NADIA MURAD : NON À L’ESCLAVAGE SEXUEL, un document de Maria Poblete.

DOCUMENT ADOLESCENT

ÉDITIONS ACTES SUD JUNIOR – Collection Ceux qui ont dit non


Nadia Murad a vu périr une partie de sa famille sous les coups de l’Etat islamique qui l’a réduite à la condition d’esclave sexuelle. Ayant réussi à s’évader, elle a commencer à lutter pour la libération de ses soeurs yézidies. Elle a reçu le prix Nobel de la paix en 2018.
Ma note : 5/5 mention « à découvrir absolument »
96 pages
Disponible en numérique et broché
Nouveauté 2021

MON AVIS

Je découvre pour la toute première fois la collection « ceux qui ont dit non » qui s’adresse à nos jeunes lecteurs dès 12 ans. Des documents très courts et donc condensés sur divers sujets tel que la colonisation, l’injustice, l’humiliation, la violence, la discrimination, l’oppression, le viol …. et tant d’autres.

 

Maria Poblete met en avant ici une personnalité publique, Nadia Murad, au travers de son parcours que vous connaissez peut-être. Nord de l’Irak, un petit village, Kocho, appartenant à la communauté des Yézidis, minorité persécutée. Enlevée à l’âge de 21 ans par l’État islamique, elle est vendue de nombreuses fois comme esclave sexuelle. N’ayant jamais renoncé à sa liberté, elle parvient à s’échapper et à rejoindre un camp de réfugiés où elle sera prise en charge et trouvera asile en Allemagne où elle entreprendra un long travail de reconstruction et faire valoir sa voix et la condition des femmes. Elle recevra le prix Nobel de la paix en 2018 pour son engagement.

 

J’ai vraiment été séduite par le format et la manière dont Maria Poblete aborde la vie de Nadia Murad. Elle se concentre sur les événements cruciaux qui ont jalonné sa vie. Elle les expose sans filtre terminant son récit par un passage du discours de remerciement lors de la remise du prix du Prix Nobel. La seconde partie est consacrée aux différentes façons de faire la guerre où les notions suivantes sont abordées : « le viol, arme de guerre », « les survivantes réclament justice », « du côté des instances internationales », « prostitution et proxénétisme en Europe ». La troisième partie reprend la chronologie de la vie de Nadia Murad.

 

Une lecture que je vous recommande vivement. Le format sera apprécié par les plus jeunes. Pour ma part, elle m’a permis de découvrir le combat de Nadia Murad et je n’ai pu m’empêcher de me procurer son témoignage « POUR QUE JE SOIS LA DERNIÈRE » que je fais lire très vite.

 

UNE CHRONIQUE DE #ESMERALDA

À CŒUR OUVERT, une bande dessinée de Nicolas Keramidas.


Nicolas Keramidas est atteint d’une malformation cardiaque à la naissance, la tétralogie de Fallot, ce qui l’oblige à subir une opération délicate et surtout inexpérimentée en 1973 : il devient ainsi le premier bébé en France à être opéré à coeur ouvert. 43 ans plus tard, lorsque son coeur s’emballe sur un terrain de foot, le mal se réveille et le conduit vers une nouvelle opération à coeur ouvert.

Une expérience angoissante et douloureuse qu’il parvient à surmonter avec sa femme, Chloé, qui, comme lui, a tenu un carnet au jour le jour. C’est à partir de ces notes qu’il retrace en détails toutes les étapes de cette descente aux enfers médicale jusqu’à sa sortie définitive de l’hôpital.
En usant d’humour et d’un savoir-faire acquis aux studios d’animation Walt Disney de Montreuil où il a travaillé pendant douze ans, l’auteur nous fait vivre l’expérience d’une opération chirurgicale lourde avec une sincérité touchante.

Nicolas Keramidas réussi à concilier la tragédie et une réalité à la fois caustique et terriblement authentique.

 

L’auteur raconte son histoire, celle induite par la maladie, la tétralogie de Fallot, une maladie cardiaque. Enfant, il ne s’en souvient guère. D’ailleurs il apprend très tard qu’il est atteint de cette malformation cardiaque congénitale. Il vit avec sans y prêter gare, les années défilent sans aucun problème apparent.

 

Et puis un jour une alerte, puis deux et c’est au cours d’un match de foot entre amis qu’il s’écroule.
Le mauvais sort s’abat ainsi sur sa vie et son monde. Débute alors le marathon pour vivre. Post-op, opération, pré-op, réveil, attente, rééducation, rechute … un parcours sans fin, mais qui finit bien.

