai beaucoup aimé les illustrations qui se veulent naturelles et singulières. Parfois des photographies ou des documents se glissent dans les planches. Le scénario accessible se veut parfois coquasse et l’ambiance conviviale. 

 

Une lecture qui ouvre les yeux et jette un grand froid. Je me suis sentie démunie face à cette situation et étrangement apeurée face à cet avenir délicat. Tout cela est si inévitable ! Une lecture qui interroge le lecteur et soulèvera bon nombres de débats. En parler entre nous c’est déjà un premier pas et peut être que collectivement une solution s’imposera. Mais dans notre monde individualiste et capitaliste (de mon point de vue pas celui de l’auteur) il me semble ardu de mettre en œuvre une solution de préservation. Si le protocole de Kyoto est de bonne augure, le temps joue en notre défaveur. Nos enfants et nos petits enfants seront les témoins d’une nouvelle ère qui malheureusement ne s’annonce pas sous des meilleurs auspices.

 

A découvrir de toute urgence !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

FILLES UNIQUES, tome 1 : Paloma, un roman graphique de Beka et Camille Méhu.

ROMAN GRAPHIQUE

ÉDITIONS DARGAUD

Beaka (scénario)

Camille Méhu (dessins, couleurs)


Apolline, Céleste, Chélonia et Sierra sont scolarisées dans le même établissement. Ces jeunes filles ont un point commun : elles sont isolées, mises à l’écart par les autres, parfois harcelées. Un jour, Chélonia décide de les réunir pour leur faire une proposition. Elle aimerait fonder avec elles le « club des mal-barrées ». Sa raison d’être : leur permettre de briser leur solitude et de devenir plus fortes, en somme, pour enfin « exister pleinement ».
Ma note : 5/5 mention « incontournable 2021 »
56 pages
Disponible en cartonné et en numérique
Nouveauté 2021
Leur premier objectif consiste à convaincre Paloma de les rejoindre. Adolescente rebelle et solitaire, celle-ci a épuisé plusieurs familles d’accueil. Elle vit désormais chez Liselotte, une femme habituée à héberger des jeunes en difficulté. Les quatre nouvelles amies pourront-elles l’aider à surmonter son passé ?
Dans ce premier tome d’une série en cinq volets, servi par le trait subtil et les couleurs sensibles de Camille Méhu, les BeKa abordent avec justesse les thèmes de l’adolescence difficile et des dysfonctionnements familiaux.

MON AVIS

Ce premier tome a été un sacré coup de cœur ! En commençant je n’aurai jamais cru ressentir autant d’émotions et d’empathie pour ces quatre filles uniques et mises au banc de la société. Ce premier tome est consacré à Paloma. Depuis son plus jeune âge, elle écume les familles d’accueil, trimballant derrière elle un foutu passé où sa voix n’a pas été entendue. 

 

Sous l’impulsion de Chélonia, une geek pleine de surprises, celle ci décide de créer ce groupe de filles. Elle les a longuement observées et en est arrivée à la conclusion qu’elle étaient toutes rejetées par ce système de normalisation. Mais Paloma n’est pas d’accord. Elle préfère être solitaire et affronter la vie telle qu’elle se présente. Faire confiance aux autres n’est pas sa tasse de thé, elle a bien été trop déçue par le passé. Rebelle dans l’âme, elle mène la vie dure à Liselotte, une vieille dame qui a le cœur sur la main et l’âme généreuse. Pas à pas, cette dernière va apprivoiser la jeune fille et Chélonia, Apolline et Céleste vont tout tenter pour que cette dernière intègre leur super groupe.

 

J’ai été sensible à l’histoire de Paloma, cette petite fille qui a été blessée très jeune par la vie. Elle a beaucoup de mal à s’attacher et à donner sa confiance aux adultes qui l’entourent. Un cœur blessé et une âme en flamme, Paloma préfère l’effervescence d’un groupe à la solitude. Une jeune de fille de caractère et aux idées bien arrêtées qui pourtant va se laisser tenter par se regain d’intérêt. Le scénario des Beka est sensationnel et profond. Ils traitent avec cette honnêteté ôtée de filtres les difficultés à l’intégration et à la différence, mais ils souhaitent également mettre en évidence qu’après un mauvais départ dans la vie, les chances sont, là, présentes et qu’il faut savoir en saisir la main tendue. Une scénario sensible et terriblement touchant mis en lumière par les illustrations sublimes de Camille Méhu qui retranscrit à merveille les émotions des personnages.