 

Nicolas Keramidas détonne par ces planches à la fois douces et violentes. Tout en parlant de lui, il met en exergue tous ces hommes, femmes et enfants qui subissent ce parcours hors-norme. Ces moments de solitude, de fatigue, d’espérance sont à l’image de ces jeux de sociétés qui vous font tourner en bourrique. Il s’en amuse mais il est évident que le cœur n’y est vraiment pas. Parfois trash et souvent poétique, Nicolas Keramidas nous plonge dans cet univers aseptisé et effrayant. J’ai apprécié ce biopic à tous les niveaux, que cela soit sur le style narratif et sur les illustrations. L’auteur retranscrit à merveille ses doutes, espoirs et incompréhensions aux travers de ces bulles invitant au voyage, à l’évasion. Une note d’humour, un zeste de bon sens et une bonne dose d’autodérision pour une histoire ni pathos ni craignos et qui ne peut que vous touchez.

 

Un récit bouleversant à découvrir !

 

Une chronique de #Esméralda

T’INQUIÈTE PAS, MAMAN, CA VA ALLER, un témoignage de Hélène de Fougerolles.


«  Je marche dans la rue en levant les yeux au ciel. Il paraît que c’est ultra-efficace pour éviter de pleurer. J’inspire à fond. J’écoute battre mon cœur. Je viens d’entrer dans un tunnel immense… C’est le début du grand huit. Il va falloir que je m’accroche. 
Longtemps, je n’ai pas voulu voir, pas voulu savoir. J’étais dans le déni et la mauvaise foi. J’ai joué à merveille mon rôle d’actrice lumineuse, pétillante et légère. J’avais une double vie  : celle à laquelle je voulais croire, et l’autre, celle que je vivais vraiment… 
Il m’aura fallu dix ans pour accepter la différence de ma fille. Dix ans de fuite, dix ans de combat. Je ne m’attendais pas à un tel voyage.
Je voudrais aujourd’hui partager ce chemin de rires et de larmes, de colères, de doutes, de joies et d’amour. Parce que, si longue que puisse être la route, si gigantesques que soient les montagnes à franchir, nous avons tous le choix d’être heureux. »

Quelques jours plus tard, le pédiatre neurologue m’achève. Lui est encore plus cash, il ne s’embête même pas avec des explications techniques, il me dit juste que ma fille est « foutue ». Voilà. Ni plus ni moins.

Je la mets dans quelle poubelle, monsieur ? Jaune ou verte ? On peut la recycler, vous croyez ?


 
Être parent est bien difficile, on y va à l’instinct, on se trompe souvent et puis on recommence. Des tentatives à la pelle en espérant que l’on élève au mieux son enfant dans le tourbillon de notre société. Alors quand ce précieux cadeau n’est pas conforme aux normes de notre société, on déjante rapidement.
Être parent d’un enfant merveilleux, s’est emprunté un chemin chaotique que l’on se doit de franchir avec force, courage et conviction. On l’accepte ou non. Le déni. Un vilain mot, péjoratif qui vous renvoie à la figure que vous êtes un mauvais parent aux idées préconçues et aux idéaux des grandes envergures. Mais ce déni est davantage précieux quand la conscience s’éveille.

 

Hélène de Fougerolles ne nous délivre pas un « énième » récit sur l’autisme mais un témoignage fort émouvant et bouleversant. Elle se met à table, nous balance son enfance, ses parents toxiques, son sentiment de l’abandon, ses désillusions et ses désirs enfouis au cœur de ses entrailles empêchant de voir l’essentielle, sa fille Sacha. Tout au long de ses années, elle entreprend sa reconstruction pas à pas. Entre apaisement et colère, Hélène de Fougerolles souhaite plus que tout offrir à sa fille un monde merveilleux où la différence n’en serait pas une. Un cri intense mêlant l’incompréhension et l’envie, la volonté d’être la mère parfaite de Sacha. Un combat féroce vers l’acceptation libératrice.

 

J’ai passé une de mes nuits à ses côtés. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai crié  au rythme de ses confidences. Un témoignage terriblement sincère sans crainte du jugement. Et puis étant la maman d’un petit garçon autiste (à huit ans il est toujours) je me suis retrouvée dans ses mots. Ce moment crucial où, par fierté elle ne pleure pas devant l’équipe enseignante. Moi, je n’ai pu que pleurer devant l’absurdité du corps enseignant. Et puis ce fameux papier de la MDPH qui vous annonce, noir sur blanc, que votre enfant est handicapé. La stupeur et l’incompréhension, tout comme l’auteure, m’ont saisie. Et le dernier où le corps médical vous accuse d’être une maman trop protectrice lui passant tous les caprices. Si les médecins en sont friands, moi, ils me sont venus de mon mari.

 

Hélène de Fougerolles délivre son témoignage. Bienveillant et d’une honnêteté sans faille montrant du doigt les aberrations d’une société qui se dit ouverte, tolérante et bienfaisante. « Liberté, égalité, fraternité » ne s’applique pas face à la différence. Un récit émouvant qui au-delà de l’apparence de l’actrice, j’ai découvert une femme combative, pleine de générosités avec ses failles et ses blessures.

 

Une chronique de #Esméralda.

Le mot, d’origine anglaise, « hand in cap » veut dire « main dans un chapeau » et désignait des jeux dans lesquels des objets de valeurs différentes étaient disposés dans un chapeau, le hasard élisant le gagnant en dépit de tout autre paramètre.

source http://www.cairn.info

JE SUIS UNE MAUDITE SAUVAGESSE – Eukuan nin matshi-manitu innushkueu, un témoignage de An Antane Kapesh.


An Antane Kapesh signe un réquisitoire accablant contre les Blancs : « Quand le Blanc a voulu exploiter et détruire notre territoire, il n’a demandé de permission à personne, il n’a pas demandé aux Indiens s’ils étaient d’accord. »
« Ce livre est l’illustration flagrante de la dépossession dont sont victimes les Indiens et du crétinisme notoire du Blanc moyen qui arrive dans le Nord imbu de lui-même et de sa civilisation. Il ressort de tout ça que ce que l’homme a fait et continue de faire aux Indiens est une belle saloperie. » – Châtelaine, janvier 1977
« Ce livre, c’est le cadeau précieux qu’on offre à l’Histoire. » – Naomi Fontaine
An Antane Kapesh, née en 1926, première auteure innue, mère de huit enfants, a vécu en nomade jusqu’en 1953 lorsque le gouvernement déracine sa famille de ses terres. Eukuan nin matshi-manitu innushkueu / Je suis une maudite Sauvagesse est son grand livre où elle dénonce la colonisation des Premières Nations.
Traduction José Mailhot
Edition et préface : Naomi Fontaine
Edition billingue innue-français

Quand nous vivions notre vie à nous, jamais nous ne voyions toutes les misères que nous voyons aujourd’hui. Après nous avoir pris notre vie, le Blanc ne nous a donné qu’une existence lamentable.
La seule et unique fois où j’ai entendu parler de An Antane Kapesh, c’est dans le dernier récit de Naomi Fontaine SHUNI. A la fin de cette lecture, ce fut comme une évidence, je devais à tout prix lire JE SUIS UNE MAUDITE SAUVAGESSE. Hasard de la vie, depuis fin août, les éditions Mémoire d’Encrier propose à ses lectrices et lecteurs une nouvelle édition et une nouvelle traduction de ce récit.

 

Un récit terriblement percutant et accaparant d’une justesse rude et d’une honnêteté essentielle.

 

Les mots tels des lames acérées et des larmes de colère, An Antane Kapesh exprime le désarroi de tout un peuple déraciné violemment de leur Terre. Elle élève leur voix unique et solidaire dans le but sacré et irrévérencieux de raconter aux nouvelles générations leur héritage volé dans le but, essentiel, que ces dernières n’errent plus.
 
Un témoignage magistral dans lequel résonne la force d’un peuple détrôné, désœuvré, désillusionné. Un témoignage poignant et déchirant contre la cruauté Blanche et cette idée absurde que leur société est meilleure que celle des Innus. Un témoignage alarmant et désopilant. Un cri du cœur au profit d’un peuple qui a perdu son identité.

 

Comment ne pas avoir de profonds sentiments envers ce récit ? Comment ne pas se sentir petit face à ses mots ? Comment ne pas se sentir lamentable face à ses constats, à ses vérités ? Comment ne pas se sentir humain ? Comment ne rien dire face à un tel discours ? Des questions qui amènent tant de question. An Antane Kapesh porte-parole et bienfaitrice de son peuple. Que ses mots résonnent pour l’éternité afin de ne jamais oublier.

 

L’innue est avant tout une langue orale. La traduction est juste merveilleuse. On y retrouve la force, la conviction, le courage qui animent An Antane Kapesh, conférant à son récit un discours fédérateur, franc et sans ambiguïté. 

 

Un livre qui doit rejoindre votre bibliothèque sans hésitation !

 

Notre mode de vie à nous, les Indiens, était le meilleur. Mais après avoir accepté de nous laisser tromper de toutes sortes de façons, après qu’on nous a fait abandonner notre vie indienne et après nous être laissés piétiner par le Blanc, à présent nous ne valons rien ni dans une culture ni dans l’autre. A mon avis il aurait mieux valu conserver la vie que Dieu nous avait donné à vivre en tant qu’Indiens et conserver a langue indienne que Dieu nous avait donné à parler. Si le Blanc, à son arrivée dans notre territoire, avait gardé pour lui son mode de vie et sa langue française ou encore si, en venant ici dans notre territoire pour s’enrichir avec notre sol, il n’avait pas brutalisé les Indiens et s’il n’avait pas toujours essayé de faire de l’argent avec eux, aujourd’hui il n’y aurait probablement pas de querelle entre lui et nus, les Indiens.
 