 

Une joli coup de cœur pour ce roman graphique, hâte de découvrir les aventures des autres filles uniques !

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

THE BLACK HOLES & NUIT COULEUR LARME, bandes dessinées de Borja Gonzalez.

ROMANS GRAPHIQUES

Éditions Dargaud

Scénario, dessin, couleurs : Borja Gonzalez


The black holes :
De nos jours, Gloria, Laura et Cristina, trois adolescentes, forment un groupe de punk appelé « The Black Holes ». Attitude, présence, instinct et musicalité, rien ne leur manque !
Mais à peine ont-elles commencé à répéter qu’une étrange présence surgit dans leur présent : une réminiscence aussi puissante que mystérieuse de quelque chose qui s’est passé il y a 160 ans et qui poursuit l’une d’entre elle. Et ce qu’elles ne savent peut-être pas, c’est que le temps est une autoroute à double sens…
Ma note : 3/5
Disponible en numérique et broché
Nuit couleur larme :
Dans une ville théâtre d’une vague de disparitions soudaines et inexpliquées, Teresa est libraire spécialisée en fantastique, occultisme, horreur. Une de ses clientes régulières est Matilde, jeune fille timide habillée comme une otaku. Une nuit, dans la forêt, Teresa lance une incantation trouvée dans un livre et fait apparaître Laura, une démone dont le pouvoir est de réaliser le voeu de qui l’a appelée. Mais Teresa ne sait pas quoi demander ! Or, Laura ne peut repartir sans réaliser sa mission. Commence alors une cohabitation des plus étranges, souvent drôle, toujours décalée…

MON AVIS

Une fois n’est pas coutume, j’ai à nouveau entamé une série par le tome 2. A la fin de ce dernier, je n’étais pas très convaincu et j’avais ce sentiment d’avoir loupé quelque chose. C’est au détour d’un post Instagram que j’ai trouvé la solution. Alléluia !

 

Ni une ni deux, me voici à lire The Black Holes. Ce premier tome met en image un groupe de trois filles qui ne se ressemblent absolument pas. Elles ont décidé de créer un groupe de musique, punk. Il est bien difficile pour elles de se mettre d’accord. En parallèle de cela, l’une d’entre elles va vivre des situations extraordinaires qui se recoupent avec des événements survenus il y a 160 ans. Passé et présent se croisent et se décroisent et un mystérieux et gentil squelette semble en être le point commun.

 

Le second tome se déroule à la suite de mystérieuses disparitions dont Cristina, une des filles du groupe de musique. Teresa, libraire, aime la magie occulte et tout ce qui s’en approche. Un soir, elle décide de tenter une incantation qui après quelques couacs réussie. La voici affublée d’un génie, Laura, qui est là pour réaliser un vœu qu’elle s’empressera d’exaucer. Mais Teresa ne sait pas quoi dire et choisir. Laura s’installe chez Teresa et fait la connaissance d’une habituée de la libraire, Mathilde, une ado curieuse.

 

Voici deux bandes dessinées qui sortent totalement des codes. Vous seriez surpris de découvrir des personnages au visages uniques, blancs. Je ne vous cache pas que au début j’ai cru à une mauvaise blague, cherchant l’erreur là où elle n’était pas. L’évidence est telle qu’effectivement Borja Gonzalez a décidé d’occulter les traits des visages. Est ce que cela entraîne une incompréhension des émotions ? Aucunement et c’est en cela qu’excelle les bandes dessinées. Les émotions sont transmises par un jeu de couleur, la posture des personnages et les bulles. Tout le contexte émotionnel est bien et bel présent mais d’une manière inattendue. Ce qui m’a laissé sur ma faim c’est le scénario. Alors oui je n’ai pas tout compris et j’ai encore cette impression d’être passée carrément à coté. C’est très frustrant et embêtant ! Néanmoins l’auteur a le sens de la poésie et vous captive en un claquement de doigts et donc à la sortie du troisième tome, je ne manquerai pas de le découvrir et, peut être et enfin, mettre le doigt sur ce qui me manque aujourd’hui.

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMÉRALDA

L’ENFANCE C’EST … un roman graphique écrit par 120 auteurs et illustré par Jack Koch.


Illustrateur très actif sur les réseaux sociaux, Jack Koch a invité 120 auteurs, connus et moins connus, français et étrangers, issus de tous les genres littéraires, à offrir leur définition de l’enfance, qu’il a illustrée. La magie opère à nouveau : ce sont autant de souvenirs et d’émotions qui sont dites, avec justesse, finesse et beaucoup de tendresse.

Qu’il est bon d’ouvrir ce roman graphique où la douceur, la réalité, l’imaginaire se côtoient autour de cette évidence L’ENFANCE C’EST …

 

120 auteurs réunis au cœur d’un livre où la tendresse, la bienveillance et l’amour s’affrontent, s’unissent tout au long de quelques lignes.
Quelques mots pour ces quelques lignes tels des tableaux souvent parfaits parfois douloureux. 120 auteurs qui racontent leurs enfances, leurs espoirs, leurs rêves, leurs blessures, ce moment crucial où ils rendent compte que l’enfance est passé tel un éclair.

 

Jack Koch et son excellent coup de crayons subliment ces mots. Un petit garçon, une petite fille, une jeune femme, un jeune homme, des parents, des grands-parents, des vélos, des cerfs-volant, des nuages, des fleurs, de l’eau, du vent, de l’herbe des arbres … pleins de rêves.

 

Un sentiment de plénitude au fil des pages s’installe, instillant ces coups de bonheur et de tendresse.

 

A mon tour de me prêter au jeu.

 

L’enfance c’est ce sentiment de ne pas trouver sa place dans ce monde trop vaste pour mes petites mains et mes petits pieds. C’est voir la vie en grand et s’imaginer astronaute et astrophysicienne. C’est pleurer et ravaler ses craintes dans un endroit secret. C’est rire et pleurer, un peu trop. C’est grandir trop vite et se rendre à l’évidence que l’enfance c’est tout un monde.

 

L’avez-vous lu ?

 

Je vous le conseille vivement !

 

Une chronique de #Esméralda.

BARTLEBY, LE SCRIBE un roman graphique de José-Luis Munuera.


New York City, quartier de Wall Street.
Un jeune homme est engagé dans une étude de notaire. Il s’appelle Bartleby. Son rôle consiste à copier des actes juridiques.
Les premiers temps, Bartleby se montre irréprochable. Consciencieux, efficace, infatigable, il abat un travail colossal, le jour comme la nuit, sans jamais se plaindre. Son énergie est contagieuse. Elle pousse ses collègues, pourtant volontiers frondeurs, à donner le meilleur d’eux-mêmes.
Un jour, la belle machine se dérègle. Lorsque le patron de l’étude lui confie un travail, Bartleby refuse de s’exécuter. Poliment, mais fermement. I would prefer not, lui répond-il. Soit, en français : je préfèrerais ne pas.
Désormais, Bartleby cessera d’obéir aux ordres, en se murant dans ces quelques mots qu’il prononce comme un mantra. Je préfèrerais ne pas. Non seulement il cesse de travailler, mais il refuse de quitter les lieux…
José Luis Munuera s’empare de la nouvelle d’Herman Melville dans une adaptation magistrale et porte un regard original sur ce texte, réflexion stimulante sur l’obéissance et la résistance passive.

L’adaptation par José-Luis Munuera de l’incroyable nouvelle de Herman Melville est une parfaite réussite. Aujourd’hui et exceptionnellement, je viens vous parler de deux lectures que je n’aie pues dissocier. Les grands classiques et moi sommes fâchés, mais je mets du mien pour en découvrir de temps en temps et l’occasion s’est présentée avec ce nouveau roman graphique. Grâce à lui, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai lu la nouvelle de Melville.
José-Luis Munuera reprend avec talent l’univers de Melville y transfigurant ici et là son point de vue de scénariste et de l’illustrateur. L’immersion dans le New York du XIe siècle où toutes classes sociales et culturelle se côtoient, où l’exode (et immigration) rural bat son plein, la ville représente l’eldorado, est accompagnée de petits clins d’œil à Thorreau, parfaite introduction.