Une chronique de #Esméralda

SHUNI de Naomi Fontaine.


Naomi Fontaine écrit une longue lettre à son amie Shuni, une jeune Québécoise venue dans sa communauté pour aider les Innus. Elle convoque l’histoire. Surgissent les visages de la mère, du père, de la grand-mère. Elle en profite pour s’adresser à Petit ours, son fils. Les paysages de Uashat défilent, fragmentés, radieux. Elle raconte le doute qui mine le cœur des colonisés, l’impossible combat d’être soi.
Shuni • Ce que tu dois savoir, Julie, cette lettre fragile et tendre, dit la force d’inventer l’avenir, la lumière de la vérité. La vie est un cercle où tout recommence.

Il y a de ces mots, de ces phrases, de ces récits qui vous captivent en un instant. Vous avez l’impression de tenir entre vos mains, un objet précieux et bien plus encore. Un objet immuable qui vous marque dans votre chair et qui vous laisse ce doux souvenir d’avoir fait une rencontre exquise. Voilà ce que me dit mon cœur.
SHUNI fait indéniablement parti de ces récits qui vous tourneboulent aussitôt. Le ton est donné dès les première lignes. Naomi Fontaine se livre, se délivre, se confie du plus profond de son cœur à cette vielle connaissance, Julie. Leur monde est séparé par tout un tas de connaissances, de beaucoup de préjugés, de méchancetés. Des différences qui terrifient et qui cloisonnent les esprits. Pourtant Naomi Fontaine n’en a pas peur, elle les a apprivoisées au fil du temps.

 

Je voulais que tu le saches. Je pourrais parler très fort, parler très bien. Dire des mots que personne n’a jamais prononcés avant moi. Je pourrais étudier l’histoire dans ses moindres failles, la réécrire. Je pourrais passer ma vie entière à me battre contre tous les préjugés qui nous écrasent. Je pourrais t’écrire des milliers de lettres. Mais je crois sincèrement que c’est l’amour qui changera le monde.
Entre nous et vous.
Entre toi et moi.

 

Naomi fontaine décrit sa vie et celles de sa communauté. Les images défilent au rythme de souvenirs tendres. Les mots s’invitent dans cette balade hypnotisante. Le sourire radieux naissant sur les visages reconnaissants.

 

Naomi Fontaine loin des préjugés partage. Mais elle ne veut pas de notre peine, de notre regard hagard, de notre compréhension généreuse. Elle veut juste notre amour sincère.

 

Au grès de ses paroles, de ses confidences à son petit ours, de ses interpellations, de ses recommandations, de ses questions, des ses doutes, Naomi Fontaine nous transmet les paroles tues d’un peuple qui ne doit pas s’effacer.

 

Au travers de mots doucereux et mélodieux règnent parfois une cruelle douleur dont elle en tire, pourtant, une certaine magnificence.

 

J’ai été subjuguée, envoûtée. Ses mots essentiels, ses mots cruciaux, son regard judicieux et honnête dépeignent avec maestro, douceur et sensibilité, la beauté du monde dans leurs yeux.

 

Une lecture essentielle, indispensable, incontournable, unique et magique !

 

Il y a ces gestes que je n’ai pas appris à faire quand j’étais petite. Je n’ai pas appris à cogner à une porte avant d’entrer dans une maison. Je n’ai pas appris l’importance d’arriver à l’heure à un rendez-vous. Ma mère ne m’a pas appris à gérer convenablement mes finances.
Et toi Julie, sais-tu reconnaître les pistes du lièvre ? Sais-tu lire le temps qu’il fera sur les feuilles des arbres ? Sais-tu entendre, au-delà de la souffrance qui est visibles, le pouls d’un cœur qui s’accélère pour continuer à battre ?

 

Une chronique de #Esméralda

TOUT CE QU’ON NE TE DIRA PAS, MONGO de Dany Laferrière.


Un après-midi d’été, l’écrivain croise sur la rue Saint-Denis un jeune homme, Mongo, qui vient de débarquer à Montréal. Il lui rappelle cet autre jeune homme arrivé dans la même ville en 1976. Le même désarroi et la même détermination.
Mongo demande : comment faire pour s’insérer dans cette nouvelle société ?
Ils entrent dans un café et la conversation débute comme dans un roman de Diderot.
C’est ce ton léger et grave que le lecteur reconnaît dès le début d’un livre de Laferrière:« Tout nouveau-né est un immigré qui doit apprendre pour survivre les codes sociaux. Une société ne livre ses mystères qu’à ceux qui cherchent à la comprendre, et personne n’échappe à cette règle implacable, qu’on soit du pays ou non.» Laferrière raconte ici quarante années de vie au Québec. Une longue lettre d’amour au Québec.