 

Bartleby, copiste vient d’être engagé dans l’étude du narrateur. Respectueux, soigneux, efficace, il mène à bien les travaux qui lui sont donnés. Et puis un jour il déclare, « je préférerais ne pas ». Abasourdi, son employeur reste stoïque face à ces quelques mots, mais ne lui en veut guère. Quelques jours après, la même phrase retentit. De fil en aiguille, cette confrontation quasi silencieuse pousse le narrateur à fuir ces lieux tout en laissant sur place ce jeune homme. Mais sa prise de position le porte vers un destin tout aussi douloureux.

 

J’ai complétement été déstabilisée par ce roman graphique. On suit les élucubrations du narrateur qui se confie à ce personnage vêtu de noir qui me semble représente sa conscience. Toute une argumentation est ainsi déballée sur le comportement atypique et anodin de Bertlaby. Insidieusement les mêmes interrogations font écho aux lecteurs et l’auteur les invite à la réflexion. A mon tour à rester stoïque, cherchant une explication rationnelle et compréhensible. Il est évident que le contexte historique, sociétal et économique de la nouvelle a une importance capitale. Le libre-arbitre, l’opposition au système insufflent au personnage passif et pacifique une dimension irréelle tout aussi choquante que bouleversante. « Je préférerais ne pas » impose une réflexion et ne représente pas nécessairement le refus catégorique. Peut-il alors avoir un débat quand cette allocution est sans cesse répéter ? Le refus doit-il être compris comme étant le signe d’une désobéissance prérequis et délétère d’une société en perte de repère ?

 

Vous l’aurez compris la lecture du roman graphique de Menuera et de la nouvelle de Melville m’ont donné de nouveaux cheveux blancs. Une histoire qui m’a captivée certes mais dont j’ai cette amère impression de ne pas avoir toutes les clefs en main. José-Luis Menuera met en valeur une nouvelle qui me semble toujours d’actualité. Des illustrations magnifiques où l’urgence de la situation répond en écho à un personnage silencieux mais charismatique. Un scénario adapté mais qui suit les grandes lignes de l’œuvre de Melville. Je ne peux que vous conseiller ces deux lectures, œuvres magistrales,  elles se complètent à merveille et sont indissociables.

 

Une très grande découverte pour moi, je suis sortie de mes sentiers battus et en sort conquise !

 

Une chronique de #Esméralda

THOREAU ET MOI, une bande dessinée de Cédric Taling.


Nourri de lectures sur les risques écologiques et l’urgence d’une descente énergétique radicale, Cédric, artiste peintre quadragénaire parisien, est traversé par de profondes angoisses existentielles. Cette sensibilité particulière le met mystérieusement en contact avec l’esprit de Henry David Thoreau (1817-1862), figure fondatrice de la philosophie décroissante. Celui-ci apparaît régulièrement à Cédric, tel un Jiminy Cricket d’aujourd’hui, empruntant au fil de leurs rencontres diverses formes animales et végétales plus ou moins abouties – une sorte d’incarnation animiste de leur empathie commune pour la nature.
Ils poursuivent ainsi une conversation philosophique intermittente qui leur permet de constater qu’à deux siècles d’écart, les problématiques issues de l’exacerbation du capitalisme et du consumérisme demeurent inchangées. Malgré les avancées scientifiques et technologiques, les humains persistent à succomber aux mêmes folies plutôt que de rechercher les plaisirs simples.
Temporairement séduit par les thèses des collapsologues puis des survivalistes, Cédric finit par trouver un terrain à la campagne, près d’un lac, pour y construire une maison hobbit autosuffisante.
Très librement inspirée de Walden, ou la vie dans les bois, le chef-d’oeuvre de Henry David Thoreau, cette bande dessinée retrace la prise de conscience écologique d’un homme d’aujourd’hui et pose la question universelle du changement de vie : face aux impasses de notre modèle social, comment mener une existence qui a du sens ?

Cette bande dessinée fut une sacrée surprise, une de celle qui ouvre sur ce monde en perte de repère et où l’absence d’une conscience écologique font défaut. Cédric Taling, narrateur et héros de ce roman graphique, décrit aux travers de ses illustrations et scénario parfois invraisemblable, ce parcours chaotique et généreux qu’est cet éveil à l’écologie. Ce dernier est souvent la proie à l’incompréhension, au moquerie, à l’abnégation, à l’indifférence totale. Mais Cédric Taling est un coriace, un acharné et surtout un convaincu que vivre différemment et en accord avec la nature et soi est l’apothéose, l’accomplissement d’une vie loin des conformités sociales et voraces.
Et rien de mieux qu’un certain Thoreau pour se faire le gardien de ces idées et de ce concept vieux de plusieurs siècles. Telle une voix en sourdine ou apparitions miraculeuses allégoriques, Thoreau invite son apprenti à se poser les bonnes questions et à trouver les bonnes réponses. Voix de la sagesse, il transmet son savoir sans crainte de bousculer les a priori, ouvrant le chemin à celui qui veut bien l’attendre.

 

Au départ j’ai eu très peur. Très peur de ne pas saisir le message, très peur de cette folie latente qui semble vouloir jaillir tel un diable dans sa boîte. Il sa s’en dire que je déteste avoir peur surtout quand j’ai un livre en main. Mais je l’ai dépassée pour le pire et surtout le meilleur. C’est un livre qui je crois peut transformer si on y est sensible. C’est un livre qui hérisse les poils non pas par les propos de Cédric Taling mais par ceux de son entourage. C’est un livre qui fait sourire face aux attitudes parfois paniqués de son héros. C’est un livre qui émeut par cette sensibilité humaine. Cédric Taling m’a permis de découvrir Thoreau et c’est grandiose ! Les lecteurs novices seront conquis mais les fans resterons, peut-être, sur leur faim. C’est toujours délicat quand un auteur vous fait découvrir un autre auteur, j’ai l’impression de biaiser. Cédric Taling fait preuve de générosité au travers de son histoire et de ses illustrations minimalistes, altruistes et bienveillantes. J’ai tout simplement adoré et je vous recommande fortement !

 

Une chronique de #Esméralda

ÉCLATS/CICATRICES, une bande dessinée historique de Erik de Graaf.


Un an après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Esther et Victor, anciens amants, se retrouvent dans un cimetière. Ils ne se sont plus revus depuis l’invasion des Pays-Bas par les troupes hitlériennes. Tous deux sont marqués par les années de guerre qu’ils tentent, vaille que vaille, de se transmettre en mots.
Leurs récits, chargés en émotion, portent sur les choix – souvent impossibles – qu’ils ont dû faire, les êtres chers qu’ils ont perdus et, surtout, la bataille qu’ils ont menée avec leur conscience. Des amis proches ont en effet opté pour la résistance, d’autres pour le Front de l’Est. Sans oublier qu’Esther est Juive.
Éclats est la première partie de cette histoire sur la perte. Perte de l’innocence, des rêves, de la jeunesse et, bien sûr, de la liberté.
Cicatrices clôt le diptyque.
Le récit tout en subtilité d’Erik de Graaf illustre que le bien et le mal vivent chacun des zones grises, celles de la condition humaine.

Aujourd’hui j’ai choisi de vous parler de ce diptyque dans son ensemble et non individuellement. Direction le Pays-Bas, à l’aube de la seconde Guerre Mondiale. Pays neutre mais qui se voit rapidement en 1939 rentrer dans la guerre malgré lui. Envahi sans sommation par les Allemands, le Pays-Bas rend les armes rapidement. L’armée n’était pas préparé et surtout comptait sur sa neutralité.
Esther et Victor est un jeune couple. La guerre va rapidement les séparer. Victor rejoint les rangs de son armée dans un premier temps. Surveillant les points stratégiques, après la déroute de l’armée il rejoint sa famille. Si au cours de la première année les Allemands ont une position d’envahisseur calme, cela change du tout au tout. Les juifs sont enfermés alors que la résistance s’organise. Très vite un réseau voit le jour, alors que de plus en plus de néerlandais rejoints les Allemands, des traîtres.

 

Victor est un jeune homme insouciant rattrapé par la terrible réalité. Alors qu’Esther, elle doit faire face avec sa sœur à la perte de sa famille et au placement dans une nouvelle famille qui est sensée les protéger de l’holocauste. Les chemins d’Esther et de Victor se sépare tragiquement tandis que leurs amis paient le lourd tribut de la guerre.