De cette rencontre miraculeuse naît un bouleversant récit aux tonalités enjouées, sérieuses et bienveillantes. Dany Laferrière, fin observateur et écrivain/orateur, un génie absolument incroyable, se pare de son plus bel atout, sa plume, pour raconter avec une certaine subtilité distinguée, les affres de la vie d’immigrés.
Mongo est camerounais et vient d’atterrir au Québec. Dany Laferrière y est depuis quarante ans et pour Mongo, il endosse le rôle de passeur, de transmetteur, délivrant des petites astuces utiles, des leçons de vie essentielles sous son regard bienveillant et protecteur. La vie d’immigré n’est pas aisé. Si la terre d’accueil paraît le paradis, le décor en sera tout autre. Arriver sur cette d’asile, c’est accepter la société accueillante avec ses codes et ses lois. Ce n’est pas accepter de changer qui l’on est et d’oublier d’où l’on vient, mais c’est accepter de faire la place à ce nouveau pays et de se questionner avec son regard neuf.

Dany Laferrière met un point d’honneur entre les différences culturels, notamment celles du Sud et du Nord. Cette idée est en quelque sorte le pivot de son récit rythmé entre rencontres au café, émissions de radio et pensées intimes.

La nouveauté vient du Sud, où le Moyen-Orient côtoie l’Afrique et l’Amérique du Sud, de ce Sud que la famine, l’intolérance religieuse et la violence politique poussent à chercher une vie meilleure au Nord. Ce Nord où l’on trouve de quoi manger, une certaine tolérance religieuse et une relative paix sociale. Mais pourquoi le Nord accepte-t-il d’être la vache à lait du Sud ? C’est que la vache n’a pas de veaux. Et le confort rend sa population impropre au travail de base. Il y a un niveau où l’Occidental ne veut plus descendre. Un salaire et une condition de travail qu’il refuse totalement. En acceptant ces affamés, le gouvernement donne la possibilité à sa population de monter d’un cran dans l’échelle économique, et se ménage ainsi une éphémère paix sociale. Donc si le Sud monte au Nord, c’est simplement qu’il y a un vide à combler. Le Sud, c’est un trop-plein d’individus et de violence. La famine, source de déséquilibre politique, jette des populations entières dans les jouissances métaphysiques de l’opium religieux.
Avec malice et un certain humour, Dany Laferière, parle de son pays, le Québec. Il en retrace les grands aspects historiques et sociétaux. Le Québec s’avère être un pays très complexe et je ne l’aurais jamais cru. Avec tact, il met en garde son jeune ami, Mongo. Il lui liste les points clefs à connaître pour appréhender cette nouvelle société et lui éviter certaines erreurs. Un guide pratique et intéressant.

Se rajoute au fil des pages des aspects de sa vie et ses pensées intimes.

Ce carnet abrite mes pensées secrètes, celles que je n’ai pas envie de balancer au visage des gens.
Ce récit est une véritable ode à ce quelque chose d’insaisissable et de magnifique. Une ode portée par un amour intransigeant et passionnel pour ce pays, ces gens à découvrir dans leur entièreté. Les coulisses, les frasques, les anecdotes, les mœurs, les non-dits et les secrets, tout autant d’aspects qui font vibrer cet amoureux insatiable.

A découvrir absolument !

C’est le Québec, cher Mongo. Quand tu voyageras, n’oublie pas qu’il est possibles de criser dans un village un être modeste qui rêve de pacifier le monde. Tu sauras ce qu’il en est quand il t’invitera à passer dans son laboratoire, dans la pièce d’à côté, pour te montrer comment il entend s’y prendre. Ici, les idées les plus abstraites sont souvent analysées sous un angle concret, réaliste. […] Va les voir, Mongo, ils sont là où tu n’imagines pas, dans les villages endormis sous la neige durant les longs mois d’hiver, ces fous de l’Ancien Testament qu’on aurait pu croiser dans la foule qui suivait Moïse vers la terre promise.
Une chronique de #Esméralda.

Je viens d’Alep de Joude Jassouma et Laurence de Cambronne

Témoignages – Livre sorti le 23 mars 2017

Allary Editions

Service presse

Ma note : 4/5

 

Résumé : Juin 2015, Alep sombre dans le chaos. Comme des centaines de milliers de civils, Joude Jassouma décide de fuir avec sa femme Aya et leur petite fille Zaine.

Depuis trois ans, la Syrie a basculé dans la guerre civile. Les affrontements entre l’armée de Bachar al-Assad et les forces rebelles emmenées par les djihadistes du Front al-Nosra et de l’État islamique deviennent quotidiens. Joude, jeune professeur de français au lycée, refuse de choisir son camp dans un conflit qui n’est pas le sien. Avec sa famille, il se cache, déménage quatre fois pour éviter les bombardements. Puis se résout à l’exil.

Des rives du Levant aux côtes bretonnes, en passant par Istanbul et les camps de refugiés de l’île de Leros, ce livre raconte l’exode d’un enfant des quartiers pauvres d’Alep, amoureux de Flaubert et d’Éluard. L’odyssée d’un héros anonyme qui, au péril de sa vie, a traversé la mer Égée à bord d’un canot en plastique en quête d’une terre d’asile.

Pour la première fois, la plus importante crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale nous est racontée de l’intérieur, à travers le regard d’un réfugié ordinaire.

 

L’avis de #Lilie : La guerre en Syrie, on en entend beaucoup parler à la télévision et en même temps, on en sait pas grand chose. Seule certitude,ça fait des années que ça dure, de nombreux sites historiques ont été détruits et on ne voit pas vraiment comment cela va se terminer. Comme toujours, au moment d’une guerre, ce sont les civils qui sont les premières victimes et qui se retrouvent dans l’impossibilité de poursuivre sereinement le cours de leurs vies.

Nous découvrons ici le témoignage de Joude Joussouma qui a fuit Alep en juin 2015. Il nous raconte sa vie avant la guerre, une vie assez différente de notre vie occidentale. Etudiant en français, il doit se consacrer à ses études mais aussi participer financièrement à la vie familiale. On suit, avec lui, le début du conflit, les premiers bombardements puis la dégradation des conditions de vie. Jeune papa, il décide, avec son épouse, de partir pour tenter sa chance en Europe. Le trajet ne sera pas de tout repos mais au bout, ils auront, ils l’espèrent, une vie meilleure.

Quand on lit ce récit, on ne peut qu’être sonné par la difficulté logistique et émotionnelle que représente un départ. En effet, la route vers l’Occident n’est pas simple à atteindre et la vie des réfugiés ne tient souvent qu’à un fil. Dans le cas de Joude Joussouma, tout s’est plutôt bien enchaîné et il a rejoint sans encombre la Grèce. Là-bas, il a su faire le bon choix, se montrer patient avant d’être sélectionné pour rejoindre l’hexagone. Arrivé en France, il va découvrir un nouveau pays, une nouvelle culture mais aussi une nouvelle vie à laquelle il ne s’attendait pas.

Ce qui m’a touché dans ce livre, c’est le style assez direct du témoin. En effet, que ce soit dans la joie ou la difficulté, il nous raconte ce qu’il ressent à ce moment-là, sans faux semblant. On le sent attaché à ses racines mais en même temps incapable retourner dans son pays. Tout est trop difficile, tout est détruit, rien ne sera plus comme avant, jamais. D’un autre côté, il trouve peu à peu sa place dans la société française et rêve de s’intégrer totalement. Son histoire est celle de nombreux réfugiés et pourtant, elle est loin de l’image qu’on a souvent d’eux. Pour lui, rien n’est plus important que de mettre ses compétences au service de son nouveau pays.

Enfin, j’ai apprécié les nombreuses annexes à la fin qui permettent d’en savoir plus sur la guerre en Syrie, sur le pays en lui-même et sur les courants religieux existant là-bas. J’ai été ravie de combler ces lacunes dans ma culture personnelle car même si on lit ou on entend beaucoup de choses, ce ne sont pas des thèmes qui sont souvent approfondis dans les médias ou même lors de nos études.

Pour conclure, « Je viens d’Alep » est un témoignage qui se lit vite mais qui laisse des traces. Impossible de rester insensible face à tant de courage et de ténacité mais aussi face à la bêtise humaine qui a, une nouvelle fois, détruit des millions de vie et des traces du passé au nom d’une guerre qui semble sans issue.

 

Retrouvez ce roman en format broché ici
Retrouvez ce roman en format poche ici

 

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LE COURAGE DES AUTRES de Hugo Boris.