 

A la fin de chaque bande dessinée, on découvre les coulisses et j’ai appris que Erik de Graaf retrace les souvenirs de sa famille, entre autre, tout au long de ses deux bandes dessinées. Un scénario chamboulant comme le sont les récits de la Seconde Guerre Mondiale axé sur les hommes et les femmes qui l’ont subie et qui ont dû faire des choix. Les thèmes abordés comme le souvenir, la liberté, la mort et la reconstruction sont explorés avec subtilité rendant les émotions touchantes. Les illustrations de Erik de Graaf sont atypiques, à la fois simples et complexes toutes en ligne et courbe. Des couleurs tendres et pastels conférant une atmosphère intimiste. Le récit alterne entre les passé et le présent. Un passé noir et un présent qui tente à revenir à la lumière. Ce diptyque est intéressant même si le sujet est connu et il peut l’être davantage pour les jeunes lecteurs, la bande dessinée me semble t’il étant davantage évocateur pour eux. J’ai beaucoup apprécié les carnets de lectures où l’auteur argumente ses choix d’approfondir tels ou tels éléments. J’ai également apprécié le style des illustrations original dans le style rétro.

 

Une belle découverte où j’ai appris un peu plus sur l’histoire du Pays-Bas au cours de cette période dont on ne doit rien oublier.

 

Une chronique de #Esméralda

GENTLEMIND, épisode 1 – un roman graphique de Diaz Canales, Valero et Lapone.


New-York, 1940. Navit, une jeune artiste désargentée, hérite d’un journal de charme quelque peu désuet : ‘Gentlemind’. Combative, intelligente et audacieuse, elle s’improvise patronne de presse et se lance le défi insensé d’en faire un magazine moderne. Hantée par le souvenir de son amant disparu sur le front en Europe, elle doit affronter la réalité d’une société américaine en plein âge d’or mais résolument machiste… Un récit profondément touchant, sur trois décennies, du rêve américain au féminin !

Gentlemind est sans contexte une merveilleuse découverte. Fresque sociale et féminine au cœur de l’Amérique des années 40, un entre deux âges où la femme tend à faire sa place dans un monde d’hommes.
Navit connaît l’amour dans les bras d’un artiste au cœur tourmenté. Muse adorée et vénérée, l’avenir avec lui semble serein. Elle intègre un cabaret et leur monde s’étiole. Il la quitte pour la guerre, elle le pleure. La vie continuant, elle se marie, la beauté aidant, à un bonhomme salace et égoïste. Un mariage où son intelligence est dénigrée. Puis le clap final retentit, la voici veuve, des tas de dettes, une ex-femme vorace et un petit journal pour homme en déclin. Elle veut absolument garder ce dernier et le remettre à flot. Une plongée dans un monde régit par les hommes et où elle se fera une place à la hauteur de ses talents.

 

Gentlemind est une très belle découverte. Navit est une femme incroyable. Sa force est un véritable atout dans un monde exclusivement masculin. Elle bouscule les codes tout en restant fidèle à elle même sans essayer de plaire à qui que ce soit. Une femme désarmante et attachante, cette figure féminine impose ses idées avec tact et conviction. Elle libère les paroles, reconnaît les talents, innove et met en lumière ces femmes bravant le quotidien . Actrice de l’évolution de la condition des femmes, Navit trouve enfin sa place au cœur d’une société patriarcale.  Diaz Canales et Valero proposent un scénario très intéressant et immersif dans la société américaine. Lapone le sublime avec un incroyable talent. Du noir, des couleurs, du mouvement pour des émotions en folie.

 

Une chronique de #Esméralda

LE ROMAN DES GOSCINNY de Catel.

LA NAISSANCE D’UN GAULOIS
[ BIOGRAPHIE GRAPHIQUE – Nouveauté 2019 ]
Avec la participation d’Anne Goscinny
Éditions GRASSET
344 pages
Lien Kindle