Hugo Boris vient de passer sa ceinture noire de karaté lorsqu’il fait face à une altercation dans le RER. Sidéré, incapable d’intervenir, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. L’épisode révèle une peur profonde, mélange d’impuissance et de timidité au quotidien. Trait de caractère personnel ou difficulté universelle à affronter l’autre en société ? Ce manque de courage l’obsède. Sa femme lui suggère de « se faire casser la gueule une bonne fois pour toutes » pour l’exorciser.
Mais Hugo Boris est écrivain, alors, pendant quinze ans, il consigne sur le vif ces situations d’effroi dans les transports en commun. Il peint aussi le ravissement d’une rencontre, l’humanité d’un dialogue, l’humour d’un échange imprévu. À travers ces miscellanées heureuses ou tragiques, il décrypte une mythologie contemporaine, celle du métro et du RER, et cherche à appréhender ses craintes, à la maîtriser par la distance, la littérature ou… la lecture de Dragon Magazine  !
Il tente aussi de conjurer sa peur en guettant le courage des autres sous toutes ses formes, profondément admiratif de tous ceux qui parviennent à intervenir lorsqu’une situation les interpelle, les sollicite, exige une prise de parole, un geste. Il dessine un hommage à tous ceux qu’il a vu avoir, sous ses yeux, le cran qui lui manquait. Et se demande si le courage est contagieux.
Totalement original, sincère, d’une actualité, d’une précision d’écriture et d’observation remarquables, ce recueil de textes brefs touche au plus juste. En se mettant à nu, Hugo Boris parle de chacun de nous, de nos lâchetés et de nos malaises quotidiens, de nos éblouissements et, parfois, de nos héroïsmes.

 
Remarquable par sa sensibilité, LE COURAGE DES AUTRES, dépeint ces mini scènes quotidiennes. Scènes de théâtre où la mise en scène est à la fois cruelle, chaleureuse ou inconcevable. 
Hugo Boris retrace avec beaucoup d’humilité sa conception propre du courage. Sa conception lâche ou utopique où la fuite, l’évitement, le semblant rythment son quotidien. Une manière sensible, humaine et héroïque de mettre des mots sur ces maux d’une société malsaine et en perdition d’un côté. Il explore les facettes du courage avec parcimonie et suffisance insufflant une belle leçon. La peur, la colère, l’affliction sont au rendez-vous et servent de trampoline pour se poser de nombreuses questions sur soi et sur le monde qui nous entoure.

 

J’ai beaucoup aimé la manière dont Hugo Boris s’approprie d’un sujet qui nous touche tous. Son expérience au travers de ces petites brèves accumulées pendant quinze années montrent ce long cheminement où réflexion et action se combinent pour un final que tout à chacun peut écrire. Ces fresques citadines ont peu à peu façonner l’homme et surtout son courage. Peut-être faut-il être témoin de ces scènes de courage des autres pour définir le sien et d’en réclamer ainsi sa paternité ou maternité. Les admirées et en garder le meilleur.

 

Je suis vraiment conquise par ce témoignage poignant et intéressant. Dans cette simplicité humaine j’y est retrouvée ce que je suis et ce que je ne serais certainement jamais.

 

J’ai menti, je ne l’ai pas prononcé. Je n’ai pas eu le cran de dire « moi aussi », je ne l’ai même pas murmuré. Pourquoi ? Pourquoi j’y vais pas ? Parce que je ne suis pas homosexuel. Voilà, c’est ça, quand ils sont venus chercher les homosexuels, je n’ai rien dit, je n’étais pas homosexuel.
 
Une chronique de #Esméralda

LE CONSENTEMENT de Vanessa Springora.


Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin « impérieux » de la revoir.
Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
« Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.
Plus de trente ans après les faits, Vanessa Springora livre ce texte fulgurant, d’une sidérante lucidité, écrit dans une langue remarquable. Elle y dépeint un processus de manipulation psychique implacable et l’ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse. Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d’une époque, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité.

 
Terriblement spontané, Vanessa Springora retrace le parcours de sa vie au cours de laquelle elle devient victime d’un prédateur sexuel. Une époque où la moralité dans le milieu littéraire et artistique consent à demi-mot ces pratiques immorales.
Témoignage nécessaire, témoignage profond où mal-être et prises de conscience forment une catharsis sinueuse.

 

On ne peut qu’applaudir Vanessa Springora et son courage exemplaire. Au-delà de ses mots, il serait injuste de ma part de vous raconter sa vie. Mais sachez que l’auteure délivre ici un message de souffrance, d’acceptation, un long cheminement vers une cruelle vérité qui résonne encore. Des mots percutants emprunts d’une sincérité touchante, des mots douloureux, des mots terribles. Vanessa Springora ouvre la boîte de Pandore est avec humilité elle s’approprie ses maux.

 

Un témoignage qui en reflète tant d’autres. Ces secrets inavouables, immoraux qui donnent raison, malheureusement, à ces prédateurs sexuels qui œuvrent en toute impunité au nom d’une liberté qui ne devrait pas être. L’époque, les mœurs leurs donnent-ils raison ? Aucunement. Et il est temps, encore, de délivrer ces horreurs pour que le silence ne soit plus.

 

La pitié et l’exemplarité ne sont pas autorisées, seule la stricte vérité est l’œuvre de ce témoignage puissant.

 

A découvrir !

 

Dans le courant des années quatre-vingt, le milieu dans lequel je grandis est encore empreint de cette vision du monde. Lorsqu’elle était adolescente, m’a confié ma mère, le corps et ses désirs étaient encore tabous et jamais ses parents ne lui ont parlé de sexualité. Elle avait tout juste dix-huit ans en 68, a dû se libérer une première fois d’une éducation trop corsetée, puis de l’emprise d’un mari invivable épousé trop jeune. Comme les héroïnes des films de Godard ou de Sautet, elle aspire maintenant plus que tout à vivre sa vie. « Il est interdit d’interdire » est sans doute resté pour elle un mantra. On n’échappe pas si facilement à l’air du temps.
 
Une chronique de #Esméralda

LA MÈRE LAPIPE DANS SON BISTROT de Pierrick Bourgault.


 
La vie d’un bistrot à l’ancienne, authentique, lieu de rencontre et de mixité sociale, comme en en fait plus beaucoup…
Au Café du coin, Jeannine fume la pipe en discutant avec ses copains du quartier.
Réputée pour son franc-parler, cette arrière-grand-mère de caractère, appelée « la Mère Lapipe’, sait aussi écouter. Les conversations évoquent ce quartier ouvrier qu’elle a vu changer. Les générations s’y retrouvent et on y croise une fabuleuse galerie de personnages.
Sur le formica de son comptoir, on tchine au « petpet’ entre étudiants, retraités, forains, brocanteurs et policiers, avec un fakir, un ministre et même avec le Père Noël !
La vie d’un bistrot, ce lieu rare de parole et d’écoute qui disparaît aujourd’hui. Un bistrot qui ferme, c’est un théâtre qui brûle.

 
Bienvenue dans un monde oublié. Un monde qui perd de sa splendeur qui se meurt de jour en jour. Avez-vous déjà poussé la porte d’un de ces bistrots ?
Pierrick Bourgault nous ouvre les portes de ce petit coin de paradis. Il ne vous sera point demandé de porter le costume. Au contraire vous êtes les bienvenus tel que vous êtes. Mais avant de franchir le seuil, sachez que la Mère Lapipe n’est pas une tendre avec les gens ne respectant pas quelques règles. Ouvrez grand les yeux et lisez : personne ne doit contredire la tenancière, être converti au dialecte du pays, ne pas trop se prendre au sérieux, délier ses pensées, les bonnes comme les mauvaises, faire attention au chien, ne pas être effrayé pas la décoration vintage, aimer rigoler autour d’un verre de vin ou d’un café.

 

Le bistrot de la Mère Lapipe est un sacré phénomène. Un lieu sacré où il fait bon de se retrouver, de se parler et de se confier. Un lieu de mémoire où les temps anciens se rappellent au bon souvenir et où l’avenir se décrit avec un certain mépris et une grande peur. Le bistrot de la Mère Lapipe est un sanctuaire où les rires fusionnent, les pleurs coulent sans malaise et où les confidences s’éternisent. Des rencontres d’un jour, des rencontres de toujours, une communauté porté par le même envol, celui de l’entraide, de l’écoute. Le premier pas est le plus difficile :vous vous croyez tomber chez les fous. Mais à y regarder de plus près, vous y trouverez la jovialité, la bonne humeur. Et puis au second pas vous tomberez amoureux de cet endroit.

 

Pierrick Bourgault de son œil aguerri et de sa plus belle plume dépeint un de ses endroits unique en voie de disparition. Un lieu oublié qui s’étiole dans les ambres de la société qui n’a plus le temps et exige tant. Loin de ces bars impersonnelles, la Mère Lapipe connaît tout le monde, les petits surnoms surgissent ici et là, les petites phrases qui font du bien virevoltent au grès des enflammés gutturaux. Un coin de paradis où les âmes s’apaisent.

 

Pierrick Bourgault délivre ici un magnifique hommage. Un récit émouvant qui vous donne envie de découvrir cet endroit merveilleux et chaleureux. Un témoignage crucial où la nostalgie ne devrait pas y figurer !

 

A notre époque de répression hygiéniste et normative, où l’intelligence est forcément « artificielle » et la communication « numérique » et « interactive », il est bon de témoigner de tout ce qu’un simple café apporte à son quartier, des personnalités attachantes qu’on a la chance d’y croiser, des leçons de vie qu’elles nous transmettent avec générosité. Et du plaisir d’y passer du temps, au beau milieu des éclats de voix et de rire, tandis que pètent les bouteilles de vin mousseux bien frais.
Une chronique de #Esméralda