Le résumé :
Raconter René Goscinny en bande dessinée. Et lui donner la parole, au fond, pour la première fois. Tel est le projet de cet album exceptionnel. Un événement artistique. Et un livre de tendre amitié.
Catel, célèbre dessinatrice, travaille depuis quatre ans, avec l’appui et l’amitié d’Anne Goscinny, à ce « Roman des Goscinny » – un roman graphique où tout est vrai. 320 pages magnifiques, en trichromie, où Catel nous raconte la vie de René Goscinny. Sa naissance, dans le Paris des années 20, au cœur d’une famille juive, exilée de Pologne et d’Ukraine. Son père, chimiste, fils de rabbin. Sa mère, née en Ukraine, ayant fuit les progroms. Son grand-père, imprimeur de journaux yiddish. Son grand-frère moqueur, Claude. L’enfance en Argentine, bientôt. Et les passions de René : le dessin, le rire, puis l’écriture.
Catel nous emmène dans un voyage familial marqué par l’histoire, entre l’Amérique et l’Europe. Tandis que le jeune René cherche sa voie, lui le « paresseux contrarié », une partie de la famille meurt dans les camps d’extermination. René part à New York, frappe à toutes les portes, dessine et vit dans la pauvreté avec sa mère. A Bruxelles puis à Paris, il trouvera peu à peu sa vocation : non pas dessiner, mais écrire, scénario, sketchs, histoires. Goscinny crée, avec Uderzo, le personnage d’Astérix, qui devient très vite célèbre dans le monde entier ; mais aussi le Petit Nicolas avec Sempé. Et il est le grand scénariste de Lucky Luke et de Iznogoud.
C’est aux portes du « célèbre village gaulois » que s’arrête le premier tome du « Roman des Goscinny » : alternant avec force et tendresse des épisodes de la vie de « René » ; et ceux racontés par sa fille Anne à son amie – donnant une vérité, une drôlerie et une émotion à ce projet fondateur.
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En règle général, je ne suis pas une grande fan des biographies et lorsque j’en lis il est toujours difficile de mettre mes mots sur l’ensemble du livre. En ouvrant le dernier album de Catel, j’étais de me douter que j’allais tout simplement adorer.

 

Cette biographie graphique est tout simplement fabuleuse. Le format et la manière dont Catel s’empare de la vie de cet homme quasi mystique est tout aussi humble qu’accaparant. Quand je lisais les bandes dessinées, il y a quelques années en arrière, je ne me suis jamais intéressée à leurs auteurs. Et pour tout vous dire je pensais que R. Goscinny était le dessinateur ( oui c’est bon j’entends vous ohhhhhhh !) en même temps cela aurait pu être le cas. Très jeune René Goscinny dessine. Il est fasciné par les Walt Disney dans un premier temps et ensuite se tourne vers la caricature. Mais son talent ne convainc personne. En parallèle le jeune Goscinny s’adonne à une autre passion faire rire le monde. Il adore manier les mots et interloquer son public et surtout le voir rire aux éclats. C’est tout naturellement qu’il se dirige vers des études de Lettres et devient bien des années plus tard scénariste. Métier grandement boudé à l’époque par les éditeurs et qui rechigne à le valoriser.

 

Catel convaincue par Anne Goscinny, fille de R. Goscinny, rend un hommage vibrant à l’homme. Grâce aux archives familiales (interview, croquis, photos…) et aux souvenirs d’Anne, Catel retrace les grands moments de sa vie. Les meilleurs tout comme les plus désastreux, ces moments capitaux qui ont fait l’homme qu’il est devenu : généreux, souriant, éclatant, courageux, fantastique, un pur génie.

 

Le format d’album limite finalement le développement de certains états de faits, mais rien de m’empêche de partir à la pêche aux infos ailleurs.

 

J’ai été charmée par la manière dont Catel s’approprie le destin de cet homme hors du commun. Quelques traits d’humour fleurissent ici et là. Les dessins sont à la fois tendres et bouleversants.

 

J’ai passé un super moment de lecture. La biographie graphique est un moyen génial d’apprendre sans le côté « lourd » que l’on retrouve dans la biographie traditionnelle !

 

Parfois, j’applique au texte, au film ou au spectacle un filtre qui le contient, lui, tout entier.
Heureuse alors de cette complicité imaginaire mais partagée, je commence un autre livre.
Celui-ci par exemple, et c’est avec lui, je le sais, que je tournerai les pages de cette biographie graphique.
J’ai tout lu de mon père, mais jamais je n’avais lu mon père. Pour la première fois, l’auteur va s’effacer devant le personnage qu’il est devenu.
Grâce au travail de Catel, j’ai réussi à réconcilier mon père et René Goscinny, un constat qui réjouira le psychanalyste inspiré qui m’aide à retrouver l’homme intime derrière l’auteur.
Sous le pinceau élégant et juste de Catel, je l’ai vu babiller, jouer, sourire, dessiner, écrire, espérer. c’est bien sa voix, là. Et c’est son rire aussi.
Qui a jamais eu la chance de voir ainsi naître son propre père ?
Anne Goscinny
 
Une chronique de #Esméralda.

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… le site des éditions Grasset.

… l’univers de Catel !